Commentaire composé de Baudelaire, Spleen : Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Commentaire composé de Baudelaire, Spleen : Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Photo byAnnie Spratt on Unsplash
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Texte

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,

Et que de l'horizon embrassant tout le cercle

Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

 

Quand la terre est changée en un cachot humide,

Où l'Espérance, comme une chauve-souris,

S'en va battant les murs de son aile timide

Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

 

Quand la pluie étalant ses immenses traînées

D'une vaste prison imite les barreaux,

Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées

Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

 

Des cloches tout à coup sautent avec furie

Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,

Ainsi que des esprits errants et sans patrie

Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

 

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,

Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,

Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,

Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.


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Pour bien comprendre le romantisme je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

I La métaphore filée de la prison

 

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis, : sensation d’enfermement, le poète se sent écrasé par le ciel qui pèse lourd sur son esprit tourmenté.

 

Et que de l'horizon embrassant tout le cercle

Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ; : oxymore, champ lexical de la noirceur, le poète ne peut pas s’échapper, car il est cerné par cet horizon qui paradoxalement le retient prisonnier.

 

Quand la terre est changée en un cachot humide, : le poète fait une métaphore filée de la prison, car il se sent emprisonné partout où il va. La prison est humide et donc hostile

 

Où l'Espérance, comme une chauve-souris,

S'en va battant les murs de son aile timide

Et se cognant la tête à des plafonds pourris ; : imaginaire romantique d’une prison fantasmée avec le champ lexical de la prison “chauve-souris”, “les murs”, plafonds pourris.

 

Quand la pluie étalant ses immenses traînées

D'une vaste prison imite les barreaux, : la pluie imite les barreaux d’une prison, la seule référence spatiale du poète est la prison, imaginaire de l’horreur, enjambement : impression de longueur comme s’il était en prison pour l’éternité

 

Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées

Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux, : on a tout un bestiaire romantique de la prison, après les “chauves-souris” il nous parle des “araignées”. Le poète est pris dans leurs “filets” donc en plus d’être en prison il est ligoté, cette image fait de plus penser à une camisole de force et amène l’idée de la folie du poète.

 

II Le malaise grandissant du poète

 

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis, : Champ lexical de la souffrance renforcé par l’enjambement qui prolonge l’impression qu’il ne peut pas s’en sortir.

 

Et que de l'horizon embrassant tout le cercle

Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ; : c’est un paysage état d'âme, c’est le reflet de ce que ressent le poète.

 

Où l'Espérance, comme une chauve-souris,

S'en va battant les murs de son aile timide

Et se cognant la tête à des plafonds pourris ; : L’espérance est personnifiée en chauve souris (imaginaire de l’horreur) allitérations en [s] pour exprimer la souffrance, en [p] pour donner l’impression que la chauve souris se cogne, [i] un son désagréable qui évoque une tension.

 

Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées

Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux, : la prison rétrécit, elle passe de la nature extérieure au cercle restreint de son esprit, on est bien dans un poème romantique puisque le paysage n’est qu’une projection des émotions du poète qui est en fin de compte prisonnier de lui-même. Le silence du “peuple muet” contribue à rendre fou le poète qui ressent un incapacité à communiquer.

 

Des cloches tout à coup sautent avec furie

Et lancent vers le ciel un affreux hurlement, : Du silence dans lequel il vit isolé, on passe à des bruits horribles créés par son esprit qui “hurle” de douleur.

 

Ainsi que des esprits errants et sans patrie

Qui se mettent à geindre opiniâtrement. : il entend “gémir” les esprits démoniaques qui le hantent.

 

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,

Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,

Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,

Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. :  Strophe tragique, poids du destin inexorable. Le poète nous fait assister à son propre enterrement, “corbillards” est mis en valeur par son positionnement avant la césure à l’hémistiche.. L’angoisse est personnifiée l’espoir aussi. Il a arrêté de lutter, renoncé à vivre, il laisse l’angoisse monter. Angoisse vient de angustia en latin qui signifie étrangler. Le poète finit par mourir par strangulation, ce qui met fin à la tragédie de son existence solitaire et incomprise.

 

Les rimes croisées et alternance de rimes féminines et masculines soulignent l’affrontement entre le poète et l’Angoisse

 

Le poème est écrit en alexandrins : c’est le vers de la tragédie, vers noble pour parler de sujets graves et sérieux. C’est un vers long qui supporte le poids du combat tragique auquel on assiste dans ce poème.

 

Conclusion

 

Ainsi, on constate que durant ce poème tragique, Baudelaire tente d’affronter ses démons mais finit par renoncer et perdre face à l’angoisse toute-puissante. Ce poème représente bien ce qu’est le spleen baudelairien, une dépression profonde due à l’inadaptation du poète au monde qui l’entoure.


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