Commentaire composé du poème Le Mal de Rimbaud

Commentaire composé du poème Le Mal de Rimbaud

Photo by Aaron Burden on Unsplash
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Texte

Le Mal

 

 

 

Tandis que les crachats rouges de la mitraille

 

Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu ;

 

Qu'écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,

 

Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

 

 

 

Tandis qu'une folie épouvantable broie

 

Et fait de cent milliers d'hommes un tas fumant ;

 

- Pauvres morts ! dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie,

 

Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !… –

 

 

 

Il est un Dieu qui rit aux nappes damassées

 

Des autels, à l'encens, aux grands calices d'or ;

 

Qui dans le bercement des hosannah s'endort,

 

 

 

Et se réveille, quand des mères, ramassées

 

Dans l'angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,

 

Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

 

 

 

Rimbaud, Poésies, 1870

 


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Commentaire composé

Comment Rimbaud dénonce la guerre et la religion tout en faisant par contraste un éloge de la nature.

 

Au XIXème siècle la France est en guerre contre la Prusse, ce qui fait des milliers de morts. Rimbaud, pour dénoncer cette monstruosité, écrit le poème intitulé “Le Mal” en 1870.

 

Nous allons donc montrer, comment Rimbaud dénonce la guerre et la religion tout en faisant par contraste un éloge de la nature. Pour cela, nous allons tout d’abord voir comment, à travers son poème, il fait une dénonciation de cette guerre et ensuite de la religion catholique, pour enfin les opposer à la nature, harmonieuse.

 

I Une critique de la guerre

 

On remarque que les quatrains forment une unité thématique autour de l’opposition entre la guerre et l’harmonie de la nature.

 

Tandis que les crachats rouges de la mitraille

 

Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu ;  : Allitération en [r] qui donne un bruit peu harmonieux et une assonance en [i] ; Personnification de la mitraille avec “crachats rouges”, elle crache du sang , “sifflent”  pour exprimer la souffrance, qui fait penser à un serpent qui siffle.

 

Qu'écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,

 

Croulent les bataillons en masse dans le feu ; :  “écarlates ou verts” pour les uniformes des soldats déshumanisés, allitération en [r], le poète dénonce le roi qui rit des soldats qui vont se faire tuer alors qu’il est en sécurité dans son palais ; le verbe “croulent” donne une sensation d’effondrement, les soldats s’écroulent.

 

Tandis qu'une folie épouvantable broie

 

Et fait de cent milliers d'hommes un tas fumant ; : déshumanisation des soldats qui deviennent un “tas” ; personnification de la guerre “folie épouvantable”, “broie”.

 

Les rimes croisées soulignent le conflit et l’opposition que le poète fait entre la guerre et l’harmonie de la nature. L’alternance de rimes féminines et masculines accentue ce contraste.

 

Le poète a voulu souligner le chaos de la Guerre en mettant du chaos dans son sonnet, on remarque que les césures ne sont pas faites à l'hémistiche ce qui provoque un rythme désordonné. On dirait que rythme du poème est calé sur la respiration haletante d’une personne qui sanglote.

 

II Une critique de la religion catholique

 

Les tercets forment une unité thématique autour de l’opposition de la religion catholique et de la nature.

 

Il est un Dieu qui rit aux nappes damassées

Des autels, à l'encens, aux grands calices d'or ; Il critique la religion catholique, il la juge vénale et cupide. Champ lexical du luxe avec “nappes damassées”, “grands calices d’or” ; le pluriel dans ce vers s’oppose au singulier du dernier vers.

 

Qui dans le bercement des hosannah s'endort, : Le poète reproche au Dieu des catholiques de ne rien faire contre la guerre et d’être passif

 

Et se réveille, quand des mères, ramassées

Dans l'angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir, : Rimbaud dit que le Dieu des catholiques ne se réveille que lorsqu’on lui donne de l’argent, et les mères sont déjà en deuil de leurs fils partis trop tôt.

 

Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir ! : Selon Rimbaud, s’acquitter de la dîme serait le seul moyen de s’attirer les faveurs de Dieu.

 

III L’éloge de la nature

 

Tandis que les crachats rouges de la mitraille

Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu ; le “ciel bleu” de la nature qui symbolise l’harmonie est tâché par les crachats de sang de la mitraille ; “infini” la nature reste parfaite malgré la guerre.

 

- Pauvres morts ! dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie,

Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !… – : “pauvres morts” c’est pathétique, le poète s’exclame et parle à la nature, il met des tirets pour s’adresser directement à la nature divinisée. Ce vers marque la différence entre la guerre qui sème le chaos et l’harmonie de la nature, toujours magnifique. “dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie,” souligne le contraste entre la nature, qui est montrée sous son meilleur jour, et la guerre.

 

Ainsi, on constate que le poète, amoureux de l’harmonie de la nature, lui oppose la guerre et la religion pour mieux montrer les atrocités qu’engendrent celles-ci. Il nous livre un sonnet où règne le chaos dans le rythme et la versification, pour mieux toucher le lecteur et le convaincre. Rimbaud reprend cette même thématique dans son sonnet “Le Dormeur du Val”.


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