Commentaire composé de Flaubert, L’Education sentimentale, Fin du chapitre 1, la rencontre avec madame Arnoux

Commentaire composé de Flaubert, L’Education sentimentale, Fin du chapitre 1, la rencontre avec madame Arnoux

Photo by Annie Spratt on Unsplash
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Texte

Flaubert, L’Education sentimentale, Fin du chapitre 1

 

Ce fut comme une apparition :

 

Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua personne, dans l'éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu'il passait, elle leva la tête ; il fléchit involontairement les épaules ; et, quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda.

 

Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses qui palpitaient au vent derrière elle. Ses bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands sourcils, descendaient très bas et semblaient presser amoureusement l'ovale de sa figure. Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait à plis nombreux. Elle était en train de broder quelque chose ; et son nez droit, son menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l'air bleu.

 

Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de gauche pour dissimuler sa manœuvre ; puis il se planta tout près de son ombrelle, posée contre le banc, et il affectait d'observer une chaloupe sur la rivière.

 

Jamais il n'avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait. Il considérait son panier à ouvrage avec ébahissement, comme une chose extraordinaire. Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Il souhaitait connaître les meubles de sa chambre, toutes les robes qu'elle avait portées, les gens qu'elle fréquentait ; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n'avait pas de limites.

 

Une négresse, coiffée d'un foulard, se présenta, en tenant par la main une petite fille, déjà grande. L'enfant, dont les yeux roulaient des larmes, venait de s'éveiller. Elle la prit sur ses genoux. " Mademoiselle n'était pas sage, quoiqu'elle eût sept ans bientôt ; sa mère ne l'aimerait plus ; on lui pardonnait trop ses caprices. " Et Frédéric se réjouissait d'entendre ces choses, comme s'il eût fait une découverte, une acquisition.

 

Il la supposait d'origine andalouse, créole peut-être ; elle avait ramené des îles cette négresse avec elle ?

 

Cependant, un long châle à bandes violettes était placé derrière son dos, sur le bordage de cuivre. Elle avait dû, bien des fois, au milieu de la mer, durant les soirs humides, en envelopper sa taille, s'en couvrir les pieds, dormir dedans ! Mais, entraîné par les franges, il glissait peu à peu, il allait tomber dans l'eau ; Frédéric fit un bond et le rattrapa. Elle lui dit :

 

-- " Je vous remercie, monsieur. "

 

Leurs yeux se rencontrèrent.

 

-- " Ma femme, es-tu prête ? " cria le sieur Arnoux, apparaissant dans le capot de l'escalier.

 


Pour bien comprendre les enjeux du personnage de roman je vous recommande de lire ce livre


Ébauche de commentaire composé

 

1.     Une rencontre fantasmée

 

Ce fut comme une apparition : Mme Arnoux apparaît comme une personne trop parfaite pour être réelle aux yeux de Frédéric.

 

ou du moins il ne distingua personne, dans l'éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. Frédéric est tellement ébloui par cette femme qu’il est focalisé sur elle, sa pensée ne se détache pas d’elle, tout le reste n’est que détails à côté d’elle.

 

En même temps qu'il passait, elle leva la tête ; il fléchit involontairement les épaules ; et, quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda. Frédéric est tellement impressionné par cette femme qu’il ne peut arrêter de  la regarder. Il est interpellé par son charme et se sent inférieur à elle pourtant il ne sait encore rien d’elle.

 

des rubans roses qui palpitaient au vent : Ici le ruban rose palpite autant avec le vent que le cœur de Frédéric en voyant Mme Arnoux.  Le paysage qui l’entoure vit au rythme de son cœur.

 

Ses bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands sourcils, descendaient très bas et semblaient presser amoureusement l'ovale de sa figure : Mme Arnoux avait tous les atouts pour plaire à Frédéric comme de grand yeux qui le troublaient, une longue chevelure et une coiffure à la mode. C’est lui qui voudrait l’embrasser (au sens propre la prendre dans ses bras) donc le narrateur nous montre le fantasme de Frédéric au moyen du discours indirect libre qui nous permet d’entrer dans les pensées du personnage.

 

Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de gauche pour dissimuler sa manœuvre ; puis il se planta tout près de son ombrelle, posée contre le banc, et il affectait d'observer une chaloupe sur la rivière. Frédéric ne se satisfait plus de seulement la regarder sous cet angle, il changea de place discrètement mais il cherche quand même  capter son attention sans qu’elle le comprenne.

 

Jamais il n'avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait.  De sa nouvelle place Frédéric découvre de nouvelles qualités physiques à Mme Arnoux, il est à nouveau tombé sous son charme et reste admiratif devant un tel chef d’œuvre.  

 

Il considérait son panier à ouvrage avec ébahissement, comme une chose extraordinaire.: Il s'intéresse maintenant à ses occupations pour essayer d’en apprendre plus sur elle. Il a une réaction un peu démesuré car il est complètement tombé sous son charme, tout lui semble merveilleux.   

 

Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Grâce au discours indirect libre on rentre dans les pensées du personnage. Il devient curieux et cherche à en savoir plus sur son identité,  sa vie, sa personnalité… Frédéric est réellement tombé amoureux car il ne la trouve pas seulement belle il cherche à la découvrir.

 

Il souhaitait connaître les meubles de sa chambre, toutes les robes qu'elle avait portées, les gens qu'elle fréquentait ; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n'avait pas de limites. Frédéric est amoureux, il veut tout savoir d’elle. Il veut absolument faire connaissance avec elle car sa beauté extérieure ne lui suffit plus ils veux savoir qui elle est vraiment.

 

Et Frédéric se réjouissait d'entendre ces choses, comme s'il eût fait une découverte, une acquisition. Enfin Frédéric a pu satisfaire sa curiosité et il connaît enfin quelque chose sur cette femme qu’il observe. Il connaît enfin quelque chose de plus intime sur elle et sa vie.

 

Il la supposait d'origine andalouse, créole peut-être ; elle avait ramené des îles cette négresse avec elle ? Malgré quelque connaissance en plus sur elle, avec le discours indirect libre on apprend qu’il en veut encore plus et que sa curiosité ne fait que grandir. Il imagine sa vie juste avec les petits indices qu’il voit. Il se projette même dans sa vie.

 

Elle avait dû, bien des fois, au milieu de la mer, durant les soirs humides, en envelopper sa taille, s'en couvrir les pieds, dormir dedans !  Frédéric est en plein fantasme.

 

Mais, entraîné par les franges, il glissait peu à peu, il allait tomber dans l'eau ; Frédéric fit un bond et le rattrapa. Elle lui dit :

 

-- " Je vous remercie, monsieur. "

Leurs yeux se rencontrèrent.

Grâce à ces longues minutes d’observation il a réussi à saisir un moment pour l’aborder et c’est grâce à cela qu’ils vont se rencontrer pour la première fois. . 

 

2) La description de Mme Arnoux : un portrait impressionniste.

 

Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; Mme  Arnoux est décrite comme si elle posait pour un peintre  

 

Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses qui palpitaient au vent derrière elle. Encore une fois ici Mme Arnoux est décrite de façon très précise. Elle porte un chapeau de paille. Les impressionnistes aimaient beaucoup représenter les femmes avec cette tenue.

 

l'ovale de sa figure : Les peintres impressionnistes aimaient peindre des femmes qui représentaient l’idéal de la beauté, et à cette époque c’était des femmes avec un visage ovale.

 

Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait à plis nombreux. Les peintres aimaient peindre juste à l’aide de petits points comme sa robe. La description est très précise on s’imagine Mme Arnoux comme si on regardait le tableau.

 

Elle était en train de broder quelque chose ; et son nez droit, son menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l'air bleu.: On la décrit désormais de profil car pour un peintre la beauté d’une personne se voit sur son profil : le nez, menton.

 

la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait.: Pour un peintre il est très important de réussir à peindre correctement la peau d’une personne mais également de bien équilibrer la balance d’ombre et lumière.

 

Une négresse, coiffée d'un foulard, se présenta, en tenant par la main une petite fille, déjà grande. Une description précise pour s’imaginer la scène comme en regardant un tableau.

 

Cependant, un long châle à bandes violettes était placé derrière son dos, sur le bordage de cuivre.  Description toujours précise.


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