Commentaire composé de Maurice Rollinat, Les Névroses, 1883, «Sonnet à la nuit».

Commentaire composé de Maurice Rollinat, Les Névroses, 1883, «Sonnet à la nuit».

Photo by Nathan Anderson on Unsplash
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Texte

Maurice Rollinat, Les Névroses, 1883, « Sonnet à la nuit ».

 

Mère des cauchemars amoureux et funèbres,
Madone des voleurs, complice des tripots,
Ô nuit, qui fais gémir les hiboux, tes suppôts,
Dans le recueillement de tes froides ténèbres,

Que tu couvres de poix opaque ou que tu zèbres
Les objets las du jour et friands de repos,
Je t’aime, car tu rends mon esprit plus dispos,
Et tu calmes mon cœur, mon sang et mes vertèbres.

Mais, hélas ! dans ta brume où chancellent mes pas,
Mon regard anxieux devine et ne voit pas ;
Et j’écarquille en vain mes prunelles avides !

Oh ! que n’ai-je les yeux du chacal ou du lynx
Pour scruter longuement les grands spectres livides
Que j’entends palpiter sous ta robe de sphinx !


Pour bien comprendre le romantisme je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Comment à travers la forme fixe du sonnet, Maurice Rollinat fait de la nuit une source d’inspiration à la fois inquiétante et fascinante, dans un poème d’un romantisme noir.

 

I Une nuit inquiétante

 

a.           Un romantisme sombre

 

v1 : “Mère des cauchemars amoureux et funèbres,” Deux principales sources d'angoisse qu’on ressent la nuit : l’amour qui n’est pas réciproque et la mort.

 

v2: “Madone des voleurs, complice des tripots,” La nuit par son obscurité protège les voleurs et les joueurs.

 

v3: “Ô nuit, qui fais gémir les hiboux, tes suppôts,” Dimension auditive de la nuit. Champ lexical démoniaque “hiboux” (animal des sorcières) et “suppôts”.

 

v4 : “Dans le recueillement de tes froides ténèbres,” Synesthésie (l’auteur parle d’au moins trois sens) dans ce vers mais aussi dans l’ensemble du quatrain.

 

Le poète pose le cadre de son sonnet dans son premier quatrain. Il nous plonge dans une atmosphère d’un romantisme sombre, puisque on remarque que le nuit et le paysage sont en connexion avec l’état d’âme du poète.

 

    b) Rien ne peut surpasser la nuit

 

v9: “Mais, hélas ! dans ta brume où chancellent mes pas,” “hélas” tonalité élégiaque, ce qui nous montre qu’il regrette quelque chose. “chancellent mes pas” Montre que le poète à la sensation que son écriture n’est pas à la hauteur de la nuit.

 

v10 : “Mon regard anxieux devine et ne voit pas ;” Montre que l’auteur n’arrive pas à transcrire dans son écriture ce qu’il ressent. “anxieux” diérèse, donnant plus d’importance au mot, il n’a pas confiance en lui.

v5-6: “Que tu couvres de poix opaque ou que tu zèbres Les objets las du jour et friands de repos,” L’enjambement montre que la nuit est envahissante et qu’il est difficile d’en sortir (Phrase longue à prononcer). La nuit modifie la perception qu’on a du réel. Elle dessine des formes qui semblent donner vie aux objets.

 

II Une nuit fascinante

 

a.           Le poète ne voit pas la nuit d’une façon ordinaire

 

v7: “Je t’aime, car tu rends mon esprit plus dispos,” Personnification de la nuit avec “Je t’aime” qui est en plus mis en valeur car il est séparé du reste du vers. L’auteur dit que la nuit lui permet de mieux se concentrer. C’est sa source d’inspiration.
v8: “Et tu calmes mon cœur, mon sang et mes vertèbres.” La nuit calme les émotions, la colère et le corps de l’auteur.

Les deux quatrains s'achèvent sur une sensation de paix qui est paradoxale et ce qui nous montre que le poète romantique est différent des autres car il est en paix dans une atmosphère inquiétante.

 

    b) Un poète voyeur

 

v12-13: “Oh ! que n’ai-je les yeux du chacal ou du lynx Pour scruter longuement les grands spectres livides” L’enjambement montre que l’auteur aimerait pouvoir mieux voir dans la nuit pour obtenir plus d’inspiration pour ses écrits. “spectres livides” nous montre que le poète, à force d’observer attentivement, est capable de voir ce que les autres ne peuvent voir.

 

Le Double enjambement souligne que le poète est fasciné par la nuit, il ne peut pas s'arrêter d’en parler.

 

Le poète devient un voyeur car il personnifie la nuit et comme si c’était une femme de chair, il la regarde fixement jusqu’à imaginer son corps palpiter sous sa robe. On voit ici que le poète aime la nuit corps et âme dans une fascination qui va jusqu’à modifier le réel.

 

v11: “Et j’écarquille en vain mes prunelles avides !” Montre que le poète est “avide” de regarder donc il a ici vraiment une attitude de voyeur qui se nourrit de l’objet regardé.

 

Les quatrains nous montrent que le poète est différent des autres: il est le seul à ne pas avoir une crainte, une inquiétude de la nuit. Les deux tercets nous montrent que en plus d’être différent des autres, le poète est aussi fasciné par la nuit. Il y a donc une évolution au fur et à mesure du poème: on découvre sa façon de penser.

 

En conclusion, nous pouvons voir que le poème nous permet à travers la description d’un paysage état d’âme typique du romantisme de rentrer dans l’intimité du poète. On découvre, en avançant, que le poète se sent différent des autres par le fait qu’il est inspiré et fasciné par la nuit. De même dans “L’albatros”, Baudelaire explique que c’est la supériorité du poète qui l’empêche de s’intégrer dans la société.


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