Pistes pour une étude du Père Goriot de Balzac

Etude d'ensemble du Père Goriot de Balzac

Photo by Tom Pumford on Unsplash
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Au-dessus de ce troisième étage étaient un grenier à étendre le linge et deux mansardes où couchaient un garçon de peine, nommé Christophe, et la grosse Sylvie, la cuisinière. Outre les sept pensionnaires internes, madame Vauquer avait, bon an, mal an, huit étudiants en Droit ou en Médecine, et deux ou trois habitués qui demeuraient dans le quartier, abonnés tous pour le dîner seulement. La salle contenait à dîner dix-huit personnes et pouvait en admettre une vingtaine; mais le matin, il ne s'y trouvait que sept locataires dont la réunion offrait pendant le déjeuner l'aspect d'un repas de famille. Chacun descendait en pantoufles, se permettait des observations confidentielles sur la mise ou sur l'air des externes, et sur les événements de la soirée précédente, en s'exprimant avec la confiance de l'intimité. Ces sept pensionnaires étaient les enfants gâtés de madame Vauquer, qui leur mesurait avec une précision d'astronome les soins et les égards, d'après le chiffre de leurs pensions. Une même considération affectait ces êtres rassemblés par le hasard. Les deux locataires du second ne payaient que soixante-douze francs par mois. Ce bon marché, qui ne se rencontre que dans le faubourg Saint-Marcel, entre la Bourbe et la Salpêtrière, et auquel madame Couture faisait seule exception, annonce que ces pensionnaires devaient être sous le poids de malheurs plus ou moins apparents. Aussi le spectacle désolant que présentait l'intérieur de cette maison se répétait-il dans le costume de ses habitués, également délabrés. Les hommes portaient des redingotes dont la couleur était devenue problématique, des chaussures comme il s'en jette au coin des bornes dans les quartiers élégants, du linge élimé, des vêtements qui n'avaient plus que l'âme. Les femmes avaient des robes passées reteintes, déteintes, de vieilles dentelles raccommodées, des gants glacés par l'usage, des collerettes toujours rousses et des fichus éraillés. Si tels étaient les habits, presque tous montraient des corps solidement charpentés, des constitutions qui avaient résisté aux tempêtes de la vie, des faces froides, dures, effacées comme celles des écus démonétisés. Les bouches flétries étaient armées de dents avides. Ces pensionnaires faisaient pressentir des drames accomplis ou en action; non pas de ces drames joués à la lueur des rampes, entre des toiles peintes mais des drames vivants et muets, des drames glacés qui remuaient chaudement le cœur, des drames continus.

 

I. L’ironie

“Les enfants gâtés de Madame Vauquer”

“précision d’astronome” : elle ne veut surtout pas trop leur en donner

“que 72 francs par mois”

“s'exprimant avec la confiance de l'intimité”

“les pensionnaires délabrés”

“des redingotes dont la couleur était devenue problématique”

“Les bouches flétries étaient armées de dents avides” : avides d’argent

“Ces pensionnaires faisaient pressentir des drames accomplis ou en action”

 

II. Le pathétique

la description des habits des pensionnaires

“précision d’astronome” : ils meurent de faim

“Les femmes avaient des robes passées reteintes, déteintes”

“Ces pensionnaires faisaient pressentir des drames accomplis ou en action”

 

Entre ces deux personnages et les autres, Vautrin, l'homme de quarante ans, à favoris peints, servait de transition. Il était un de ces gens dont le peuple dit : Voilà un fameux gaillard ! Il avait les épaules larges, le buste bien développé, les muscles apparents, des mains épaisses, carrées et fortement marquées aux phalanges par des bouquets de poils touffus et d'un roux ardent. Sa figure, rayée par des rides prématurées, offrait des signes de dureté que démentaient ses manières souples et liantes. Sa voix de basse-taille, en harmonie avec sa grosse gaieté, ne déplaisait point. Il était obligeant et rieur. Si quelque serrure allait mal, il l'avait bientôt démontée, rafistolée, huilée, limée, remontée, en disant : Ça me connaît. " Il connaissait tout d'ailleurs, les vaisseaux, la mer, la France, l'étranger, les affaires, les hommes, les événements, les lois, les hôtels et les prisons. Si quelqu'un se plaignait par trop, il lui offrait aussitôt ses services. Il avait prêté plusieurs fois de l'argent à madame Vauquer et à quelques pensionnaires ; mais ses obligés seraient morts plutôt que de ne pas le lui rendre, tant, malgré son air bonhomme, il imprimait de crainte par  et plein de résolution. A la manière dont il lançait un jet de salive, il annonçait un sang-froid imperturbable qui ne devait pas le faire reculer devant un crime pour sortir d'une position équivoque. Comme un juge sévère, son œil semblait aller au fond de toutes les questions, de toutes les consciences, de tous les sentiments. Ses mœurs consistaient à sortir après le déjeuner, à revenir pour dîner, à décamper pour toute la soirée, et à rentrer vers minuit, à l'aide d'un passe-partout que lui avait confié madame Vauquer. Lui seul jouissait de cette faveur. Mais aussi était-il au mieux avec la veuve, qu'il appelait maman en la saisissant par la taille, flatterie peu comprise ! La bonne femme croyait la chose encore facile, tandis que Vautrin seul avait les bras assez longs pour presser cette pesante circonférence. Un trait de son caractère était de payer généreusement quinze francs par mois pour le gloria qu'il prenait au dessert. Des gens moins superficiels que ne l'étaient ces jeunes gens emportés par les tourbillons de la vie parisienne, ou ces vieillards indifférents à ce qui ne les touchait pas directement, ne se seraient pas arrêtés à l'impression douteuse que leur causait Vautrin. Il savait ou devinait les affaires de ceux qui l'entouraient, tandis que nul ne pouvait pénétrer ni ses pensées ni ses occupations. Quoiqu'il eût jeté son apparente bonhomie, sa constante complaisance et sa gaieté comme une barrière entre les autres et lui, souvent il laissait percer l'épouvantable profondeur de son caractère. Souvent une boutade digne de Juvénal, et par laquelle il semblait se complaire à bafouer les lois, à fouetter la haute société, à la convaincre d'inconséquence avec elle-même, devait faire supposer qu'il gardait rancune à l'état social, et qu'il y avait au fond de sa vie un mystère soigneusement enfoui.

 

I. La puissance corporelle

“quarante ans, à favoris peints” : il est dans la force de l’âge

“Il avait les épaules larges, le buste bien développé, les muscles apparents, des mains épaisses, carrées et fortement marquées aux phalanges par des bouquets de poils touffus et d'un roux ardent”

“rides prématurées, offrait des signes de dureté que démentaient ses manières souples et liantes” : il s’est échappé du bagne mais il porte toujours des rayures

 

 

II. La personnalité mystérieuse de Vautrin

“Ça me connaît.” : il est serviable

“que démentaient ses manières souples et liantes” : il fait semblant d’être gentil

 

“il annonçait un sang-froid imperturbable”

“impression douteuse que leur causait Vautrin” renforce le fait que c’est une bagnard

percer l'épouvantable profondeur de son caractère

 

“qu'il y avait au fond de sa vie un mystère soigneusement enfoui”.

 

III. L’ironie

“rayée par des rides prématurées”

“Si quelque serrure allait mal, il l'avait bientôt démontée, rafistolée, huilée, limée, remontée, en disant : Ça me connaît.” : c’est un voleur et un évadé donc il est habitué aux serrures.

“Vautrin seul avait les bras assez longs pour presser cette pesante circonférence” - caractère physique de Madame Vautrin,  montre son avidité

 

 

 

 

 

- Mon Dieu, que t'ai-je fait ? Ma fille livrée à ce misérable, il exigera tout d'elle s'il le veut. Pardon, ma fille! cria le vieillard.

- Oui, si je suis dans un abîme, il y a peut-être de votre faute, dit Delphine. Nous avons si peu de raison quand nous nous marions ! Connaissons-nous le monde, les affaires, les hommes, les mœurs ? Les pères devraient penser pour nous. Cher père, je ne vous reproche rien, pardonnez-moi ce mot. En ceci la faute est toute à moi. Non, ne pleurez point, papa, dit-elle en baisant le front de son père.

- Ne pleure pas non plus, ma petite Delphine. Donne tes yeux, que je les essuie en les baisant. Va ! je vais retrouver ma caboche, et débrouiller l'écheveau d'affaires que ton mari a mêlé.

- Non, laisse-moi faire ; je saurai le manœuvrer. Il m'aime, eh bien, je me servirai de mon empire sur lui pour l'amener à me placer promptement quelques capitaux en propriétés. Peut-être lui ferai-je racheter sous mon nom Nucingen, en Alsace, il y tient. Seulement venez demain pour examiner ses livres, ses affaires. Monsieur Derville ne sait rien de ce qui est commercial. Non, ne venez pas demain. Je ne veux pas me tourner le sang. Le bal de madame de Beauséant a lieu après-demain, je veux me soigner pour y être belle, reposée, et faire honneur à mon cher Eugène ! Allons donc voir sa chambre.

En ce moment une voiture s'arrêta dans la rue Neuve-Sainte-Geneviève, et l'on entendit dans l'escalier la voix de madame de Restaud, qui disait à Sylvie : - Mon père y est-il ? Cette circonstance sauva heureusement Eugène, qui méditait déjà de se jeter sur son lit et de feindre d'y dormir.

- Ah ! mon père, vous a-t-on parlé d'Anastasie ? dit Delphine en reconnaissant la voix de sa sœur. Il paraîtrait qu'il arrive aussi de singulières choses dans son ménage.

- Quoi donc! dit le père Goriot : ce serait donc ma fin. Ma pauvre tête ne tiendra pas à un double malheur.

- Bonjour, mon père, dit la comtesse en entrant. Ah ! te voilà, Delphine.

Madame de Restaud parut embarrassée de rencontrer sa sœur.

- Bonjour, Nasie, dit la baronne. Trouves-tu donc ma présence extraordinaire ? Je vois mon père tous les jours, moi.

- Depuis quand ?

- Si tu y venais, tu le saurais.

- Ne me taquine pas, Delphine, dit la comtesse d'une voix lamentable. Je suis bien malheureuse, je suis perdue, mon pauvre père ! oh ! bien perdue cette fois !

- Qu'as-tu, Nasie ? cria le père Goriot. Dis-nous tout, mon enfant. Elle pâlit. Delphine, allons, secours-la donc, sois bonne pour elle, je t'aimerai encore mieux, si je peux, toi !

- Ma pauvre Nasie, dit madame de Nucingen en asseyant sa sœur, parle. Tu vois en nous les deux seules personnes qui t'aimeront toujours assez pour te pardonner tout. Vois-tu, les affections de famille sont les plus sûres. Elle lui fit respirer des sels, et la comtesse revint à elle.

- J'en mourrai, dit le père Goriot. Voyons, reprit-il en remuant son feu de mottes, approchez-vous toutes les deux. J'ai froid. Qu'as-tu, Nasie ? dis vite, tu me tues...

- Eh bien! dit la pauvre femme, mon mari sait tout. Figurez-vous, mon père, il y a quelque temps, vous souvenez-vous de cette lettre de change de Maxime ? Eh bien! ce n'était pas la première. J'en avais déjà payé beaucoup. Vers le commencement de janvier, monsieur de Trailles me paraissait bien chagrin. Il ne me disait rien; mais il est si facile de lire dans le cœur des gens qu'on aime, un rien suffit: puis il y a des pressentiments. Enfin il était plus aimant, plus tendre que je ne l'avais jamais vu, j'étais toujours plus heureuse. Pauvre Maxime ! dans sa pensée, il me faisait ses adieux, m'a-t-il dit; il voulait se brûler la cervelle. Enfin je l'ai tant tourmenté, tant supplié, je suis restée deux heures à ses genoux. Il m'a dit qu'il devait cent mille francs ! Oh ! papa, cent mille francs! Je suis devenue folle. Vous ne les aviez pas, j'avais tout dévoré....

- Non, dit le père Goriot, je n'aurais pas pu les faire, à moins d'aller les voler. Mais j'y aurais été, Nasie ! J'irai.

A ce mot lugubrement jeté, comme un son du râle d'un mourant, et qui accusait l'agonie du sentiment paternel réduit à l'impuissance, les deux sœurs firent une pause. Quel égoïsme serait resté froid à ce cri de désespoir qui, semblable à une pierre lancée dans un gouffre, en révélait la profondeur ?

- Je les ai trouvés en disposant de ce qui ne m'appartenait pas, mon père, dit la comtesse en fondant en larmes.

Delphine fut émue et pleura en mettant la tête sur le cou de sa sœur.

- Tout est donc vrai, dit-elle.

Anastasie baissa la tête, madame de Nucingen la saisit à plein corps, la baisa tendrement, et l'appuyant sur son cœur:- Ici, tu seras toujours aimée sans être jugée, lui dit-elle.

- Mes anges, dit Goriot d'une voix faible, pourquoi votre union est-elle due au malheur ?

- Pour sauver la vie de Maxime, enfin pour sauver tout mon bonheur, reprit la comtesse encouragée par ces témoignages d'une tendresse chaude et palpitante, j'ai porté chez cet usurier que vous connaissez, un homme fabriqué par l'enfer, que rien ne peut attendrir, ce monsieur Gobseck, les diamants de famille auxquels tient tant monsieur de Restaud, les siens, les miens, tout, je les ai vendus. Vendus ! comprenez-vous ? il a été sauvé ! Mais, moi, je suis morte. Restaud a tout su.

- Par qui ? comment? Que je le tue! cria le père Goriot.

- Hier, il m'a fait appeler dans sa chambre. J'y suis allée... " Anastasie, m'a-t-il dit d'une voix... (oh ! sa voix a suffi, j'ai tout deviné), où sont vos diamants ? " Chez moi. " Non, m'a-t-il dit en me regardant, ils sont là, sur ma commode. " Et il m'a montré l'écrin qu'il avait couvert de son mouchoir. " Vous savez d'où ils viennent ? " m'a-t-il dit. Je suis tombée à ses genoux... j'ai pleuré, je lui ai demandé de quelle mort il voulait me voir mourir.

- Tu as dit cela! s'écria le père Goriot. Par le sacré nom de Dieu, celui qui vous fera mal à l'une ou à l'autre, tant que je serai vivant, peut être sûr que je le brûlerai à petit feu! Oui, je le déchiquetterai comme...

Le père Goriot se tut, les mots expiraient dans sa gorge. Enfin, ma chère, il m'a demandé quelque chose de plus difficile à faire que de mourir. Le ciel préserve toute femme d'entendre ce que j'ai entendu !

- J'assassinerai cet homme, dit le père Goriot tranquillement. Mais il n'a qu'une vie, et il m'en doit deux. Enfin, quoi ? reprit-il en regardant Anastasie.

 

 

Problématique : comment cette scène de roman réaliste s’apparente-t-elle à une tragédie ?

 

I. Des filles indignes et manipulatrices (réalisme)

“il y a peut-être de votre faute -je ne vous reproche rien”

“Les pères devraient penser pour nous”

“Je vois mon père tous les jours, moi.

- Depuis quand ?

- Si tu y venais, tu le saurais.”

“je suis perdue, mon pauvre père ! “

“je saurai le manœuvrer. Il m'aime” - Delphine se sert de l’amour pour se servir des hommes ( son père et son mari)

“Tu vois en nous les deux seules personnes qui t'aimeront toujours assez pour te pardonner tout” : ironie

“J'ai froid,  tu me tues…”- prolepse de la mort du Père Goriot

“Pauvre Maxime”- le seul personnage qui fait pitié est le père Goriot

“Je suis devenue folle. Vous ne les aviez pas, j'avais tout dévoré....”- la fille demande à son père de rembourser les dettes de son amant

“A ce mot lugubrement jeté, comme un son du râle d'un mourant, et qui accusait l'agonie du sentiment paternel réduit à l'impuissance, les deux sœurs firent une pause.”-manipulation des deux sœurs - leur père ne doit pas mourir prématurément  

“ Quel égoïsme serait resté froid à ce cri de désespoir”- renforce l'égoïsme des deux sœurs

“Pour sauver la vie de Maxime, enfin pour sauver tout mon bonheur”- elle veut sauver son amant

“Il m'a demandé quelque chose de plus difficile à faire que de mourir”.- La mort n’est pas quelque chose de grave, elle ne pense pas à la mort de son père

 

 

 

II. Un père martyr (tragique)

“Donne tes yeux, que je les essuie en les baisant”.- le Père Goriot se rabaisse encore envers Delphine

“Mes anges, dit Goriot d'une voix faible, pourquoi votre union est-elle due au malheur ?”

“J'en mourrai, dit le père Goriot.”

“je n'aurais pas pu les faire, à moins d'aller les voler. Mais j'y aurais été, Nasie ! J'irai.”- l’amour paternel sans limites jusqu'à la folie

“A ce mot lugubrement jeté, comme un son du râle d'un mourant, et qui accusait l'agonie du sentiment paternel réduit à l'impuissance, les deux soeurs firent une pause”.- prolepse de la mort du Père Goriot- prolepse de la mort

Le père Goriot se tut, les mots expiraient dans sa gorge

“cri de désespoir qui, semblable à une pierre lancée dans un gouffre, en révélait la profondeur ?” - le cri du père qui n’est pas entendu  

“Pour sauver la vie de Maxime, enfin pour sauver tout mon bonheur”- le père va mourir pour que la fille sauve son amant

“tant que je serai vivant”- il veut se battre alors qu’il est en train de mourir

 

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Les deux prêtres, l'enfant de chœur et le bedeau vinrent et donnèrent tout ce qu'on peut avoir pour soixante-dix francs dans une époque où la religion n'est pas assez riche pour prier gratis. Les gens du clergé chantèrent un psaume, le Libera, le De profundis. Le service dura vingt minutes. Il n'y avait qu'une seule voiture de deuil pour un prêtre et un enfant de chœur, qui consentirent à recevoir avec eux Eugène et Christophe.

 

- Il n'y a point de suite, dit le prêtre, nous pourrons aller vite, afin de ne pas nous attarder, il est cinq heures et demie.

 

Cependant, au moment où le corps fut placé dans le corbillard, deux voitures armoriées, mais vides, celle du comte de Restaud et celle du baron de Nucingen, se présentèrent et suivirent le convoi jusqu'au Père-Lachaise. A six heures, le corps du père Goriot fut descendu dans sa fosse, autour de laquelle étaient les gens de ses filles, qui disparurent avec le clergé aussitôt que fut dite la courte prière due au bonhomme pour l'argent de l'étudiant. Quand les deux fossoyeurs eurent jeté quelques pelletées de terre sur la bière pour la cacher, ils se relevèrent, et l'un d'eux, s'adressant à Rastignac, lui demanda leur pourboire. Eugène fouilla dans sa poche et n'y trouva rien, il fut forcé d'emprunter vingt sous à Christophe. Ce fait, si léger en lui-même, détermina chez Rastignac un accès d'horrible tristesse. Le jour tombait, un humide crépuscule agaçait les nerfs, il regarda la tombe et y ensevelit sa dernière larme de jeune homme, cette larme arrachée par les saintes émotions d'un cœur pur, une de ces larmes qui, de la terre où elles tombent, rejaillissent jusque dans les cieux. Il se croisa les bras, contempla les nuages, et, le voyant ainsi, Christophe le quitta.

 

Rastignac, resté seul, fit quelques pas vers le haut du cimetière et vit Paris tortueusement couché le long des deux rives de la Seine où commençaient à briller les lumières. Ses yeux s'attachèrent presque avidement entre la colonne de la place Vendôme et le dôme des Invalides, là où vivait ce beau monde dans lequel il avait voulu pénétrer. Il lança sur cette ruche bourdonnante un regard qui semblait par avance en pomper le miel, et dit ces mots grandioses: "A nous deux maintenant!"

 

Et pour premier acte du défi qu'il portait à la Société,

 

Rastignac alla dîner chez madame de Nucingen.

 

Problématique : En quoi ce roman réaliste est-il un roman d’apprentissage ?

 

I. Le pathétique

“deux voitures armoriées, mais vides”- le convoi est suivi par des voitures vides , métaphore des filles du  père Goriot qui n’ont pas de sentiments pour leur père, les filles ont le cœur vide comme leurs voitures.

“pour la cacher”- le seul personnage digne qui a un enterrement indigne, comme s’il n’avait jamais existé

“il regarda la tombe et y ensevelit sa dernière larme de jeune homme”- Eugène de Rastigneac voit la méchanceté du monde avec la mort de sa figure paternelle

“les saintes émotions d'un cœur pur, une de ces larmes qui, de la terre où elles tombent, rejaillissent jusque dans les cieux”.- Eugène a la compassion envers le Père Goriot, il est plus saint que le prêtre

“il avait voulu pénétrer”- désillusion totale de Rastignac

 

II. L’ironie

“soixante-dix francs dans une époque où la religion n'est pas assez riche pour prier gratis.” : le prêtre n’a pas la foi et n’est pas charitable

“Le service dura vingt minutes.” : très rapide, on se débarrasse du Père Goriot

“Il n'y a point de suite, dit le prêtre, nous pourrons aller vite”- personne n’est venu à l’enterrement du père Goriot

“il est cinq heures et demie”- prêtre qui n’a pas la foi

“demanda leur pourboire.”- travail mécanique sans aucun sentiment

“Paris tortueusement couché le long des deux rives”- personnification de la ville, le vrai visage des Parisiens  

“la place Vendôme et le dôme des Invalides”- les places riches, glorieuses

“Et pour premier acte du défi qu'il portait à la Société”,- Delphine a déçu Rastignac - son premier objet de sa vengeance. “acte” d’une tragédie qu’il est prêt à jouer puisqu’il sait maintenant porter un masque de comédien.


Si vous étudiez le Père Goriot de Balzac en œuvre intégrale je vous recommande de lire ce livre


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