Commentaire composé de Madame Bovary de Flaubert, 2ème partie

Commentaire composé de Madame Bovary de Flaubert, 2ème partie

Photo by Petr  Ovralov on Unsplash
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Texte

Quand il rentrait au milieu de la nuit, il n'osait pas la réveiller. La veilleuse de porcelaine arrondissait au plafond une clarté tremblante, et les rideaux fermés du petit berceau faisaient comme une hutte blanche qui se bombait dans l'ombre, au bord du lit. Charles les regardait. Il croyait entendre l'haleine légère de son enfant. Elle allait grandir maintenant ; chaque saison, vite, amènerait un progrès. Il la voyait déjà revenant de l'école à la tombée du jour, toute rieuse, avec sa brassière tachée d'encre, et portant au bras son panier ; puis il faudrait la mettre en pension, cela coûterait beaucoup ; comment faire ? Alors il réfléchissait. Il pensait à louer une petite ferme aux environs, et qu'il surveillerait lui-même, tous les matins, en allant voir ses malades. Il en économiserait le revenu, il le placerait à la caisse d'épargne ; ensuite il achèterait des actions, quelque part, n'importe où ; d'ailleurs, la clientèle augmenterait ;   il y comptait, car il voulait que Berthe fût bien élevée, qu'elle eût des talents, qu'elle apprît le piano. Ah ! qu'elle serait jolie, plus tard, à quinze ans, quand, ressemblant à sa mère, elle porterait comme elle, dans l'été, de grands chapeaux de paille ! on les prendrait pour les deux soeurs. Il se la figurait travaillant le soir auprès d'eux, sous la lumière de la lampe ; elle lui broderait des pantoufles ; elle s'occuperait du ménage ; elle emplirait toute la maison de sa gentillesse et de sa gaieté. Enfin, ils songeraient à son établissement : on lui trouverait quelque brave garçon ayant un état solide ; il la rendrait heureuse ; cela durerait toujours.

 

Emma ne dormait pas, elle faisait semblant d'être endormie ; et, tandis qu'il s'assoupissait (1) à ses côtés, elle se réveillait en d'autres rêves.

 

Au galop de quatre chevaux, elle était emportée depuis huit jours vers un pays nouveau, d'où ils(2) ne reviendraient plus. Ils  allaient, ils allaient, les bras enlacés, sans parler. Souvent, du haut d'une montagne, ils apercevaient tout à coup quelque cité splendide avec des dômes, des ponts, des navires, des forêts de citronniers et des cathédrales de marbre blanc, dont les clochers aigus portaient des nids de cigognes. On marchait au pas, à cause des grandes dalles, et il y avait par terre des bouquets de fleurs que vous offraient des femmes habillées en corset rouge. On entendait sonner des cloches, hennir les mulets, avec le murmure des guitares et le bruit des fontaines, dont la vapeur s'envolant rafraîchissait des tas de fruits, disposés en pyramide au pied des statues pâles, qui souriaient sous les jets d'eau. Et puis ils arrivaient, un soir, dans un village de pêcheurs, où des filets bruns séchaient au vent, le long de la falaise et des cabanes. C'est là qu'ils s'arrêteraient pour vivre ; ils habiteraient une maison basse, à toit plat, ombragée d'un palmier, au fond d'un golfe, au bord de la mer. Ils se promèneraient en gondole, ils se balanceraient en hamac(3) ; et leur existence serait facile et large comme leurs vêtements de soie, toute chaude et étoilée comme les nuits douces qu'ils contempleraient. Cependant, sur l'immensité de cet avenir qu'elle se faisait apparaître, rien de particulier ne surgissait ; les jours, tous magnifiques, se ressemblaient comme des flots ; et cela se balançait à l'horizon, infini, harmonieux, bleuâtre et couvert de soleil. Mais l'enfant(4) se mettait à tousser dans son berceau, ou bien Bovary ronflait plus fort, et Emma ne s'endormait que le matin, quand l'aube blanchissait les carreaux et que déjà le petit Justin(5), sur la place, ouvrait les auvents de la pharmacie.

 

 

 

1)s’endormait 2)Emma s’imagine avec Rodolphe  3)Toile ou filet suspendu et utilisé comme lit 4)La petite fille d’Emma 5)L’employé du pharmacien

 

Gustave Flaubert, Madame Bovary, 2ème partie

 


Si vous étudiez Madame Bovary de Flaubert en œuvre intégrale je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Quelles visions de l’amour Flaubert propose-t-il dans cet extrait de roman ?

 

 

 

I Un idéal familial et paternaliste

 

Charles se préoccupe avant tout de l’avenir de sa fille et se montre donc un père attentionné et responsable.

 

“il n’osait pas la réveiller“ Charles se prive de parler pour préserver le sommeil de sa fille par amour pour elle. Il se préoccupe du confort de sa femme avant le sien.

 

“une clarté tremblante” Charles tremble car il a  peur de la réveiller mais aussi car il énormément amoureux d’elle ce qui le rend fébrile.

 

“les rideaux fermés du petit berceau [...] comme une hutte blanche”. Le blanc est le symbole de la pureté. L’enfant est montré ici comme un petit ange

 

“Charles les regardait”  Cette phrase courte nous montre que Charles n’a pas besoin de plus pour être heureux.

 

“il croyait entendre l’haleine légère de son enfant” Charles cherche à savoir si sa fille va bien, si elle respire pour être rassuré.

 

“Elle allait grandir maintenant chaque saison, vite, amènerait un progrès.” Charles est fier de sa fille, fier de son évolution, il imagine pour sa fille la meilleur vie possible. Mais pourtant il ne veut pas qu’elle grandisse trop vite, il veut alors profiter de chaque instant.

 

“Il la voyait déjà revenant de l’école à la tombée du jour, toute rieuse, avec sa brassière tachée d’encre [...]. Il imagine sa vie dans les moindres détails afin de prévoir les éventuels soucis, il veut la meilleure éducation pour elle. Il l’imagine heureuse.

 

“alors il réfléchissait.” Et il continue encore à penser à l’avenir et au bonheur de sa fille, il veut imaginer toute sa vie pour être sûre qu’elle soit heureuse.

 

“Il pensait à louer une petite ferme au environ [...]” Dès la plus tendre enfance de sa fille il pense déjà à son avenir, au moment où elle deviendra une femme afin qu’elle ne manque de rien.

 

“il économiserait le revenu [...] car il voulait que Berthe fût bien élevée, qu’elle eût des talents [...]. Il veut tout faire pour qu’elle soit la plus heureuse, il veut qu’elle ait des savoirs et pour cela il veut économiser le plus d’argent possible afin de lui trouver le meilleur mari possible.

 

“Ah ! Qu’elle sera jolie, plus tard, à quinze ans, quand ressemblant à sa mère [...]” Il imagine aussi l’apparence de sa fille, il espère qu’elle sera aussi jolie que sa femme. Il nous prouve qu’il est très amoureux de sa femme.

 

“Il se la figurait travaillant le soir auprès d’eux [...]“elle s’occuperait du ménage  [...]”  Il imagine une famille unie. Il imagine que sa fille sera une femme qui saura tenir une maison. Elle deviendra une femme attentionnée qui l’aidera.

 

“on lui trouverait un brave garçon” En pensant à la femme parfaite que deviendra  sa fille veut pour elle le meilleur époux qu’il puisse exister pour la combler de bonheur. Il cherche donc à être le meilleur mari possible pour sa femme en s’occupant de sa fille.

 

 

 

 

 

II Un idéal romanesque et déraisonnable

 

Emma ne pense pas une seule seconde à sa fille. Elle rêve de mener une vie digne des héroïnes de Walter Scott.

 

“Au galop de quatre chevaux, elle était emportée depuis huit jours vers un pays nouveau [...] Emma elle voudrait vivre dans un monde parfait sans limite comme si elle vivait dans un roman d’aventures où tout est grandiose et extraordinaire.

 

“ils allaient, il allaient les bras enlacés, sans parler” Elle s’imagine seule avec Rodolphe sans sa fille.

 

“Souvent du haut d’une montagne, ils apercevaient[...]dont les clochers aigus portaient des nids de cigognes” Ce qu’elle imagine n’est pas possible dans la vraie vie, tout est démesuré.

 

“On marchait au pas à cause des grandes dalles [...]des femmes habillées en corset rouge.”

 

Encore une fois, son rêve ne pourra jamais devenir réalité. Elle ne pense jamais à sa fille et à son rôle de mère, elle pense seulement à sa vie amoureuse et son bonheur.

 

“on entendait sonner des cloches [...]. Tous les bruits qu’elle entend semble venir d’un roman d’aventure,

 

 

 

“Mais l’enfant se mettait à tousser dans son berceau” Ici Berthe apparaît comme un obstacle à son bonheur, elle la réveille et la ramène à la réalité, et elle l’empêche de s’enfuir avec Rodolphe. Emma ne pense pas à sa fille, elle ne l’aime pas.

 

 


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