Commentaire composé de Flaubert, Madame Bovary, Première partie, Chapitre 3

Commentaire composé de Flaubert, Madame Bovary, Première partie, Chapitre 3, La visite de Charles aux Bertaux

Photo by Chien Pham on Unsplash
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Texte

Flaubert, Madame Bovary, Première partie, Chapitre 3

 

“Il arriva un jour vers trois heures ; tout le monde était aux champs ; il entra dans la cuisine, mais n’aperçut point d’abord Emma ; les auvents étaient fermés. Par les fentes du bois, le soleil allongeait sur les pavés de grandes raies minces, qui se brisaient à l’angle des meubles et tremblaient au plafond. Des mouches, sur la table, montaient le long des verres qui avaient servi, et bourdonnaient en se noyant au fond, dans le cidre resté. Le jour qui descendait par la cheminée, veloutant la suie de la plaque, bleuissait un peu les cendres froides. Entre la fenêtre et le foyer, Emma cousait ; elle n’avait point de fichu, on voyait sur ses épaules nues de petites gouttes de sueur.

 

Selon la mode de la campagne, elle lui proposa de boire quelque chose. Il refusa, elle insista, et enfin lui offrit, en riant, de prendre un verre de liqueur avec elle. Elle alla donc chercher dans l’armoire une bouteille de curaçao, atteignit deux petits verres, emplit l’un jusqu’au bord, versa à peine dans l’autre, et, après avoir trinqué, le porta à sa bouche. Elle se rassit et elle reprit son ouvrage, qui était un bas de coton blanc où elle faisait des reprises ; elle travaillait le front baissé ; elle ne parlait pas, Charles non plus. L’air, passant par le dessous de la porte, poussait un peu de poussière sur les dalles ; il la regardait se traîner, et il entendait seulement le battement intérieur de sa tête, avec le cri d’une poule, au loin, qui pondait dans les cours. Emma, de temps à autre, se rafraîchissait les joues en y appliquant la paume de ses mains ; qu’elle refroidissait après cela sur la pomme de fer des grands chenets.”

 


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Commentaire composé

En quoi ce texte met-il en scène deux antihéros, à l’origine d’une scène d’amour ratée sur laquelle l’auteur porte un regard ironique ?

 

I - Une scène d’amour ratée

 

Il arriva un jour vers trois heures ; tout le monde était aux champs ; : Charles arrive à un moment propice à l’intimité.

 

il entra dans la cuisine, mais n’aperçut point d’abord Emma ; les auvents étaient fermés : Charles rentre dans une pièce intime, il rentre de lui même, alors que les volets sont fermés.

 

Par les fentes du bois, le soleil allongeait sur les pavés de grandes raies minces, qui se brisaient à l’angle des meubles et tremblaient au plafond. : Métaphore filée de la scène érotique.

 

Entre la fenêtre et le foyer, Emma cousait ; elle n’avait point de fichu, on voyait sur ses épaules nues de petites gouttes de sueur. : “Entre la fenêtre et le foyer” Emma est attachée à son foyer qui représente ses devoirs de femme mais elle est attirée par la fenêtre qui lui permet de s’évader par la rêverie. “elle n’avait point de fichu” Emma est en tenue décontractée et dénudée, c’est indécent “on voyait sur ses épaules nues de petites gouttes de sueur.” Détail érotique, qui renvoie à l’animalité d’Emma.

 

Elle alla donc chercher dans l’armoire une bouteille de curaçao, atteignit deux petits verres, emplit l’un jusqu’au bord, versa à peine dans l’autre, et, après avoir trinqué, le porta à sa bouche. : Emma boit de l’alcool et trinque, elle fait preuve de vulgarité “le porta à sa bouche” Début de la métaphore filée de l’orgasme d’Emma qui continue de manière de plus en plus explicite : Comme il était presque vide, elle se renversait pour boire ; et, la tête en arrière, les lèvres avancées, le cou tendu, elle riait de ne rien sentir, tandis que le bout de sa langue, passant entre ses dents fines, léchait à petits coups le fond du verre

 

Elle se rassit et elle reprit son ouvrage, qui était un bas de coton blanc où elle faisait des reprises ; Après la scène érotique, Emma se met à coudre mais son ouvrage est un bas, un objet connoté comme un étant un accessoire montré uniquement par les prostituées, la dignité voudrait qu’elle le cache.

 

elle travaillait le front baissé ; elle ne parlait pas, Charles non plus. : Charles est subjugué par Emma.

 

Emma, de temps à autre, se rafraîchissait les joues en y appliquant la paume de ses mains ; qu’elle refroidissait après cela sur la pomme de fer des grands chenets.” : Emma essaye de se “refroidir” et il y a toujours une allusion au toucher.

 

II - Le regard ironique de Flaubert

 

Des mouches, sur la table, montaient le long des verres qui avaient servi, et bourdonnaient en se noyant au fond, dans le cidre resté. : Ces mouches représentent les parents d’Emma, qui sont dans la saleté et ne sont jamais allés plus loin que leur grande ferme Ils sont riches car ils produisent du cidre et que cet alcool se vend bien au XIXème en Normandie, mais l’argent ne leur a pas donné la noblesse ni la dignité. Flaubert porte un regard très dur sur ces paysans.

 

Le jour qui descendait par la cheminée, veloutant la suie de la plaque, bleuissait un peu les cendres froides. : On a une atmosphère suave mais en même temps sale, et une allusion avec les cendres froides, à la relation tiédie des parents d’Emma.

 

Selon la mode de la campagne, elle lui proposa de boire quelque chose. : Une femme qui boit est très mal vue, Flaubert dénigre les campagnards qui sont vulgaires et sans les bonnes manières des Parisiens.

 

Il refusa, elle insista, et enfin lui offrit, en riant, de prendre un verre de liqueur avec elle. Emma lui fait du rentre dedans mais Charles reste poli et réservé.

 

L’air, passant par le dessous de la porte, poussait un peu de poussière sur les dalles ; il la regardait se traîner, et il entendait seulement le battement intérieur de sa tête, avec le cri d’une poule, au loin, qui pondait dans les cours. : Charles est amoureux ; Emma est une poule, une fille facile. Toute cette histoire reste une histoire de bas étage pour Flaubert.

 

Conclusion :

 

Ainsi, on constate que Flaubert se moque de ses propres personnages. En effet, Charles est trop timide et réservé et laisse prendre les initiatives et le rôle de l’homme à Emma qui est trop dévergondée et devient vulgaire. Cette scène d’amour avortée est la prolepse du fiasco que sera leur futur mariage.


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