Commentaire composé du poème l'Albatros de Baudelaire

Commentaire composé du poème l'Albatros de Baudelaire

Photo by Rodolfo Mari on Unsplash
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Texte

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage

 

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

 

Qui suivent, indolents (¹) compagnons de voyage,

 

Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

 

 

À peine les ont-ils déposés sur les planches,

 

Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,

 

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

 

Comme des avirons traîner à côté d'eux.

 

 

 

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

 

Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !

 

L'un agace son bec avec un brûle-gueule (²),

 

L'autre mime, en boitant, l'infirme, qui volait !

 

 

 

Le Poète est semblable au prince des nuées

 

Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;

 

Exilé sur le sol au milieu des huées,

 

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

 

 

 

Charles Baudelaire, "L'albatros", Les Fleurs du Mal, Spleen et Idéal, 1857.

 

1. Indolent : nonchalant

 

2. Brûle-gueule : pipe

 

 

 


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Commentaire composé

 

Comment Baudelaire traite-t-il du thème poète maudit à travers la description d’un albatros arrivant un bateau ?

 

 

 

v4 Le navire glissant sur les gouffres amers

 

Le navire symbolise la vie humaine que Baudelaire déteste. Comme si cette vie avancée sur des gouffres amers qui blessent le poète.

 

 

 

 

 

1.    La foule représentée par l’équipage

 

 

 

v1 Souvent pour s’amuser, les hommes d’équipage

 

But ludique de l’équipage : décrit comme puéril et irresponsables : détruisent quelque chose de noble : l’albatros.

 

v12 le poète est infirme en société, au lieu de l’aider comme des personnes matures et responsables, le peuple s’amuse en se moquant de lui: mime, en boitant, l’infirme qui volait. Maintenant que le poète n’est plus réellement supérieur, la foule le rabaisse au moyen d’un jeu d’enfant, pour qu’il ne redevienne jamais aussi imposant que lorsqu’il était dans le ciel.

 

 

 

 

v9  Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!

 

v10 Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid!

 

Vision que le peuple a du poète : un être gauche et veule : faible car les hommes du peuple ne jugent que par l’apparence, ils ne peuvent comprendre que le poète est bien plus fort par la pensée. Ils trouvent que le poète est comique et laid car il est handicapé à cause de ses ailes et donc de son imagination et sa supériorité.

 

A première vue, le peuple accepte la poésie, mais lorsqu’ils essayent de comprendre, ils n’en sont pas capables. Comme ils sont inférieurs aux poètes, ils essayent de les rabaisser par jalousie.

 

v11 L’un agace son bec avec un brûle-gueule. La foule cherche à empêcher le poète de parler car il est supérieur par la parole mais inférieur dans le conflit physique. L’homme qui possède un brûle-gueule fume, il n’a donc pas une belle voix, le contraire du poète. Le peuple est donc incapable de s’exprimer comme le poète ce qui confirme son infériorité.

 

 

 

 

2.            Le poète se compare à l’albatros

 

 

 

Les trois premières strophes décrivent la capture de l’oiseau par les marins.

 

L’albatros est décrit de deux manières :

 

    Méliorative lorsqu’il vole : Vastes oiseaux des mers, compagnons de voyage, rois de l’azur, beau, prince des nuées

 

    Péjorative lorsqu’il est sur le bateau:

 

Surtout la 4ème strophe

 

 

 

 

v2 Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

 

Vaste oiseau des mers : comme le monde intérieur du poète est grand et vaste. v3 Qui suivent indolents compagnons de voyage

 

L’oiseau est comme le poète : il suit le bateau et tombe dessus par erreur. L’albatros ne peut plus s’envoler une fois qu’il tombe sur le bateau, il est donc prisonnier et sûrement condamné à mort. Le poète va dans le même sens que l’humanité mais reste à part (dans les airs) et ne se mélange à la foule de manière involontaire uniquement lorsqu’il y est obligé. Comme le poète est supérieur intellectuellement au peuple, il ne peut continuer son métier car le peuple le rabaisse. Ils empêchent sa pensée de s’élever.

 

v4 Le navire glissant sur les gouffres amers:

 

Le navire est comparé à la plume du poète qui glisse sur les pages de son recueil.

 

v10 Lui naguère si beau, représente le point de vue du poète qui se trouve beau grâce à son imagination sans limite.

 

v13 Le poète est semblable au prince des nuées

 

v14 Qui hante la tempête et se rit de l’archer.

 

Dès que le poète écrit ou laisse libre court à son imagination, il devient le prince des nuées, majestueux et loin du peuple. Il hante la tempête car lorsqu’un malheur frappe le peuple, il n’est pas touché, il est en marge de la société et ne subit donc pas la tempête, au contraire, il dévalorise le peuple dans ses poèmes et alimente donc cette tempête qui s’abat sur le peuple. Il se rit de l’archer car plus rien ne peut l’atteindre, il est trop supérieur et plus aucun affront ne peut ralentir son imagination.

 

 

 

 

v5 A peine les ont-ils déposés sur les planches,

 

v6 Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,

 

A peine le poète rentre-t-il dans la vie “normale”, qu’il est handicapé par son savoir et sa connaissance : ses ailes (son savoir et sa supériorité) l'empêchent de devenir un homme ordinaire qui se fond dans le décor. Le poète est handicapé car il possède quelque chose en plus des autres : l'imagination : “la reine des facultés”.

 

v6 Rois de l’azur : pour l’oiseau cela décrit la couleur du ciel. Pour le poète il s’agit de la couleur de l’encre qui montre sa faculté intellectuelle hors norme.

 

Le poète est maladroit et honteux, il n’est pas capable de se comporter en société et subit de

 

Nombreuses moqueries.

 

v7 Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches :

 

Paradoxe : piteusement et blanches : le peuple peut empêcher le poète de créer : ils lui coupent son inspiration, en revanche ils ne peuvent le salir, il restera blanc, couleur de la pureté. Piteusement : sentiment de pitié que l’on éprouve lorsque l’on voit un poète en société alors qu’il était majestueux comme un roi dans le ciel.

 

v8 Comme des avirons traîner à côté

 

Comparaison avec les avirons : grandes rames : le poète “rame” lorsqu’il est en société, il ne peut se comporter normalement et “rame” pour s'adapter et pas se faire remarquer. Il est donc très différent des autres, et subit donc des moqueries.

 

v9 Ce voyageur ailé comme il est gauche et veule

 

Le poète est un voyageur, qui ne va en société que pour faire une sorte d’escale, il ne veut pas y rester le reste de sa vie. Il est donc fragilisé et maladroit durant ce séjour car il n’est pas adapté à la vie en société avec ses grandes ailes blanches. Voyageur ailé, montre que le poète n’est pas un voyageur commun, il doit être défini pour que l’on comprenne, ce n’est pas une personne banale.

 

v12 L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait

 

Oxymore : infirme / volait  poète était élégant mais en arrivant dans la société il devient handicapé et donc infirme. Rythme ternaire : rythme coupé hachuré Césure à l’hémistiche : le rythme est lent car le poète est handicapé : rythme hachuré comme les pas du poète qui boite.

 

v15 Exilé sur le sol au milieu des huées,

 

v16 Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

 

Rythme ralenti, césures de nouveau à l’hémistiche, nombreuses virgules qui hachurent le récit. Le poète se retrouve de nouveau en société de manière forcée : Exilé : il est loin de sa terre natale, l’imagination et les airs ou personne ne le domine. Il se retrouve dans ce territoire qui lui est hostile. Il subit son imagination de nouveau: au milieu des huées

 

Il n’est pas adapté à la vie en société, son plus grand avantage dans la poésie : son imagination l'empêche de marcher et devient donc sa contrainte dans la vie au milieu de la foule.

 

Les rimes croisées montrent que le poète et la foule ne se comprennent pas, ils se croisent sans se comprendre, ce qui crée un conflit.


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