Commentaire composé de Candide de Voltaire, Chapitre XVIII, Ce qu’ils virent dans le pays d’Eldorado

Commentaire composé de Candide de Voltaire, Chapitre 18, Ce qu’ils virent dans le pays d’Eldorado, la conversation avec le vieillard

Photo by Nasa on Unsplash
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Texte

Candide, Chapitre XVIII, Ce qu’ils virent dans le pays d’Eldorado

 

 

 

Cacambo témoigna à son hôte toute sa curiosité ; l’hôte lui dit : « Je suis fort ignorant, et je m’en trouve bien ; mais nous avons ici un vieillard retiré de la cour, qui est le plus savant homme du royaume, et le plus communicatif. Aussitôt il mène Cacambo chez le vieillard. Candide ne jouait plus que le second personnage, et accompagnait son valet. Ils entrèrent dans une maison fort simple, car la porte n’était que d’argent, et les lambris des appartements n’étaient que d’or, mais travaillés avec tant de goût que les plus riches lambris ne l’effaçaient pas. L’antichambre n’était à la vérité incrustée que de rubis et d’émeraudes ; mais l’ordre dans lequel tout était arrangé réparait bien cette extrême simplicité.

 

Le vieillard reçut les deux étrangers sur un sopha matelassé de plumes de colibri, et leur fit présenter des liqueurs dans des vases de diamant ; après quoi il satisfit à leur curiosité en ces termes :

 

« Je suis âgé de cent soixante et douze ans, et j’ai appris de feu mon père, écuyer du roi, les étonnantes révolutions du Pérou dont il avait été témoin. Le royaume où nous sommes est l’ancienne patrie des Incas, qui en sortirent très imprudemment pour aller subjuguer une partie du monde, et qui furent enfin détruits par les Espagnols.

 

Les princes de leur famille qui restèrent dans leur pays natal furent plus sages ; ils ordonnèrent, du consentement de la nation, qu’aucun habitant ne sortirait jamais de notre petit royaume ; et c’est ce qui nous a conservé notre innocence et notre félicité. Les Espagnols ont eu une connaissance confuse de ce pays, ils l’ont appelé El Dorado, et un Anglais, nommé le chevalier Raleigh, en a même approché il y a environ cent années ; mais, comme nous sommes entourés de rochers inabordables et de précipices, nous avons toujours été jusqu’à présent à l’abri de la rapacité des nations de l’Europe, qui ont une fureur inconcevable pour les cailloux et pour la fange de notre terre, et qui, pour en avoir, nous tueraient tous jusqu’au dernier. »

 

La conversation fut longue ; elle roula sur la forme du gouvernement, sur les mœurs, sur les femmes, sur les spectacles publics, sur les arts. Enfin Candide, qui avait toujours du goût pour la métaphysique, fit demander par Cacambo si dans le pays il y avait une religion.

 

Le vieillard rougit un peu. « Comment donc, dit-il, en pouvez-vous douter ? Est-ce que vous nous prenez pour des ingrats ? » Cacambo demanda humblement quelle était la religion d’Eldorado. Le vieillard rougit encore. « Est-ce qu’il peut y avoir deux religions ? dit-il ; nous avons, je crois, la religion de tout le monde : nous adorons Dieu du soir jusqu’au matin. – N’adorez-vous qu’un seul Dieu ? dit Cacambo, qui servait toujours d’interprète aux doutes de Candide. – Apparemment, dit le vieillard, qu’il n’y en a ni deux, ni trois, ni quatre. Je vous avoue que les gens de votre monde font des questions bien singulières. » Candide ne se lassait pas de faire interroger ce bon vieillard ; il voulut savoir comment on priait Dieu dans l’Eldorado. « Nous ne le prions point, dit le bon et respectable sage ; nous n’avons rien à lui demander ; il nous a donné tout ce qu’il nous faut ; nous le remercions sans cesse. » Candide eut la curiosité de voir des prêtres ; il fit demander où ils étaient. Le bon vieillard sourit. « Mes amis, dit-il, nous sommes tous prêtres ; le roi et tous les chefs de famille chantent des cantiques d’actions de grâces solennellement tous les matins ; et cinq ou six mille musiciens les accompagnent.

 

– Quoi ! vous n’avez point de moines qui enseignent, qui disputent, qui gouvernent, qui cabalent, et qui font brûler les gens qui ne sont pas de leur avis ? – Il faudrait que nous fussions fous, dit le vieillard ; nous sommes tous ici du même avis, et nous n’entendons pas ce que vous voulez dire avec vos moines. » Candide à tous ces discours demeurait en extase, et disait en lui-même : « Ceci est bien différent de la Westphalie et du château de monsieur le baron : si notre ami Pangloss avait vu Eldorado, il n’aurait plus dit que le château de Thunder-ten-tronckh était ce qu’il y avait de mieux sur la terre ; il est certain qu’il faut voyager. »

 

Commentaire composé

Comment Voltaire utilise le genre de l’utopie pour défendre les idées des Lumières.

 

I un monde idéal

 

Eldorado veut dire “doré” en espagnol”. Le pays a plein d’or.  l. 4 à 7“Ils entrèrent dans une maison fort simple, car la porte n’était que d’argent, et les lambris des appartements n’étaient que d’or, mais travaillés avec tant de goût que les plus riches lambris ne l’effaçaient pas. L’antichambre n’était à la vérité incrustée que de rubis et d’émeraudes”= renforce la richesse. Mais toute cette richesse n’est pas importante pour les êtres (“les cailloux et pour la fange de notre terre”). Ils vivent en autarcie “nous sommes entourés de rochers inabordables et de précipices, “nous avons toujours été jusqu’à présent à l’abri de la rapacité des nations de l’Europe”. c’est un peuple sage car le vieillard a “cent soixante et douze ans”+ “Les princes de leur famille qui restèrent dans leur pays natal furent plus sages”. “ils ordonnèrent, du consentement de la nation, qu’aucun habitant ne sortirait jamais de notre petit royaume ; et c’est ce qui nous a conservé notre innocence et notre félicité” =ils ont décidé de vivre en autarcie (démocratique) + une seule religion “Est-ce qu’il peut y avoir deux religions ?”. Et malgré richesse ils vivent simplement (réponse honnête du vieillard et ne pose pas de questions à Candide.)

 

II un monde riche d’enseignement

 

Candide pose plein de questions au vieillard (implicites “après quoi il satisfit à leur curiosité” ou explicites “demanda”). Questions montre que le monde de Candide et du vieillard sont différents. Étonnement du vieillard et de Candide sur la religion (critique de la religion) vieillard étonné face aux questions de Candide. Car convaincu une seule forme de religion. Importance du relativisme. Démontrer que la théorie de Pangloss est fausse « Ceci est bien différent de la Westphalie et du château de monsieur le baron : si notre ami Pangloss avait vu Eldorado, il n’aurait plus dit que le château de Thunder-ten-tronckh était ce qu’il y avait de mieux sur la terre ; il est certain qu’il faut voyager.»

 

III une critique de la société

 

Voltaire critique la colonisation “pour en avoir, nous tueraient tous jusqu’au dernier.”+ “furent enfin détruits par les Espagnols.” Détruit : violence. Critique attitude européenne “rapacité des nations de l’Europe”. Critique de la religion. Voltaire prône le déisme (religion sans rites sans dogmes sans interdit avec seulement une croyance en dieu. “qu’il n’y en a ni deux, ni trois, ni quatre” + “Nous ne le prions point, dit le bon et respectable sage ; nous n’avons rien à lui demander ; il nous a donné tout ce qu’il nous faut ; nous le remercions sans cesse.” + “Mes amis, dit-il, nous sommes tous prêtres ; le roi et tous les chefs de famille chantent des cantiques d’actions de grâces solennellement tous les matins ; et cinq ou six mille musiciens les accompagnent.”

 


Pour bien comprendre l'esprit des Lumières je vous recommande de lire ce livre



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