Commentaire composé de Zola, L’assommoir, chapitre 2 “l’alambic”

Commentaire composé de Zola, L’assommoir, chapitre 2 “l’alambic”

Photo by Nil Castellvi on Unsplash
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Texte

Zola, L’assommoir, chapitre 2 “l’alambic”

 

 

 

"Et elle se leva. Coupeau, qui approuvait vivement ses souhaits, était déjà debout, s'inquiétant de l'heure. Mais ils ne sortirent pas tout de suite ; elle eut la curiosité d'aller regarder, au fond, derrière la barrière de chêne, le grand alambic de cuivre rouge, qui fonctionnait sous le vitrage clair de la petite cour ; et le zingueur, qui l'avait suivie, lui expliqua comment ça marchait, indiquant du doigt les différentes pièces de l'appareil, montrant l'énorme cornue d'où tombait un filet limpide d'alcool. L'alambic, avec ses récipients de forme étrange, ses enroulements sans fin de tuyaux, gardait une mine sombre ; pas une fumée ne s'échappait ; à peine entendait-on un souffle intérieur, un ronflement souterrain ; c'était comme une besogne de nuit faite en plein jour, par un travailleur morne, puissant et muet. Cependant, Mes-Bottes, accompagné de ses deux camarades, était venu s'accouder sur la barrière, en attendant qu'un coin du comptoir fût libre. Il avait un rire de poulie mal graissée, hochant la tête, les yeux attendris, fixés sur la machine à soûler. Tonnerre de Dieu ! elle était bien gentille ! Il y avait, dans ce gros bedon de cuivre, de quoi se tenir le gosier au frais pendant huit jours. Lui, aurait voulu qu'on lui soudât le bout du serpentin entre les dents, pour sentir le vitriol encore chaud l'emplir, lui descendre jusqu'aux talons, toujours, toujours, comme un petit ruisseau. Dame ! il ne se serait plus dérangé, ça aurait joliment remplacé les dés à coudre de ce roussin de père Colombe ! Et les camarades ricanaient, disaient que cet animal de Mes-Bottes avait un fichu grelot, tout de même. L'alambic, sourdement, sans une flamme, sans une gaieté dans les reflets éteints de ses cuivres, continuait, laissait couler sa sueur d'alcool, pareil à une source lente et entêtée, qui à la longue devait envahir la salle, se répandre sur les boulevards extérieurs, inonder le trou immense de Paris. Alors, Gervaise, prise d'un frisson, recula ; et elle tâchait de sourire, en murmurant : C'est bête, ça me fait froid, cette machine. La boisson me fait froid…."

 

 

 

Emile Zola, L'Assommoir, Chap. 2, Les désirs de Gervaise

 


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Commentaire composé

En quoi cette description à première vue banale d’un alambic annonce-t-elle le destin tragique de Gervaise?

 

 

 

1.   Une peinture acide du monde ouvrier : critique sociale

 

L1 :” Elle se leva [...] s’inquiétant de l’heure”  nous montre le monde ouvrier : doivent rentrer tôt chez eux pour travailler le lendemain. Coupeau la suit et va lui porter malheur. Il va l’entrainer dans l'alcool.

 

 

 

l13“Cependant, Mes-Bottes, accompagné de ses deux camarades, était venu s'accouder sur la barrière, en attendant qu'un coin du comptoir fût libre” personnage matérialiste : il se fait surnommer comme un objet : un objet est plus important qu’un humain : personnages sans sentiments qui ne pensent qu’au bénéfice. Il attend de pouvoir boire : c’est un symbole du monde ouvrier : ils attendent de pouvoir boire pour se réchauffer.

 

l15 :” Il avait un rire de poulie mal graissée, hochant la tête, les yeux attendris, fixés sur la machine à soûler. “ Le personnage est véritablement comparé à une machine : rire = poulie… Il ne voit la machine uniquement comme un outil qui lui permet de se saouler et donc d’oublier les problèmes de sa vie.

 

 

 

l17 :”Tonnerre de Dieu ! elle était bien gentille ! Il y avait, dans ce gros bedon de cuivre, de quoi se tenir le gosier au frais pendant huit jours.” Les ouvriers sont calculateurs : ils veulent se saouler mais n’ont que très peu d’argent. Ils rêvent donc de posséder cet alambic qui selon eux peut régler tous leurs soucis. Langage ouvrier : gros bedon de cuivre : ne connaisse pas le véritable terme d’alambic. Il voit de l’affection dans cette machine pourtant complètement inhumaine qui va surement le mener à sa perte.

 

 

 

l18 :”Lui, aurait voulu qu'on lui soudât le bout du serpentin entre les dents, pour sentir le vitriol encore chaud l'emplir, lui descendre jusqu'aux talons, toujours, toujours, comme un petit ruisseau.” on a l’impression que l’homme ne vit uniquement pour se saouler : il souhaite recevoir de l’alcool en permanence dans son corps.

 

“Dame ! il ne se serait plus dérangé, ça aurait joliment remplacé les dés à coudre de ce roussin de père Colombe !”  Personnage ivrogne : il ne boit jamais assez dans ce bar. Pour remplacer ces verres qu’il trouve minuscule, il souhaite se greffer l’alambic sur le corps.

 

 

 

l23“Et les camarades ricanaient, disaient que cet animal de Mes-Bottes avait un fichu grelot, tout de même.” Ses camarades se moquent de lui car il fait déjà du bruit alors qu’il n’a pas commencé à boire.

 

 

 

 

 

l25“L'alambic, sourdement, sans une flamme, sans une gaieté dans les reflets éteints. de ses cuivres, continuait, laissait couler sa sueur d'alcool, pareil à une source lente et entêtée, qui à la longue devait envahir la salle, se répandre sur les boulevards extérieurs, inonder le trou immense de Paris” L’alambic est toujours aussi inhumain. Il a pour but de continuer à faire de l’alcool pour noyer toute une partie de Paris : le monde ouvrier.

 

 

 

2.           La prolepse de la vie de Gervaise : aspect tragique

 

l2 : “ elle eut la curiosité d'aller regarder [...] le grand alambic de cuivre rouge” Aspect tragique : elle s'intéresse à son futur bourreau : l’alcool. Elle souhaite déjà voir l’alambic par pur curiosité

 

l5 : description de l’alambic par le zingueur : prolepse : elle s'intéresse déjà à la fabrication de l’alcool.

 

l7:” limpide filet d’alcool” comme si la suite de l’histoire était limpide, claire et écrite depuis toujours. Jeu de mot.

 

l8-10 :” enroulement” “pas une fumée ne s'échappait” on peut comparer cet alambic à leur futur appartement, Gervaise n’aura plus assez d’argent pour faire fonctionner le poêle, il n’y aura donc plus de fumée. Ses enfants seront enlacés, pour ne pas avoir froid. “à peine entendait-on un souffle intérieur” : comme ses enfants : on pourra se demander s’ils vivent encore.

 

l12 :”c'était comme une besogne de nuit faite en plein jour, par un travailleur morne, puissant et muet” comparaison au froid : le froid les touche le jour comme la nuit, le froid est un travailleur implacable, trop puissant pour que la famille puisse résister.

 

 

 

L25: L’alambic doit envahir le monde ouvrier : aspect prophétique : car il va envahir Gervaise et toute sa famille.

 

 

 

 

 

“Alors, Gervaise, prise d'un frisson, recula ; et elle tâchait de sourire, en murmurant : — C'est bête, ça me fait froid, cette machine…. La boisson me fait froid…." Prophétie qui va se réaliser : l’alcool lui fait froid car il va la tuer. C’est la mort qui lui fait froid, elle ne le sait pas encore mais elle va sombrer dans l’alcool comme de nombreux ouvriers de Paris. Elle fait semblant de sourire pour ne pas faire paraître sa peur devant les ouvriers et devant Coupeau. Gervaise va mourir dans le froid également, comme cette boisson qui lui fait froid.

 


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