Commentaire composé de L’AMANT de Marguerite Duras, La rencontre avec le chinois

Commentaire composé de L’AMANT de Marguerite Duras, La rencontre avec le chinois

Photo by Hisu Lee on Unsplash
Photo by Hisu Lee on Unsplash

Texte

L’AMANT de Marguerite Duras, La rencontre du chinois

 

L’homme élégant est descendu de la limousine, il fume une cigarette anglaise. Il regarde la jeune fille au feutre d’homme et aux chaussures d’or. Il vient vers elle lentement. C’est visible, il est intimidé. Il ne sourit pas tout d’abord. Tout d’abord il lui offre une cigarette. Sa main tremble. Il y a cette différence de race, il n’est pas blanc, il doit la surmonter, c’est pourquoi il tremble. Elle lui dit qu’elle ne fume pas, non merci. Elle ne dit rien d’autre, elle ne lui dit pas laissez-moi tranquille. Alors il a moins peur. Alors il lui dit qu’il croit rêver. Elle ne répond pas. Ce n’est pas la peine qu’elle réponde, que répondrait-elle. Elle attend. Alors il le lui demande mais d’où venez-vous ? Elle dit qu’elle est la fille de l’institutrice de l’école de filles de Sadec. Il réfléchit et puis il dit qu’il a entendu parler de cette  dame, sa mère, de son manque de chance avec cette  concession qu’elle aurait achetée au Cambodge, c’est bien ça n’est-ce pas ? Oui c’est ça. Il répète que c’est tout à fait extraordinaire de la voir sur ce bac. Si tôt le matin, une jeune fille belle comme elle l’est, vous ne vous rendez pas compte, c’est très inattendu, une jeune fille blanche dans un car indigène. Il lui dit que le chapeau lui va bien, très bien même, que c’est... original... un chapeau d’homme, pourquoi pas ? elle est si jolie, elle peut tout se permettre. Elle le regarde. Elle lui demande qui il est. Il dit qu’il revient de Paris où il a fait ses études, qu’il habite Sadec lui aussi, justement sur le fleuve, la grande maison avec les grandes terrasses aux balustrades de céramique bleue.

 


Si vous étudiez L'Amant de Marguerite Duras en œuvre intégrale je vous conseille de lire ce livre


Commentaire composé

Comment le passage évoque-t-il une rencontre amoureuse dans un style d'écriture particulier ?

 

INTRODUCTION :

 

Roman autobiographique 1984 Prix Goncourt.

 

Écriture fragmentaire : nouveau roman.

 

Marguerite Duras revient sur sa relation avec un chinois lors de son adolescence. La rencontre à lieu sur un bac qui traverse le Mékong.

 

Comment le passage évoque-t-il une rencontre amoureuse?

 

1.    Une scène de rencontre ambiguë

 

Marguerite Duras joue avec la tradition de la scène de rencontre.

 

l 3“il est intimidé ”Homme n’est pas tout à fait un séducteur : il a peur d’aborder l’adolescente

 

C’est un Don Juan très riche mais peureux,  à cause du contexte colonial (racisme). ”la grande maison avec les grandes terrasses aux balustrades de céramique bleue.”

 

Grâce au discours indirect libre on a accès aux pensées du chinois

“Alors il a moins peur.”, “Ce n’est pas la peine qu’elle réponde, que répondrait-elle.”, “elle est si jolie, elle peut tout se permettre”.

 

Le personnage cherche ses mots, il n’est pas à l’aise : l 14 : “ Il lui dit que le chapeau lui va bien, très bien même, que c’est... original... un chapeau d’homme, pourquoi pas “

 

La jeune fille n’a pas une tenue qui ressemble à une adolescente en pensionnat : “un chapeau d’homme, pourquoi pas” ses habits sont anormaux. Cependant elle reste belle, il s’agit tout de même d’une héroïne de roman.

 

Sa sérénité est anormale : on l’aborde sur un bac et elle ne paraît pas surprise ou paniquée alors qu’elle n’a que 15 ans.

 

Ces éléments peuvent nous faire penser à une prostituée.

 

Le narrateur est extérieur à la scène, ce qui la rend ambiguë et moins personnelle.

 

2.            Un amour impossible

 

“L’homme élégant est descendu de la limousine, il fume une cigarette anglaise.” : cet homme est visiblement très riche alors que la jeune fille est très pauvre puisqu’elle porte des vêtements complètement dépareillés : des chaussures de bal avec une robe de tous les jours et un chapeau d’homme. De plus, “Il y a cette différence de race, il n’est pas blanc, il doit la surmonter, c’est pourquoi il tremble”. Ils ne sont ni de la même classe sociale, ni de la même race (c’est la jeune fille qui est en position de supériorité parce qu’elle est blanche), mais le fait que la jeune fille porte un chapeau d’homme montre qu’elle n’a pas peur d’enfreindre les conventions sociales, ce qui est un point positif pour le chinois.

Le racisme ambiant dû au colonialisme empêche un chinois d’avoir une relation avec une fille blanche. Leur amour devra donc rester clandestin. Ils ne pourront se marier.

 

Ce sont tous les deux des personnages atypiques du monde indochinois : un homme chinois riche et une blanche pauvre. La richesse sépare les deux amants.

 

Marguerite Duras revendique l’impossibilité de dire l’amour : Discours Indirect  = lourdeur que l’auteur revendique. “Tout d’abord il lui offre une cigarette”.

Puis le discours direct se confond avec la narration :”Alors il le lui demande mais d’où venez-vous ?” : Manque de ponctuation.

 

Le style est donc volontairement plat : répétitions : “tremble” l 3 4. Le vocabulaire est simple voir banal. Il n’est pas recherché.

 

Nombreuses répétitions des pronoms : l4 :”Il y a cette différence de race, il n’est pas blanc, il doit la surmonter, c’est pourquoi il tremble”

 

Les indications temporelles sont très présentes, ce qui empêche le lecteur de se mettre à rêver, il reste plongé dans la réalité de la scène : “ d’abord” l3  “Tout d’abord” l 3

 

Conclusion :

 

Marguerite Duras montre impossibilité de retranscrire l’amour.

 

Ouverture : scène de rencontre de Suzanne dans Un barrage lorsqu’elle rentre dans un cinéma.


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