Commentaire composé de la fable de LA FONTAINE, Les Animaux malades de la peste

Commentaire composé de la fable de LA FONTAINE, Les Animaux malades de la peste

Photo by Jiri Sifalda on Unsplash
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Texte

LA FONTAINE, Les Animaux malades de la peste

 

                       

 

Un mal qui répand la terreur,

 

Mal que le Ciel en sa fureur

 

Inventa pour punir les crimes de la terre,

 

La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)

 

Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,

 

Faisait aux animaux la guerre.

 

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :

 

On n'en voyait point d'occupés

 

A chercher le soutien d'une mourante vie ;

 

Nul mets n'excitait leur envie ;

 

Ni Loups ni Renards n'épiaient

 

La douce et l'innocente proie.

 

Les Tourterelles se fuyaient :

 

Plus d'amour, partant plus de joie.

 

Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,

 

Je crois que le Ciel a permis

 

Pour nos péchés cette infortune ;

 

Que le plus coupable de nous

 

Se sacrifie aux traits du céleste courroux,

 

Peut-être il obtiendra la guérison commune.

 

L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents

 

On fait de pareils dévouements :

 

Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence

 

L'état de notre conscience.

 

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons

 

J'ai dévoré force moutons.

 

Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :

 

Même il m'est arrivé quelquefois de manger

 

Le Berger.

 

Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense

 

Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :

 

Car on doit souhaiter selon toute justice

 

Que le plus coupable périsse.

 

- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;

 

Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;

 

Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,

 

Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur

 

En les croquant beaucoup d'honneur.

 

Et quant au Berger l'on peut dire

 

Qu'il était digne de tous maux,

 

Etant de ces gens-là qui sur les animaux

 

Se font un chimérique empire.

 

Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.

 

On n'osa trop approfondir

 

Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,

 

Les moins pardonnables offenses.

 

Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,

 

Au dire de chacun, étaient de petits saints.

 

L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance

 

Qu'en un pré de Moines passant,

 

La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense

 

Quelque diable aussi me poussant,

 

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

 

Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.

 

A ces mots on cria haro sur le baudet.

 

Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue

 

Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,

 

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.

 

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

 

Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !

 

Rien que la mort n'était capable

 

D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.

 

Selon que vous serez puissant ou misérable,

 

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.


Si vous étudiez Les Fables de La Fontaine en œuvre intégrale je vous conseille de lire ce livre


Commentaire composé

Comment La Fontaine dénonce la justice et l’utilisation du pouvoir dans sa fable aux multiples aspects mythologiques.

 

 

1.    Une fable qui rappelle les récits mythologiques et la tragédie grecque

 

Mythe d’Oedipe : la maladie est une fatalité liée aux péchés et aux fautes: celles de Louis XIV et de ses courtisans. La peste est présente car c’est une création divine pour punir les hommes. V1 2 3.
Achéron v5 : fleuve de l’enfer Grec : il l’utilise pour décrire le nombre de  morts  causés par la peste.

 

Les animaux font la guerre à la peste v6: ils luttent contre le destin : aspect de la tragédie Grecque. Animaux luttent contre les Dieux.

 

Tous les animaux sont frappés par le destin mais tous ne meurent pas v7. Tous les français souffrent de la mauvaise gestion de Louis XIV.  

 

Les animaux ont acceptés le destin : ils sont prêts à mourir : On n’en voyait point d’occupés A chercher le soutien d’une mourante vie. Ils n’ont plus goût à la vie v8-14 : Nul mets n’excitait leur envie. Sans envie tout le cercle naturel est déréglé : les prédateurs ne chassent plus … Tous ont abandonnés la vie, conscients du destin présent sur leurs épaules.

 

Le Lion : Louis XIV revient sur cette idée de châtiment divin : la Peste.

 

Idée du bouc-émissaire, il faut qu’un coupable soit trouvé et se sacrifie pour le bien de toute la communauté.

 
Les animaux, voulant trouver un coupable, se sont rués sur le plus honnête et bon d’entre eux : l’Ane. Ce dernier a une attitude chrétienne : il avoue tous ses péchés de manière objective. L’Ane devient donc le bouc-émissaire. L’Ane, en bon chrétien accepte la sentence et ne se défend pas, persuadé qu’il est le plus coupable.

 

Le rythme des phrases du Lyon est lent : il n’a pas peur et tout le monde se tait pour l’écouter. En revanche, lors de l’accusation de l’Ane, les phrases sont beaucoup plus rapides : nombreux enjambements v56 57 58: tous les animaux se jettent sur lui.

 

L’alternance récit, discours renforce la théâtralité de la fable. Les tirets introduisent les paroles des animaux. Accentue encore l’aspect tragique de la fable qui se rapproche d’une tragédie grecque.

 

 

2.            La critique de la justice et du pouvoir

 

La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom) v 4: ironie : la peste est Louis XIV mais il ne veut pas le nommer de peur de la censure.

 

Lion : symbole du pouvoir : roi des animaux, v15 c’est lui qui réunit le conseil et entame la discussion. “Mes chers amis,” v15 hypocrisie : fait comme si tous les animaux étaient au même rang. En réalité, il est largement supérieur à tous ses sujets : la loi du plus fort. Le Lion demande ensuite à chacun de se confier et d’exprimer sans gêne tous ses péchés v 22 23. Il commence pour donner l’exemple: il a tué de nombreux moutons et même le berger v 25-29. La Fontaine isole “Le Berger” au vers 29 pour accentuer l’importance de l’acte du Lion : et montre ainsi l’aspect tragique de la scène. V30 : “Je me dévouerai donc, s’il le faut” laisse entendre qu’il ne se dévouera pas : il est hypocrite et cherche à se donner une bonne image auprès de la cour.

 

Il incite ensuite tous les animaux à se repentir comme il l’a fait.

 

Le Renard, prend la parole et défend le roi, il le soutient et va même jusqu’à dire que le roi fait honneur aux animaux qu’il mange v38. Il accuse le Berger encore une fois pour défendre le roi. Le Renard qui symbolise les courtisans, est aussi fourbe que le roi, il le flatte pour ne pas avoir à se sacrifier. Il est malin mais peu honnête et ne pense qu’à lui même. Allusion au Renard du roman Renart : La Fontaine s’inspire de l’antiquité et aussi ici du Moyen Age.
Tous les animaux puissants : Tigre, Ours… ont commis les plus terrible péchés. Cependant on n’ose approfondir car ils sont puissants et l’on a peur de leur représailles. Ces puissants sont même décrits comme de petits saints : v48. La Fontaine fait de l’ironie ; il accentue la situation pour la rendre cocasse: tous les puissants ne sont en rien des saints, ce sont des tueurs.

 

L’Ane en vient à parler : il se repent d’avoir mangé de l’herbe qui ne lui appartenait pas : il avoue son péché de manière objective et honnête même si le péché est tout petit. Crime insignifiant en comparaison des autres animaux. Cependant, ces derniers cherchent un coupable. Ils vont donc le désigner comme criminel et le Loup, décide que l’Ane est le plus coupable et qu’il faut le pendre.

 

L’Ane à dit la vérité, il est tué pour sa franchise. La Fontaine le traite d’Ane pour avoir dit la vérité dans une situation aussi délicate. L’animal peu futé mais honnête aurait dû savoir qu’il fallait mentir pour sauver sa peau.

 

V61 ; Le vers est raccourci : que 8 syllabes : pour accentuer la tragédie : vers moins noble que l’alexandrin. Colle avec le contenu du vers : “ la mort” l’Ane est mort ou va mourir, c’est certain.

 

La morale est explicite et très courageuse : point de vue directement visible ; il emploie le mot cour : peut être facilement ramené à la cour de Louis XIV. Il prend des risques en dénonçant le système judiciaire de la monarchie.


Pour bien comprendre les genres de l'argumentation je vous recommande ce livre



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