Commentaire composé de la lettre 30 des Lettres Persanes de Montesquieu

Commentaire composé de la lettre 30 des Lettres Persanes de Montesquieu

Photo by Roman Kraft on Unsplash
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Texte

lettre 30 des Lettres Persanes de Montesquieu

 

RICA AU MEME.  

 

A Smyrne.

 

   Les habitants de Paris sont d'une curiosité qui va jusqu'à l'extravagance. Lorsque j'arrivai, je fus regardé comme si j'avais été envoyé du ciel : vieillards, hommes, femmes, enfants, tous voulaient me voir. Si je sortais, tout le monde se mettait aux fenêtres ; si j'étais aux Tuileries, je voyais aussitôt un cercle se former autour de moi ; les femmes mêmes faisaient un arc-en-ciel nuancé de mille couleurs, qui m'entourait. Si j'étais aux spectacles, je voyais aussitôt cent lorgnettes dressées contre ma figure : enfin jamais homme n'a tant été vu que moi. Je souriais quelquefois d'entendre des gens qui n'étaient presque jamais sortis de leur chambre, qui disaient entre eux : Il faut avouer qu'il a l'air bien persan. Chose admirable ! Je trouvais de mes portraits partout ; je me voyais multiplié dans toutes les boutiques, sur toutes les cheminées, tant on craignait de ne m'avoir pas assez vu.

 

   Tant d'honneurs ne laissent pas d'être à la charge : je ne me croyais pas un homme si curieux et si rare ; et quoique j'aie très bonne opinion de moi, je ne me serais jamais imaginé que je dusse troubler le repos d'une grande ville où je n'étais point connu. Cela me fit résoudre à quitter l'habit persan, et à en endosser un à l'européenne, pour voir s'il resterait encore dans ma physionomie quelque chose d'admirable. Cet essai me fit connaître ce que je valais réellement. Libre de tous les ornements étrangers, je me vis apprécié au plus juste. J'eus sujet de me plaindre de mon tailleur, qui m'avait fait perdre en un instant l'attention et l'estime publique ; car j'entrai tout à coup dans un néant affreux. Je demeurais quelquefois une heure dans une compagnie sans qu'on m'eût regardé, et qu'on m'eût mis en occasion d'ouvrir la bouche ; mais, si quelqu'un par hasard apprenait à la compagnie que j'étais Persan, j'entendais aussitôt autour de moi un bourdonnement : " Ah ! Ah ! monsieur est Persan ? C'est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être Persan ? "

 

 

 

A Paris, le 6 de la lune de Chalval, 1712

 


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Commentaire composé

Comment Montesquieu utilise-t-il le regard de l’étranger pour dénoncer la curiosité Française ?

 

1.    Le regard de l’étranger et l’ironie

 

”Lorsque j'arrivai, je fus regardé comme si j'avais été envoyé du ciel” personnage

 

Égocentrique : ne pense qu’à lui et exagère sa renommée. La ville de Paris tourne autour de lui. Le but des Parisien est de le voir.

 

Énumération : vieillards, hommes, femmes, enfants, tous voulaient me voir” l’auteur accentue vraiment la notoriété du Persan.

 

Exagération : mille couleurs : formation d’un cercle pour le voir : aspect invraisemblable de son séjour à Paris.

 

Tout est exagéré : cents lorgnettes dressées uniquement sur lui : il est la distraction : ce n’est plus le théâtre qui distrait le peuple, c’est lui dans son habit Persan.

 

”enfin jamais homme n'a tant été vu que moi.” Le personnage se prend presque pour une créature supérieure aux hommes : son habit Persan fascine les gens.

 

Des portraits sont érigés en son honneur : pouvoir de l’image qui persiste aujourd’hui. Le peuple le met en avant.

 

” je ne me croyais pas un homme si curieux et si rare” fait son éloge : personnage imbus de lui même

 

”je ne me serais jamais imaginé que je dusse troubler le repos d'une grande ville où je n'étais point connu” il doit troubler le calme de Paris : comme si la ville tournait autour de lui.

 

“Cela me fit résoudre à quitter l'habit persan, et à en endosser un à l'européenne, pour voir s'il resterait encore dans ma physionomie quelque chose d'admirable” Prise de conscience du personnage : il sait que c’est grâce à son habit qu’il est aussi connu. Cette phrase nous montre que le personnage reste conscient. Le reste du passage est donc d’autant plus ironique.

 

Ironie : c’est de la faute de son tailleur s’il se retrouve aussi peu connu. L’auteur se moque des Français qui jugent uniquement sur les apparences. Peuple superficiel.

 

”Néant affreux” langage pathétique : or la scène n’est pas pathétique : un Persan devient européen, perd sa renommée et voit sa vie changer. Il retombe dans l'anonymat.

 

2.            La curiosité malsaine et la superficialité des Français

 

”Les habitants de Paris sont d'une curiosité qui va jusqu'à l'extravagance” rentre directement dans le vif du sujet : pas d’introduction de mise en contexte, la critique commence immédiatement.

 

“il faut avouer qu’il a l’air bien persan." Critique des Français qui ne voyagent pas et qui se permettent de juger les hommes sur les aspects physiques uniquement : verbe utilisé : avoir l’air et non pas être Persan.

 

Critique la société Française : les Français veulent voir le dernier phénomène à la mode : un homme Persan est arrivé à Paris de ce fait ils craignent de ne pas assez le voir.

 
”Tant d'honneurs ne laissent pas d'être à la charge” la curiosité des Français va trop loin, il se sent observé et la renommée devient un inconvénient.

 

La curiosité des Français n’a pas de borne : grâce à son habit toute la ville le connaît et cherche à le rencontrer.

 

Une fois qu’il s’habille comme un Européen, plus personne ne lui porte la moindre attention. On ne lui parle plus, il devient anonyme.

 

Lorsque les personnes aux alentours apprennent qu’il est Persan, ils retrouvent de l'intérêt à lui parler. Ce qui montre véritablement la curiosité du peuple Français pour l’exotisme.

 

" Ah ! Ah ! monsieur est Persan ? C'est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être Persan ? " Remarque grave de Montesquieu dénonce le peuple Français comme étant raciste : “Comment peut-on être Persan.” Comme si vivre autre part qu’en France était inimaginable.

 

Cette curiosité ne mène à aucun rapport intéressant. La curiosité se base uniquement sur le physique et l’étrangeté de la personne. Montesquieu dénonce donc la population Française d’être superficielle, curieuse et d’avoir trop de goût pour la nouveauté et l’exotisme.


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