Commentaire composé de la lettre 46 des Lettres Persanes de Montesquieu

Commentaire composé de la lettre 46 des Lettres Persanes de Montesquieu

Photo by Aaron Burde on Unsplash
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Texte

lettre 46 des Lettres Persanes de Montesquieu

 

 

 

Usbek à Rhédi, à Venise.

 

 

 

Je vois ici des gens qui disputent sans fin sur la religion ; mais il me semble qu’ils combattent en même temps à qui l’observera le moins.

 

Non seulement ils ne sont pas meilleurs chrétiens, mais même meilleurs citoyens, et c’est ce qui me touche : car, dans quelque religion qu’on vive, l’observation des lois, l’amour pour les hommes, la pitié envers les parents, sont toujours les premiers actes de religion.

 

En effet, le premier objet d’un homme religieux ne doit-il pas être de plaire à la divinité, qui a établi la religion qu’il professe ? Mais le moyen le plus sûr pour y parvenir est sans doute d’observer les règles de la société et les devoirs de l’humanité ; car, en quelque religion qu’on vive, dès qu’on en suppose une, il faut bien que l’on suppose aussi que Dieu aime les hommes, puisqu’il établit une religion pour les rendre heureux ; que s’il aime les hommes, on est assuré de lui plaire en les aimant aussi, c’est-à-dire en exerçant envers eux tous les devoirs de la charité et de l’humanité, et en ne violant point les lois sous lesquelles ils vivent.

 

Par là, on est bien plus sûr de plaire à Dieu qu’en observant telle ou telle cérémonie : car les cérémonies n’ont point un degré de bonté par elles-mêmes ; elles ne sont bonnes qu’avec égard et dans la supposition que Dieu les a commandées. Mais c’est la matière d’une grande discussion : on peut facilement s’y tromper ; car il faut choisir les cérémonies d’une religion entre celles de deux mille.

 

Un homme faisait tous les jours à Dieu cette prière : "Seigneur, je n’entends rien dans les disputes que l’on fait sans cesse à votre sujet. Je voudrais vous servir selon votre volonté ; mais chaque homme que je consulte veut que je vous serve à la sienne. Lorsque je veux vous faire ma prière, je ne sais en quelle langue je dois vous parler. Je ne sais pas non plus en quelle posture je dois me mettre : l’un dit que je dois vous prier debout ; l’autre veut que je sois assis ; l’autre exige que mon corps porte sur mes genoux. Ce n’est pas tout : il y en a qui prétendent que je dois me laver tous les matins avec de l’eau froide ; d’autres soutiennent que vous me regarderez avec horreur si je ne me fais pas couper un petit morceau de chair. Il m’arriva l’autre jour de manger un lapin dans un caravansérail. Trois hommes qui étaient auprès de là me firent trembler : ils me soutinrent tous trois que je vous avais grièvement offensé ; l’un, parce que cet animal était immonde ; l’autre, parce qu’il était étouffé ; l’autre enfin, parce qu’il n’était pas poisson. Un brachmane qui passait par là, et que je pris pour juge, me dit : " Ils ont tort : car apparemment vous n’avez pas tué vous-même cet animal. — Si fait, lui dis-je. — Ah ! vous avez commis une action abominable, et que Dieu ne vous pardonnera jamais, me dit-il d’une voix sévère. Que savez-vous si l’âme de votre père n’était pas passée dans cette bête ? " Toutes ces choses, Seigneur, me jettent dans un embarras inconcevable : je ne puis remuer la tête que je ne sois menacé de vous offenser ; cependant je voudrais vous plaire et employer à cela la vie que je tiens de vous. Je ne sais si je me trompe ; mais je crois que le meilleur moyen pour y parvenir est de vivre en bon citoyen dans la société où vous m’avez fait naître, et en bon père dans la famille que vous m’avez donnée."

 

 

 

De Paris, le 8 de la lune de Chahban 1713

 


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Commentaire composé

Comment Montesquieu utilise-t-il le regard de l’étranger pour critiquer les religions ?

 

 

1.    La bonne foi d’Usbek

 

L’observation des lois, l’amour pour les hommes, la pitié envers les parents, sont toujours les premiers actes de religion.” il retrace les principales valeurs de la religion : les fondements que chaque homme devrait respecter. Il souhaite poser des actes et non prendre part à des cérémonies : il se tourne donc vers le Protestantisme.

 

“En effet, le premier objet d’un homme religieux ne doit-il  pas être de plaire à la divinité, qui a établi la religion qu’il professe.” Il retrace le but premier de la religion : Dieu aime les hommes : il leur a donné ce monde et son fils unique. Il s’agit d’un acte d’amour que les hommes doivent lui rendre.(Jean 3:16 “Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. “)

 

l12 : “ Mais le moyen le plus sûr pour y parvenir est sans doute d’observer les règles de la société et les devoirs de l’humanité ; car, en quelque religion qu’on vive, dès qu’on en suppose une, il faut bien que l’on suppose aussi que Dieu aime les hommes, puisqu’il établit une religion pour les rendre heureux ; que s’il aime les hommes, on est assuré de lui plaire en les aimant aussi, c’est-à-dire en exerçant envers eux tous les devoirs de la charité et de l’humanité, et en ne violant point les lois sous lesquelles ils vivent.” Il montre le chemin à suivre : il faut croire en Dieu, en sa religion, et il faut surtout aimer les hommes et donc les aider. Montesquieu montre qu’Usbek est un bon croyant. Il montre que tout est écrit dans la Bible : cela résoudrait leurs querelles. Il reprend la Bible à travers les paroles d’Usbek.

 

(Jean 15 : 9 Comme le Père m'a aimé, je vous ai aussi aimés. Demeurez dans mon amour. 10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, de même que j'ai gardé les commandements de mon Père, et que je demeure dans son amour. 11 Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite.

 

12 C'est ici mon commandement : Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. 13 Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. 14 Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande.)

 

l 29 :” Je voudrais vous servir selon votre volonté.” Cet homme souhaite servir Dieu et non la religion. Il représente tous les hommes perdus, qui veulent prier pour Dieu et non pour une religion.

 

Un homme faisait tous les jours à Dieu cette prière. Montesquieu n’utilise pas la voie de Usbek puisqu’il utilise un autre personnage totalement anonyme :” un homme” dont il retranscrit les paroles au discours direct.

 

l54 :” Je ne sais si je me trompe ; mais je crois que le meilleur moyen pour y parvenir est de vivre en bon citoyen dans la société où vous m’avez fait naître, et en bon père dans la famille que vous m’avez donnée." L’homme conclut donc qu’il suffit de vivre, en aimant ses prochains, pour être aimé de Dieu. Dieu donne la vie, la famille : il nous donne ce qu’il veut qu’on ait, le but est d’apprécier ce que Dieu nous donne : un endroit précis où l’on naît avec une mission spéciale confiée par Dieu, que l’on doit découvrir puis accomplir au long de sa vie.

 

2.            L'incompréhension des hommes et de leur religiosité.

 

“ Je vois ici des gens qui se disputent sans fin sur la religion ; mais il me semble qu’ils combattent en même temps à qui l’observera le moins.” Usbek se trouve à Venise : des hommes débattent sur la religion mais ils ne mettent pas en pratique les valeurs qu’ils prônent.

 

l4 : “ Non seulement ils ne sont pas meilleurs chrétiens, mais même meilleurs citoyens.” Comme ils n’appliquent pas les commandements de leurs religions, cela leur retire en quelque sorte le droit moral d’en débattre.

 

l20 : “Par là, on est bien plus sûr de plaire à Dieu qu’en observant telle ou telle cérémonie : car les cérémonies n’ont point un degré de bonté par elles-mêmes ; elles ne sont bonnes qu’avec égard et dans la supposition que Dieu les a commandées” Il critique ici la religion catholique, très formelle. Celle-ci fait de nombreuses cérémonies auxquelles les croyants assistent tout au long de l’année. Les cérémonies ne sont pas utiles par elles mêmes : elles ne sont bonnes et utiles uniquement si Dieu les avaient commandées: il sous entend que ce n’est pas le cas. Il critique donc la religion catholique et ses cérémonies. Montesquieu est en désaccord avec l’application de la religion chrétienne qui ne suit plus la Bible.

 

l 24 :” car il faut choisir les cérémonies d’une religion entre celles de deux mille” il y a trop de religions pour Montesquieu et pas assez d’amour. Les règles sont trop strictes, elles ne laissent pas les hommes s'entraider et s’aimer.

 

l28 : Seigneur, je n’entends rien dans les disputes que l’on fait sans cesse à votre sujet:” L’homme rappelle qu’il faut aimer Dieu et suivre sa voie. Cependant les disputes des hommes n’ont pas cet intérêt : ils n’évoquent pas Dieu qui est pourtant le fondement de la religion. Montesquieu critique donc ces hommes qui parlent de religion en oubliant la base même de leurs croyances.

 

l30 :” mais chaque homme que je consulte veut que je vous serve à la sienne” Il critique la différence qu’il y a entre les différentes prières des hommes. Elles devraient toutes être tournées vers Dieu, cependant les hommes les déforment. Les hommes ne parlent plus à Dieu, la religion à trop été déformée. Montesquieu  prône donc un retour aux sources.

 

l31 :” je ne sais en quelle langue je dois vous parler.” Critique de la religion catholique : parle à Dieu dans la langue parlée couramment. Il prône un langage direct avec Dieu, dans sa langue que les hommes ne comprennent pas. La question de la langue n’a donc pas lieu d’être selon Montesquieu.

 

L32 :” Je ne sais pas non plus en quelle posture je dois me mettre.” Il critique ici les coutumes religieuses, inventées par la déformation de la religion. Cette déformation a pour but de canaliser le peuple et non d’aimer Dieu. L’homme devrait être libre de faire ce que bon lui semble pour prier.

 

l37 :” je dois me laver tous les matins avec de l’eau froide “ critique encore les coutumes dites religieuses qui n’ont plus aucun rapport avec la Bible.

 

L38 :” d’autres soutiennent que vous me regarderez avec horreur si je ne me fais pas couper un petit morceau de chair”  critique de la religion Juive : critique de la circoncision qui fait partie de la Loi (Ancien Testament) mais comme Montesquieu est protestant, il considère qu’il ne vit plus sous la Loi puisque Jésus-Christ est venu pour accomplir la Loi et se faire condamnation pour nous, donc nous ne somme plus sous la punition.

 

l 39 :”  Il m’arriva l’autre jour de manger un lapin dans un caravansérail. Trois hommes qui étaient auprès de là me firent trembler : ils me soutinrent tous trois que je vous avais grièvement offensé ; l’un, parce que cet animal était immonde ; l’autre, parce qu’il était étouffé ; l’autre enfin, parce qu’il n’était pas poisson” L’homme mange un lapin : chose naturelle : l’homme à besoin de manger de la viande. Il critique la religion Juive qui ne mange pas de lapins. Ce qui est absurde puisque l’homme doit subvenir à ses besoins. Il critique les Turcs puisque la manière dont l’animal est tué relève d’une superstition. Il critique les Arméniens qui ne mangent que du poisson. En conclusion : peu importe pour Montesquieu ce que l’homme mange, la seule chose importante est d’entretenir une relation intime avec Dieu.

 

l45 : arrivé d’un Hindou :” Un brachmane” Pour les hindous tant que l’on ne tue pas l’animal, on ne se trouve pas en faute. Cependant si l’on tue l’animal, on a commis une faute irréparable. La critique est ironique : le personnage change totalement de ton et devient colérique. Ce personnage croit en la métempsychose (réincarnation des âmes après la mort). Critique des croyances hindoues : comique : ironie : le père de ce personnage se serait réincarné dans l’animal qu’il a tué : il le met en garde or il impossible de savoir si c’est son père. L'hindou cherche à lui faire peur pour le persuader de ne plus tuer d’animaux.

 

l51 :”Toutes ces choses, Seigneur, me jettent dans un embarras inconcevable : je ne puis remuer la tête que je ne sois menacé de vous offenser” Il critique la diversité des religions : ces religions sont si différentes, qu’elles se contredisent, si bien que tout acte offense une certaine religion. L’homme passe ainsi en martyre puisqu’il souhaite uniquement aimer Dieu et qu’il ne sait pas comment s’y prendre. Montesquieu critique donc le changement des religions qui s’éloignent fortement des textes sacrés.

 

Conclusion

 

Montesquieu critique les religions qu’il connaît. Il crée un étranger anonyme : l’homme pour faire passer ses idées : baser la religion sur les textes sacrés, au lieu de se consacrer sur les coutumes inventées par les hommes.


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