Commentaire composé de la fable La Jeune veuve de La Fontaine

Commentaire composé de la fable La Jeune veuve de La Fontaine

Photo by Chiến Phạm on Unsplash
Photo by Chiến Phạm on Unsplash

La Jeune Veuve

 

La perte d'un époux ne va point sans soupirs.

 

On fait beaucoup de bruit, et puis on se console.

 

Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole ;

 

Le Temps ramène les plaisirs.

 

Entre la Veuve d'une année

 

Et la veuve d'une journée

 

La différence est grande : on ne croirait jamais

 

Que ce fût la même personne.

 

L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits.

 

Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne ;

 

C'est toujours même note et pareil entretien :

 

On dit qu'on est inconsolable ;

 

On le dit, mais il n'en est rien,

 

Comme on verra par cette Fable,

 

Ou plutôt par la vérité.

 

 

 

L'Epoux d'une jeune beauté

 

Partait pour l'autre monde. A ses côtés sa femme

 

Lui criait : « Attends-moi, je te suis ; et mon âme,

 

Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler. »

 

Le Mari fait seul le voyage.

 

La Belle avait un père, homme prudent et sage :

 

Il laissa le torrent couler.

 

A la fin, pour la consoler,

 

« Ma fille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes :

 

Qu'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes ?

 

Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts.

 

Je ne dis pas que tout à l'heure

 

Une condition meilleure

 

Change en des noces ces transports ;

 

Mais, après certain temps, souffrez qu'on vous propose

 

Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose

 

Que le défunt.- Ah ! dit-elle aussitôt,

 

Un Cloître est l'époux qu'il me faut. »

 

Le père lui laissa digérer sa disgrâce.

 

Un mois de la sorte se passe.

 

L'autre mois on l'emploie à changer tous les jours

 

Quelque chose à l'habit, au linge, à la coiffure.

 

Le deuil enfin sert de parure,

 

En attendant d'autres atours.

 

Toute la bande des Amours

 

Revient au colombier : les jeux, les ris, la danse,

 

Ont aussi leur tour à la fin.

 

On se plonge soir et matin

 

Dans la fontaine de Jouvence.

 

Le Père ne craint plus ce défunt tant chéri ;

 

Mais comme il ne parlait de rien à notre Belle :

 

« Où donc est le jeune mari

 

Que vous m'avez promis ? dit-elle. ».

 

 

 

Jean de la Fontaine - Les Fables

 


Si vous étudiez le Fables de La Fontaine en œuvre intégrale je vous recommande ce livre


Comment La Fontaine fait-il un éloge du temps et de la jeunesse dans cette fable ?

 

 

 

 

 

I) Un éloge du temps

 

 

 

a.            le père détenteur d’une sagesse

 

 

 

“Un père, homme prudent et sage :” on introduit la sagesse du père, mis en avant quand “Il laissa le torrent couler.” il sait comment agir face à la situation, sa sagesse est grande car il sait comment va agir sa fille.

 

“A la fin, pour la consoler,

 

« Ma fille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes :

 

Qu'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes ?

 

Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts.”

 

Une fois la majeure partie de la tristesse passée, il se résout à la consoler. Afin de l’aider, il la rappelle à la raison, il la ramène donc à la vie et lui suggère de ne plus vivre dans la mort mais dans le présent où son futur amant l’attend

 

“Le père lui laissa digérer sa disgrâce.

 

Un mois de la sorte se passe.” Le père est intelligent il sait que le temps seul la consolera et que tout artifice qu’il soit sera inutile face à son malheur.

 

“Le Père ne craint plus ce défunt tant chéri ;

 

Mais comme il ne parlait de rien à notre Belle :

 

« Où donc est le jeune mari

 

Que vous m'avez promis ? dit-elle.” Le père avait raison, la vie reprend son cours normalement, la fable et l’aventure en sont faits.

 

 

 

  1. le temps un personnage tout puissant

 

 

 

“Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole ;” personnification du temps, le temps est consolateur, il prend la tristesse de la veuve et s’enfuit avec, le temps efface les malheurs de la veuve, dès le début de la fable le temps est bienveillant avec la veuve.

 

“Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole ;

 

Le Temps ramène les plaisirs.” Mouvement et rythme donnent une impression de va et vient, image de la roue de fortune, car le temps prend la tristesse et ramène le bonheur, sentiment que la personne endeuillée est bercée par le temps rejoint l’idée du temps bienveillant.

 

“Entre la Veuve d'une année

 

Et la veuve d'une journée

 

La différence est grande : on ne croirait jamais

 

Que ce fût la même personne.” Le temps fuit, on n’a à peine le temps de remarquer le changement d’état de la femme tellement il est rapide et bref.

 

“Une condition meilleure

 

Change en des noces ces transports ;” Le temps la console et un meilleur sort l’attend, elle ne restera pas éternellement dans son malheur

 

 

 

        c) la dédramatisation de la mort

 

 

 

“La perte d'un époux ne va point sans soupirs.

 

On fait beaucoup de bruit, et puis on se console.” Introduit son thème sous forme de maxime avec le présent de vérité générale, Il brise la glace pour établir sa connexion avec son lecteur. Il essaye dès les premiers vers de briser le stéréotype du veuvage. Misogynie de La Fontaine qui estime que la femme et l’homme ne sont pas égaux dans le veuvage.  

 

 

 

L'Epoux d'une jeune beauté

 

Partait pour l'autre monde.” Il évoque la mort d’une manière légère et douce, l’autre monde est un terme neutre qui ne fait pas peur comme la mort pourrait. De plus, l’enjambement insiste sur la beauté de sa femme plus que sur la mort de son mari.

 

“Mais, après certain temps, souffrez qu'on vous propose

 

Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose

 

Que le défunt.” La  mort est la fin d’un cycle et le début d’un nouveau

 

 

 

II) Un éloge de la vie et de la jeunesse

 

 

 

a.            l’inconstance féminine

 

 

 

“C'est toujours même note et pareil entretien :”

 

“la”  jeune veuve donne un dimension universelle à sa fable, en effet en utilisant le déterminant défini dans un sens générique il inclut toutes les femmes. Il dit que c’est toujours pareil.

 

“Entre la Veuve d'une année

 

Et la veuve d'une journée

 

La différence est grande : on ne croirait jamais

 

Que ce fût la même personne.” Le changement d’état de la veuve est  brutal, en effet il souligne ce changement en le mettant en exergue avec la ponctuation expressive.

 

La Fontaine nous exprime son opinion par rapport aux veuves. Tout d’abord il ne parle pas des veufs alors que la mort frappe dans les deux sens. Cette remarque montre la misogynie de La Fontaine qui estime que la femme et l’homme ne sont pas égaux dans le veuvage.  

 

“Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne ;”

 

Au début la veuve éprouve un réelle mal, une réelle tristesse puis le bonheur reprend le dessus et sa tristesse devient fausse et superficielle à cause des usages de la société qui en la forçant à garder son deuil la pousse à l'hypocrisie.

 

“On dit qu'on est inconsolable ;

 

On le dit, mais il n'en est rien,

 

Comme on verra par cette Fable,

 

Ou plutôt par la vérité.”  Une prétention de La Fontaine dans le fait qu’il affirme détenir  la vérité absolue vis à vis des sentiments féminins par rapport au veuvage. Il exclut donc l’homme de cette critique ce qui traduit une misogynie de sa part, car il différencie les sentiments de l’homme et la femme. On constate donc qu’il pense que l’homme à une certaine supériorité par rapport à la femme compte tenu de son statut particulier à l’intérieur de la fable. Dans le sens où il exclut l’homme de toute critique afin de créer une complicité avec les lecteurs masculins juste avant de commencer le récit de son histoire. Ainsi il crée une connivence qui maintiendra l’attention du lecteur.

 



 

b) la gaieté

 

 

 

“L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits.” Le malheur repousse tandis que la gaieté attire. Cependant la gaieté reprend toujours le dessus par rapport à la tristesse.

 

“On dit qu'on est inconsolable ;

 

On le dit, mais il n'en est rien,” Idée que la tristesse est une émotion passagère et que la gaieté reprendra quoiqu’il arrive ses droits. C’est à dire que la joie revient toujours.

 

“.- Ah ! dit-elle aussitôt,

 

Un Cloître est l'époux qu'il me faut. “ Elle retrouve le goût à la vie sa joie revient et son amour pour la vie aussi. Elle a de nouveau de l’amour à offrir.

 

“L'autre mois on l'emploie à changer tous les jours

 

Quelque chose à l'habit, au linge, à la coiffure.” Elle reprend goût à des choses ordinaires que les femmes aiment, on assiste ici à son retour à la vie

 

“Le deuil enfin sert de parure,

 

En attendant d'autres atours.” Elle se joue de son deuil et s’en sert pour être encore plus attrayante aux yeux de ses prétendants, elle use de ses faiblesses comme une force

 

“Toute la bande des Amours

 

Revient au colombier : les jeux, les ris, la danse,

 

Ont aussi leur tour à la fin.”

 

“On se plonge soir et matin

 

Dans la fontaine de Jouvence.”

 

Elle retrouve des plaisirs jeunesse

 

 

 

c) l’affection du poète pour son personnage

 

“ A ses côtés sa femme

 

Lui criait : « Attends-moi, je te suis ; et mon âme,

 

Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler. »

 

Le Mari fait seul le voyage.” Décalage entre l’envie de sa femme et le mari qui la quitte cela  casse son élan. La Fontaine se moque gentiment de son personnage.

 

“Mais, après certain temps, souffrez qu'on vous propose

 

Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose

 

Que le défunt.” Le poète a de l’empathie pour la jeune veuve et lui suggère de se trouver un nouveau mari. De plus son mari serait beau et jeune, bienveillance à son égard

 

“Toute la bande des Amours

 

Revient au colombier : les jeux, les ris, la danse,

 

Ont aussi leur tour à la fin.” Le poète reste bienveillant, il lui accorde une seconde vie et lui permet de jouir à nouveaux des plaisirs de la jeunesse

 

“On se plonge soir et matin

 

Dans la fontaine de Jouvence.” Le poète l’a enfin intégrée dans la vie, les soucis de la veuve disparaissent au profit de la joie

 


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