Commentaire composé du poème Vents de Saint John Perse

Commentaire composé du poème Vents de Saint John Perse

Photo by Simon Matzinger on Unsplash
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Texte

Vents, I-1, Saint-John Perse

 

 

 

C’étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde,

 

De très grands vents en liesse par le monde, qui n’avaient d’aire ni de gîte,

 

Qui n’avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille,

 

En l’an de paille sur leur erre… Ah ! oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants !

 

Flairant la pourpre, le cilice, flairant l’ivoire et le tesson, flairant le monde entier des choses,

 

Et qui couraient à leur office sur nos plus grands versets d’athlètes, de poètes,

 

C’étaient de très grands vents en quête sur toutes pistes de ce monde,

 

Sur toutes choses saisissables, parmi le monde entier des choses…

 

Et d’éventer l’usure et la sécheresse au cœur des hommes investis,

 

Voici qu’ils produisaient ce goût de paille et d’aromates, sur toutes places de nos villes,

 

Comme au soulèvement des grandes dalles publiques. Et le cœur nous levait

 

Aux bouches mortes des Offices. Et le dieu refluait des grands ouvrages de l’esprit.

 

Car tout un siècle s’ébruitait dans la sécheresse de sa paille, parmi d’étranges désinences : à bout de cosses, de siliques, à bout de choses frémissantes

 

comme un grand arbre sous ses hardes et ses haillons de l’autre hiver, portant livrée de l’année morte;

 

Comme un grand arbre tressaillant dans ses crécelles de bois mort et ses corolles de terre cuite –

 

Très grand arbre mendiant qui a fripé son patrimoine, face brûlée d’amour et de violence où le désir encore va chanter.

 


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Commentaire composé

Problématique : Comment le poète arrive-t-il à donner vie à son poème ?

 

 

I Comment le poète rend-il le vent vivant ?

 

De très grands vents en liesse par le monde, qui n’avaient d’aire ni de gîte- le poète donne l’image du vent qui ne s'arrête jamais, car il est joyeux, il fait la fête et donc il ne se repose pas. Dans Jean 15 Jésus dit : “Je vous ai dit ces choses afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite”

 

Qui n’avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille- souligne que le vent est déraisonnable et sans pitié car il empêche les hommes de se reposer aussi.  

 

Ah ! oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants ! -les sonorités très proches entre vents et vivants contribuent à donner vie aux vents qui sont personnifiés tout au long du poème.

 

Flairant la pourpre, le cilice, flairant l’ivoire et le tesson, flairant le monde entier des choses,

 

Le poète énumère les différents minéraux que le vent a touchés puisqu’il se trouve partout dans le monde

 

C’étaient de très grands vents en quête sur toutes pistes de ce monde,- Le vent personnifié traverse les différents milieux du monde pour accomplir sa mission philosophique

 

Sur toutes choses saisissables, parmi le monde entier des choses…- La répétition du nom “chose” et l'allitération en [s] imite le sifflement du vent lui ne peut pas être attrapé comme les autres objets saisissable et donc constitue sa force.

 

Voici qu’ils produisaient ce goût de paille et d’aromates, sur toutes places de nos villes,

 

Comme au soulèvement des grandes dalles publiques.- Avec l’utilisation de nombreuses consonnes le poète atteint à reproduire la sonorité de pas des passants qui courent avec le vent

 

Car tout un siècle s’ébruitait dans la sécheresse de sa paille, parmi d’étranges désinences : à bout de cosses, de siliques, à bout de choses frémissantes

 

comme un grand arbre sous ses hardes et ses haillons de l’autre hiver, portant livrée de l’année morte; Les allitérations sifflantes, chuintantes, renvoient aux bruits du vent pour le rendre encore plus réel et présent dans ce poème  

 

Comme un grand arbre tressaillant dans ses crécelles de bois mort et ses corolles de terre cuite – il veut reproduire de la façon la plus fidèle le bruit du vent.

 

II Comment le poète joue-t-il sur les différentes significations des mots ?

 

C’étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde,- personnification du vent, le poète joue sur les différentes significations du mot face : les deux côtés de la Terre qui sont alternativement dans la lumière du jour ou dans la nuit. Et surtout le vent modèle le paysage en donnant plusieurs visages (deuxième sens du mot face) au monde car il déplace les nuages et les objets.

 

Ah ! oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants !- le jeux de mot sur oui qui renvoie à l'ouïe, le poète interpelle son interlocuteur à écouter le bruit du vent. Le mot “faces” à encore plusieurs significations puisqu’il renvoie aux visages des personnes sur lesquelles le vent souffle en insistant sur le fait qu’on sent le vent de tous les côtés.

 

Qui n’avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille- qualifie le “nous” comme l’homme de paille qui a un double sens: le premier celui qui renvoie à l'épouvantail et le deuxième qui souligne la misère de l’homme face aux vents puisqu’il ne peut pas combattre contre lui.

 

En l’an de paille sur leur erre…-  le mot erre a un double sens: premièrement celui d’un espace  et deuxièmement son homonyme air qui symbolise le vent.

 

Flairant la pourpre, le cilice, flairant l’ivoire et le tesson, flairant le monde entier des choses,- comme le vent est personnifie, le lecteur a l’impression que le vent voyage partout pour sentir les différents minéraux du monde. Le vent est donc charge des différentes odeurs de son parcours qui sont transportées dans les différents endroits de son voyage  

 

Et qui couraient à leur office sur nos plus grands versets d’athlètes, de poètes-  le poète est comparé à un athlètes qui cours sur sa page d'écriture inspirée par le vent, symbole des idées,. Ainsi, le vent traverse le bureau du poète et l’inspire d’une façon immédiate  et part aussi vite qu’il est venu. Le vent symbolise l’inspiration  et la pensée du poète qui parcourt de nombreux endroits très différents pendant son écriture    

 

Et d'éviter l’usure et la sécheresse au cœur des hommes investis,- le mot éventer est pris dans son contre sens, le vent qui représente le Saint-Esprit qui va purger les hommes qu’il remplit, qui avaient le cœur sec car ils n’avaient pas l’amour de Christ en eux. C’est un poème qui parle de la Pentecôte, un poème dans lequel le poème veut être un intercesseur pour aider le Saint-Esprit dans sa quête d’amour.

 

Et le cœur nous levait

Aux bouches mortes des Offices- Le poète joue sur le double sens du mot office, l’office du poète qu’il l’a déjà utilisé auparavant et l’Office religieux, qui est la messe. L’importance pour sentir le Saint-Esprit en nous est ne pas aller à la messe le cœur las mais de vivre en joie. (Jean 15).

 

Et le dieu refluait des grands ouvrages de l’esprit.- Pour le poète, Dieu est responsable des grands ouvrages puisque c’est lui le grand inspirateur des écrivains et de tous les inventeurs.

 

Très grand arbre mendiant qui a fripé son patrimoine, face brûlée d’amour et de violence où le désir encore va chanter.- Le poète fait une conclusion au poème. Il évoque le sacrifice de Jésus qui a renoncé à sa vie pour nous sauver donc il “a fripé son patrimoine et il est devenu volontairement un “mendiant”. Son visage “brûlé d’amour et de violence” où le désir va chanter” évoque le fait que Jésus nous a donné son Esprit, le consolateur : le Saint-Esprit symbolisé par le vent. Il s’agit d’un poème mystique qui caractérise et symbolise le Saint-Esprit à travers le vent...

 


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