Commentaire composé de la fin du roman Madame Bovary de Flaubert

Commentaire composé de la fin du roman Madame Bovary de Flaubert

Photo by Tom Pumford on Unsplash
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Texte

"Un jour qu'il était allé au marché d'Argueil pour y vendre son cheval, -dernière ressource, - il rencontra Rodolphe.

 

Ils pâlirent en s'apercevant. Rodolphe, qui avait seulement envoyé sa carte, balbutia d'abord quelques excuses, puis s'enhardit et même poussa l'aplomb (il faisait très chaud, on était au moins d'août) jusqu'à l'inviter à prendre une bouteille de bière au cabaret.

 

Accoudé en face de lui, il mâcha son cigare en causant, et Charles se perdait en rêveries devant cette figure qu'elle avait tant aimée. Il lui semblait revoir quelque chose d'elle. C'était un émerveillement. Il aurait voulu être cet homme.

 

L'autre continuait à parler culture, bestiaux, engrais, bouchant avec des phrases banales tous les interstices où pouvait se glisser une allusion. Charles ne l'écoutait pas ; Rodolphe s'en apercevait, et il suivait la mobilité de sa figure le passage des souvenirs. Elle s'empourprait peu à peu, les narines battaient vite, les lèvres frémissaient ; et il y eu même un instant où Charles, plein d'une fureur sombre fixa les yeux contre Rodolphe qui, dans une sorte d'effroi, s'interrompit. Mais bientôt la même lassitude funèbre réapparut sur son visage.

 

- Je ne vous en veux pas, dit-il

 

Rodolphe était resté muet. Et Charles, la tête dans ses deux mains, reprit d’une voix éteinte et avec l'accent résigné des douleurs infinies :

 

- Non, je ne vous en veux plus !

 

Il ajouta même d'un grand mot, le seul qu’il n’ait jamais dit :

 

- C'est la faute de la fatalité !

 

Rodolphe, qui avait conduit cette fatalité, le trouva bien débonnaire pour un homme dans sa situation, comique même, et un peu vil.

 

Le lendemain, Charles alla s'asseoir sur le banc, dans la tonnelle. Des jours passaient par le treillis ; les feuilles de vigne dessinaient leurs ombres sur le sable, le jasmin embaumait, le ciel était bleu, des cantharides bourdonnaient autour des lis en fleur, et Charles suffoquait comme un adolescent sous les vagues effluves amoureux qui gonflaient son cœur chagrin.

 

A sept heures, la petite Berthe, qui ne l'avait pas vu de toute l'après-midi, vint le chercher pour dîner.

 

Il avait la tête renversée contre le mur, les yeux clos, la bouche ouverte, et tenait dans ses mains une longue mèche de cheveux noirs.

 

– Papa, viens donc ! dit-elle.

 

Et, croyant qu'il voulait jouer, elle le poussa doucement. Il tomba par terre. Il était mort.

 

Trente-six heures après, sur la demande de l'apothicaire, M. Canivet accourut. Il l'ouvrit et ne trouva rien.

 

Quand tout fut vendu, il resta douze francs soixante et quinze centimes qui servirent à payer le voyage de mademoiselle Bovary chez sa grand-mère. La bonne femme mourut dans l'année même ; le père Rouault étant paralysé, ce fut une tante qui s'en chargea. Elle est pauvre et l'envoie, pour gagner sa vie, dans une filature de coton. Depuis la mort de Bovary, trois médecins se sont succédé à Yonville sans pouvoir y réussir, tant M. Homais les a tout de suite battus en brèche. Il fait une clientèle d'enfer ; l'autorité le ménage et l'opinion publique le protège.

 

Il vient de recevoir la croix d'honneur"

 


Si vous étudiez Madame Bovary de Flaubert en œuvre intégrale je vous conseille de lire ce livre


Commentaire composé

Comment cet excipit montre-t-il le pessimisme de Flaubert ?

 

 

 

“Quand Madame Bovary parut il y eut tout une révolution littéraire” écrit Emile Zola dans son essai les romanciers réalistes. En effet le livre de Flaubert est un genre nouveau à sa publication. Flaubert qui ne voulait pas s'inscrire dans son siècle va être considéré comme représentatif de son siècle. Son mouvement est le réalisme, il a pour but de narrer et non décrire.

 

 

 

I) La présence d’Emma dans cet excipit

 

 

 

“Charles se perdait en rêveries devant cette figure qu'elle avait tant aimée.” Charles revoit Emma à travers Rodolphe, Flaubert en cruel envers Charles car le moyen de penser à Emma est à travers son amant

 

 

 

“Il lui semblait revoir quelque chose d'elle” Charles reconnaît des traits d’Emma a travers Rodolphe, il est tellement épris d’Emma qu’il ne ressent aucune haine envers Rodolphe au lieu de ça il l’idéalise car il a eu la chance d’être aimer d’Emma “Il aurait voulu être cet homme.”

 

 

 

“et il y eu même un instant où Charles, plein d'une fureur sombre fixa les yeux contre Rodolphe qui, dans une sorte d'effroi, s'interrompit.” Rodolphe étant la figure d’Emma, à l’image de son couple avec Emma, il l'aime et ne peut lui en vouloir malgré ses infâmes actions

 

 

 

“- Je ne vous en veux pas, dit-il/- Non, je ne vous en veux plus !” Charles pardonne au diable,

 

 

 

“Le lendemain, Charles alla s'asseoir sur le banc, dans la tonnelle.” En allant dans le parc et sur le banc Charles essaye de retrouver Emma dans un cadre où les amours dominent

 

“ les feuilles de vigne dessinaient leurs ombres sur le sable,” En effet il la retrouve

 


 

II) Une mort pathétique et sublime

 

 

 

"Un jour qu'il était allé au marché d'Argueil pour y vendre son cheval, -dernière ressource, - il rencontra Rodolphe.” Charles meurt comme il a commencé sans rien et seul, Emma l’a ruiné et quitté juste avant ce passage

 

 

 

“Charles ne l'écoutait pas ; Rodolphe s'en apercevait, et il suivait la mobilité de sa figure le passage des souvenirs” Charles est mélancolique, il rêve, il n’est pas présent dans la discussion il est quasiment déjà parti plus rien ne le rattache au monde réel, il n’a plus sa raison de vivre

 

 

 

“reprit d'un voix éteinte et avec l'accent résigné des douleurs infinies :” Son mal est profond, il vient de plus loin, Emma à cause de ses actions a blessé son mari et le “tue” au fil du roman à cause de sa maladie d’amour, sa passion est trop grande

 

 

 

“Le lendemain, Charles alla s'asseoir sur le banc, dans la tonnelle.” Décor de la mélancolie amoureuse et le banc est symbolique des relations amoureuses, d’une certaine manière Charles se torture en y allant

 

 

 

Charles suffoquait comme un adolescent sous les vagues effluves amoureux qui gonflaient son cœur chagrin.” Sa mort est sublime, sa mort est surnaturelle, elle vient d’un mal profond que seules les personnes éprises d’une passion pourraient ressentir. La maladie d’amour aura raison de lui elle l’aura consumé de l’intérieur tout au long du roman.

 

 

 

Il tomba par terre. Il était mort.

 

Trente-six heures après, sur la demande de l'apothicaire, M. Canivet accourut. Il l'ouvrit et ne trouva rien.” Mort inexplicable, son amour pour Emma l’a tué, en effet le médecin ne trouve plus rien son cœur a déjà rejoint Emma au ciel

 




 

III) Une fin pessimiste

 

 

 

“Il lui semblait revoir quelque chose d'elle. C'était un émerveillement. Il aurait voulu être cet homme.” Flaubert met en avant Rodolphe alors qu’il a été si cruel avec lui dans la scène des comices, on y voit que finalement c’est bien Rodolphe le gagnant de l’histoire

 

 

 

“- Je ne vous en veux pas, dit-il - Non, je ne vous en veux plus !/” La fin est injuste, c’est Rodolphe qui a la conscience tranquille car le mari lui pardonne et il peut continuer sa vie alors que Charles est anéanti

 

 

 

“- C'est la faute de la fatalité !” La certitude du malheur, Charles se rend compte que dès le début de sa vie, il allait être victime de la société

 

 

 

““Le lendemain, Charles alla s'asseoir sur le banc, dans la tonnelle.” Cruauté de Flaubert envers Charles, il l’amène dans des lieux où c’est l’amour qui domine, cela ne peut que renforcer le mal de Charles

 

 

 

“Quand tout fut vendu, il resta douze francs soixante et quinze centimes qui servirent à payer le voyage de mademoiselle Bovary chez sa grand-mère. La bonne femme mourut dans l'année même ; le père Rouault étant paralysé, ce fut une tante qui s'en chargea. Elle est pauvre et l'envoie, pour gagner sa vie, dans une filature de coton” Il scelle le destin tragique des Bovary, Berthe ne peut qu’avoir une vie triste et pathétique, elle est orpheline et sa famille meurt aussi petit à petit, c’est comme si une malédiction s'était abattue sur la famille Bovary

 

 

 

“ M. Homais les a tout de suite battus en brèche. Il fait une clientèle d'enfer ; l'autorité le ménage et l'opinion publique le protège.

 

Il vient de recevoir la croix d'honneur" Triomphe des personnages secondaires, Homais est imposteur mais aura la gloire à la mort de Charles.

 


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