Commentaire composé de la Fable de La Fontaine Perrette et le Pot au lait

Commentaire composé de la Fable de La Fontaine Perrette et le Pot au lait

Photo by Ross Sokolovski on Unsplash
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Texte

LA LAITIÈRE ET LE POT AU LAIT

 

 

 

Perrette, sur sa tête ayant un Pot au lait

 

           Bien posé sur un coussinet,

 

Prétendait arriver sans encombre à la ville.

 

Légère et court vêtue elle allait à grands pas ;

 

Ayant mis ce jour-là pour être plus agile

 

           Cotillon simple, et souliers plats.

 

           Notre Laitière ainsi troussée

 

           Comptait déjà dans sa pensée

 

Tout le prix de son lait, en employait l’argent,

 

Achetait un cent d’œufs, faisait triple couvée ;

 

La chose allait à bien par son soin diligent.

 

           Il m’est, disait-elle, facile

 

D’élever des poulets autour de ma maison :

 

           Le Renard sera bien habile,

 

S’il ne m’en laisse assez pour avoir un cochon.

 

Le porc à s’engraisser coûtera peu de son ;

 

Il était quand je l’eus de grosseur raisonnable ;

 

J’aurai le revendant de l’argent bel et bon ;

 

Et qui m’empêchera de mettre en notre étable,

 

Vu le prix dont il est, une vache et son veau,

 

Que je verrai sauter au milieu du troupeau ?

 

Perrette là-dessus saute aussi, transportée.

 

Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;

 

La Dame de ces biens, quittant d’un œil marri

 

           Sa fortune ainsi répandue,

 

           Va s’excuser à son mari

 

           En grand danger d’être battue.

 

           Le récit en farce en fut fait ;

 

           On l'appela le Pot au lait.

 

           Quel esprit ne bat la campagne ?

 

           Qui ne fait châteaux en Espagne ?

 

Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous,

 

           Autant les sages que les fous ?

 

Chacun songe en veillant, il n’est rien de plus doux :

 

Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :

 

           Tout le bien du monde est à nous,

 

           Tous les honneurs, toutes les femmes.

 

Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;

 

Je m’écarte, je vais détrôner le Sophi ;

 

           On m’élit Roi, mon peuple m’aime ;

 

Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :

 

Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;

           Je suis gros Jean comme devant.


Si vous étudiez les Fables de La Fontaine en œuvre intégrale je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Comment dans cette fable coupée en deux parties, La Fontaine met-il en scène le pouvoir de l’imagination ?

 

 

 

I Un apologue amusant

 

  1. Un apologue traditionnel

 

  • “LA LAITIÈRE ET LE POT AU LAIT” le titre du texte annonce déjà le contenu de la fable. De plus il est de facture traditionnelle avec la juxtaposition de deux groupes nominaux.
  • “Perrette, sur sa tête ayant un Pot au lait

 

           Bien posé sur un coussinet,

 

           Prétendait arriver sans encombre à la ville.”

 

Situation initiale, présentation du personnage principal, introduction théâtrale avec le début d’une action elle se dirige vers la ville. Le cadre de la fable est posé dès les premières lignes.

 

- “Légère et court vêtue elle allait à grands pas” description physique de Perrette, cela suit le déroulement de l’apologue. En effet il interpelle le lecteur en introduisant un personnage inconnu pour attiser la curiosité du lecteur et lui donner l’envie de découvrir ce personnage.

 

- “Perrette là-dessus saute aussi, transportée.

 

Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;

 

La Dame de ces biens, quittant d’un œil marri

 

           Sa fortune ainsi répandue,

 

           Va s’excuser à son mari

 

           En grand danger d’être battue.”

 

Péripétie qui nous conduira vers la morale qui est détachée. On suit donc les caractéristiques de l’apologue.

 

  • “Le récit en farce en fut fait ;

 

           On l'appela le Pot au lait.”

 

Phrase qui résume mini conclusion fin du récit et donc début de la morale.

 

 

 

2.            Plaire et instruire

 

  • “Légère et court vêtue elle allait à grands pas” : détails sexy pour attirer le lecteur
  • “Ayant mis ce jour-là pour être plus agile

 

           Cotillon simple, et souliers plats.” enjambement il allie le fond et la forme, impression que le vers court comme Perrette, récit de l’action de Perrette

 

  • “Notre laitière” : crée une connivence avec le lecteur
  • “Perrette là-dessus saute aussi, transportée.

 

Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;

 

La Dame de ces biens, quittant d’un œil marri

 

           Sa fortune ainsi répandue,

 

           Va s’excuser à son mari

 

           En grand danger d’être battue.”

 

Comique de situation

 

  •  

 

 

 

II Un questionnement sur la condition humaine

 

  1. Une critique des ambitieux matérialistes

 

  • “Notre Laitière ainsi troussée

 

           Comptait déjà dans sa pensée

 

Tout le prix de son lait, en employait l’argent,

 

Achetait un cent d’œufs, faisait triple couvée ;”  l’enjambement insiste sur le fait que la laitière pense trop vite et s’emballe dans son imagination. L’énumération nous montre que la laitière est confuse dans ses pensées. Elle se montre matérialiste.

 

  • “La chose allait à bien par son soin diligent.” L’imparfait nous montre qu’elle considère la chose comme acquise. Elle prend soin de son rêve mais oublie le lait.
  • “Il m’est, disait-elle, facile

 

D’élever des poulets autour de ma maison :

 

           Le Renard sera bien habile,

 

S’il ne m’en laisse assez pour avoir un cochon.

 

Le porc à s’engraisser coûtera peu de son ;

 

Il était quand je l’eus de grosseur raisonnable ;

 

J’aurai le revendant de l’argent bel et bon ;

 

Et qui m’empêchera de mettre en notre étable,

 

Vu le prix dont il est, une vache et son veau,

 

Que je verrai sauter au milieu du troupeau ?”

 

       Elle matérialise les animaux, les voit comme de l’argent facile, elle ne respecte plus son rôle de fermière. Elle se coupe de la réalité, son ambition la guide vers le rêve et elle considère toutes les choses comme acquises.

 





 

2.            Une critique de l'égoïsme

 

  • “ son lait” Le pronom possessif son nous montre l'égoïsme de Perrette. En effet on se doute qu’elle n'était pas seule dans la production du lait. Elle donne une dimension symbolique du lait qui nous montre qu’elle le perçoit comme du profit avant le service.
  • “Tout le bien du monde est à nous,

 

           Tous les honneurs, toutes les femmes.

 

Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;

 

Je m’écarte, je vais détrôner le Sophi ;

 

    On m’élit Roi, mon peuple m’aime ;

 

Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :”

 

→ l’imagination est source de narcissisme. Décalage comique “On m’élit roi” impossible d’élire un roi !! Surtout au XVIIème siècle donc il part dans un délire complet.

 



 

III La dimension autobiographique

 

  1. L’art de vivre avec simplicité

 

  •                                        “ Quel esprit ne bat la campagne ?

 

           Qui ne fait châteaux en Espagne ?

 

Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous,

 

           Autant les sages que les fous ?

 

Chacun songe en veillant, il n’est rien de plus doux :

 

Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :

 

           Tout le bien du monde est à nous,

 

           Tous les honneurs, toutes les femmes.

 

Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;

 

Je m’écarte, je vais détrôner le Sophi ;

 

           On m’élit Roi, mon peuple m’aime ;

 

Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :

 

Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;

 

           Je suis gros Jean comme devant.”

 

→ Montre que La Fontaine est conscient d’être un rêveur, il s’inclut dans la morale avec le lecteur ce qui donne une dimension humaine et universelle à sa morale : nous sommes tous des rêveurs et nous devons tous être plus attentifs à maîtriser notre imagination qui peut devenir source d’erreur si elle n’est pas cadrée. Avec les questions rhétoriques La Fontaine s’inclut dans sa morale et fait preuve d’autodérision avec cette épopée ridicule “Quand je suis seul…” il parle de lui-même et donc nous avertit sur la nécessité de se connaître soi-même pour éviter des déconvenues.

 

 

 

2.            L’art d’écrire avec simplicité

 

  • “Notre Laitière ainsi troussée

 

           Comptait déjà dans sa pensée

 

Tout le prix de son lait, en employait l’argent,

 

Achetait un cent d’œufs, faisait triple couvée ;”

 

La Fontaine écrit les pensées de Perrette et son style d’écriture nous donne l’accès à sa pensée. La Fontaine fait en sorte de donner à son écriture une impression de désordre.

 

 

 

La Fontaine nous fait réfléchir au style qui convient à la fable, genre classifié comme “moyen” au XVIIème siècle, à distinguer du genre bas qu’est la farce, mais pas aussi noble que la tragédie. En bon auteur classique, La Fontaine nous rappelle que tout homme comme tout écrivain doit être guidé par la mesure et savoir rester à la place qui est la sienne.

 


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