Commentaire composé de la fable de La Fontaine Les femmes et le secret

Commentaire composé de la fable de La Fontaine Les femmes et le secret

Photo by Michał Grosicki on Unsplash
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Texte

Les femmes et le secret

 

Rien ne pèse tant qu’un secret

Le porter loin est difficile aux Dames :

Et je sais même sur ce fait

Bon nombre d’hommes qui sont femmes.

Pour éprouver la sienne un mari s’écria

La nuit étant près d’elle : O dieux ! qu’est-ce cela ?

Je n’en puis plus ; on me déchire ;

Quoi j’accouche d’un œuf ! – D’un œuf ? – Oui, le voilà

Frais et nouveau pondu. Gardez bien de le dire :

On m’appellerait poule. Enfin n’en parlez pas.

La femme neuve sur ce cas,

Ainsi que sur mainte autre affaire,

Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire.

Mais ce serment s’évanouit

Avec les ombres de la nuit.

L’épouse indiscrète et peu fine,

Sort du lit quand le jour fut à peine levé :

Et de courir chez sa voisine.

Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé :

N’en dites rien surtout, car vous me feriez battre.

Mon mari vient de pondre un œuf gros comme quatre.

Au nom de Dieu gardez-vous bien

D’aller publier ce mystère.

– Vous moquez-vous ? dit l’autre : Ah ! vous ne savez guère

Quelle je suis. Allez, ne craignez rien.

La femme du pondeur s’en retourne chez elle.

L’autre grille déjà de conter la nouvelle :

Elle va la répandre en plus de dix endroits.

Au lieu d’un œuf elle en dit trois.

Ce n’est pas encore tout, car une autre commère

En dit quatre, et raconte à l’oreille le fait,

Précaution peu nécessaire,

Car ce n’était plus un secret.

Comme le nombre d’œufs, grâce à la renommée,

De bouche en bouche allait croissant,

Avant la fin de la journée

Ils se montaient à plus d’un cent.

Commentaire composé

I) La mise en scène théâtrale dans la fable

 

“Pour éprouver la sienne un mari s’écria

La nuit étant près d’elle : O dieux ! qu’est-ce cela ?

Je n’en puis plus ; on me déchire ;

Quoi j’accouche d’un œuf ! – D’un œuf ? – Oui, le voilà

Frais et nouveau pondu. Gardez bien de le dire :

On m’appellerait poule. Enfin n’en parlez pas.” Le mari est rusé, son piège est efficace et bien mené grâce à la finesse de son argumentation et à la mise en scène.

 

Parodie de tragédie car la femme est prise au piège. Parodie de farce car la femme est ridiculisée, l’histoire inventée est rocambolesque, le mari est fourbe et violent.

“car vous me feriez battre.”  Cruauté du mari, la crainte vient du fait qu’elle a déjà dû se faire battre.

“Mais ce serment s’évanouit

Avec les ombres de la nuit.” Octosyllabes rapidité de l’action accentuée par l’enjambement, enchaînement des actions avec le changement de jour. Tout va très vite dans la divulgation du secret.

“Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé :” Le terme qu’emploie la femme pour désigner son histoire est péjoratif. En effet, “le cas” nous donne la sensation que le personnage de l’histoire est inconnue or il s’agit de son mari.

 

“Mon mari vient de pondre un œuf gros comme quatre.” Théâtralité de la scène, on passe de la tragédie à l’histoire rocambolesque qui nous fait penser à une farce.

 

“Au nom de Dieu gardez-vous bien

D’aller publier ce mystère.” Supplication tragique envers sa confidente renforcée par l’enjambement qui montre son empressement.

 

“L’autre grille déjà de conter la nouvelle :” parodie de tragédie où on trouve souvent le verbe brûler de.

 


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