Commentaire composé de la scène des Comices agricoles dans le roman Madame Bovary de Flaubert

Commentaire composé de la scène des Comices agricoles dans le roman Madame Bovary de Flaubert

Photo by Patrick Baum on Unsplash
Photo by Patrick Baum on Unsplash

Texte

M. Lieuvain se rassit alors ; M. Derozerays se leva, commençant un autre discours. Le sien peut-être, ne fut point aussi fleuri que celui du Conseiller ; mais il se recommandait par un caractère de style plus positif, c’est-à-dire par des connaissances plus spéciales et des considérations plus relevées. Ainsi, l’éloge du gouvernement y tenait moins de place ; la religion et l’agriculture en occupaient davantage. On y voyait le rapport de l’une et de l’autre, et comment elles avaient concouru toujours à la civilisation. Rodolphe, avec madame Bovary, causait rêves, pressentiments, magnétisme. Remontant au berceau des sociétés, l’orateur vous dépeignait ces temps farouches où les hommes vivaient de glands, au fond des bois. Puis ils avaient quitté la dépouille des bêtes ; endossé le drap, creusé des sillons, planté la vigne. Etait-ce un bien, et n’y avait-il pas dans cette découverte plus d’inconvénients que d’avantages ? M. Derozerays se posait ce problème. Du magnétisme, peu à peu, Rodolphe en était venu aux affinités, et, tandis que M. le président citait Cincinnatus à sa charrue, Dioclétien plantant ses choux, et les empereurs de la Chine inaugurant l’année par des semailles, le jeune homme expliquait à la jeune femme que ces attractions irrésistibles tiraient leur cause de quelque existence antérieure.— Ainsi, nous, disait-il, pourquoi nous sommes-nous connus ? quel hasard l’a voulu ? C’est qu’à travers l’éloignement, sans doute, comme deux fleuves qui coulent pour se rejoindre, nos pentes particulières nous avaient poussés l’un vers l’autre.Et il saisit sa main ; elle ne la retira pas. « Ensemble de bonnes cultures ! » cria le président. — Tantôt, par exemple, quand je suis venu chez vous… « À M. Bizet, de Quincampoix. »— Savais-je que je vous accompagnerais ?

« Soixante et dix francs ! »

— Cent fois même j’ai voulu partir, et je vous ai suivie, je suis resté.

« Fumiers. »

— Comme je resterais ce soir, demain, les autres jours, toute ma vie !

« À M. Caron, d’Argueil, une médaille d’or ! »

— Car jamais je n’ai trouvé dans la société de personne un charme aussi complet.

« À M. Bain, de Givry-Saint-Martin ! »

— Aussi, moi, j’emporterai votre souvenir.

« Pour un bélier mérinos… »

— Mais vous m’oublierez, j’aurai passé comme une ombre.

« À M. Belot, de Notre-Dame… »

— Oh ! non, n’est-ce pas, je serai quelque chose dans votre pensée, dans votre vie ?

« Race porcine, prix ex aequo : à MM. Lehérissé et Cullembourg ; soixante francs ! »

Rodolphe lui serrait la main, et il la sentait toute chaude et frémissante comme une tourterelle captive qui veut reprendre sa volée ; mais, soit qu’elle essayât de la dégager ou bien qu’elle répondît à cette pression, elle fit un mouvement des doigts ; il s’écria :

 

— Oh ! merci ! Vous ne me repoussez pas ! Vous êtes bonne ! vous comprenez que je suis à vous ! Laissez que je vous voie, que je vous contemple !


Si vous étudiez Madame Bovary de Flaubert en oeuvre intégrale je vous recommande ce livre


Commentaire composé

Comment cette scène comique préfigure-t-elle l’échec de l’adultère d’Emma ?

 

I) Rodolphe un personnage donjuanesque

 

M. Lieuvain se rassit alors ; M. Derozerays se leva, commençant un autre discours. Le sien peut-être, ne fut point aussi fleuri que celui du Conseiller ;” M.Lieuvain → Charles, M.Derozerays→ Rodolphe; Simultanéité des actions pantin

Rodolphe est plus cultivé que Charles, plus intéressant, il va donc intéresser Emma “c’est-à-dire par des connaissances plus spéciales et des considérations plus relevées.”

 

“Ainsi, l’éloge du gouvernement y tenait moins de place ; la religion et l’agriculture en occupaient davantage.” Charles est plus raisonnable que Rodolphe, comparaison entre Charles et le gouvernement raison alors que la religion, l’agriculture traduisent des débauches de Rodolphe.

 

“Rodolphe, avec madame Bovary, causait rêves, pressentiments, magnétisme.” Rodolphe cerne directement les thèmes clefs d’Emma qui la font vibrer; Le rêve est ce qu’elle a lu dans ses romans d’amour, les pressentiments sont ce qu’il attend, magnétisme est l’attraction entre elle et Rodolphe.

 

“Remontant au berceau des sociétés, l’orateur vous dépeignait ces temps farouches où les hommes vivaient de glands,” Rodolphe explique pourquoi l’adultère n’est pas grave, il le compare avec les anciens pour lui montrer que ce n’est pas grave

 

“Du magnétisme, peu à peu, Rodolphe en était venu aux affinités,” Progression dans le jeu de séduction après l’attraction, il passe aux affinités

 

“le jeune homme expliquait à la jeune femme que ces attractions irrésistibles tiraient leur cause de quelque existence antérieure” Il ramène l’adultère à l’amour point faible d’Emma, il n’a pas d’amour pour elle, c’est seulement dans un but de séduction

 

“Ainsi, nous, disait-il, pourquoi nous sommes-nous connus ? quel hasard l’a voulu ? “ question rhétorique pour montrer que leur amour vient de plus loin, il ne la laisse pas parler, cela fait parti de sa stratégie

 

“C’est qu’à travers l’éloignement, sans doute, comme deux fleuves qui coulent pour se rejoindre, nos pentes particulières nous avaient poussés l’un vers l’autre.” Il utilise la comparaison du fleuve pour montrer la puissance de leur amour, c’est la nature qui les a rapprochés, il y a une dimension symbolique, cela reprend les thèmes d’Emma sa stratégie est donc astucieuse  

 

“.Et il saisit sa main ; elle ne la retira pas. “ il scelle son sort quand il la prend par la main, il ne la lâchera plus

 

“— Cent fois même j’ai voulu partir, et je vous ai suivie, je suis resté.”Rodolphe lui donne l’impression d’avoir de la compassion ce qui va forcément toucher Emma.

 

“— Oh ! non, n’est-ce pas, je serai quelque chose dans votre pensée, dans votre vie ?” Rodolphe donne le coup de grâce, il comble l’attente d’Emma son point faible

 

“Rodolphe lui serrait la main, et il la sentait toute chaude et frémissante comme une tourterelle captive qui veut reprendre sa volée ; mais, soit qu’elle essayât de la dégager ou bien qu’elle répondît à cette pression, elle fit un mouvement des doigts ; il s’écria :

— Oh ! merci ! Vous ne me repoussez pas ! Vous êtes bonne ! vous comprenez que je suis à vous ! Laissez que je vous voie, que je vous contemple !” Il lui prend la main, l’affaire en est fait cela est comme s’ils avaient conclu un accord, Emma est donc prise dans le guetapan. La dernière réplique de Rodolphe nous montre son sadisme, il jubile face à l’impuissance d’Emma qui a succombé à la tentation;

 

II) La cruauté de Flaubert envers Rodolphe

 

Durant toute la fin du texte, Flaubert entremêle les discours de Rodolphe et du président.Flaubert à travers le président va attaquer Rodolphe. En effet, il utilise de nombreuses antanaclases (donner la définition) pour critiquer l’attitude de Flaubert.

 

“ quand je suis venu chez vous… « À M. Bizet,” comique de situation, avec le lieu et l’antanaclase où l’on tend à entendre baiser qui nous fait sourire cependant cela donne une image très noir de Rodolphe, on voit clairement ses intentions avec Emma

 

“« Soixante et dix francs ! »” Flaubert nous évoque déjà l’argent que Rodolphe va lui voler, en plus de se jouer d’Emma,il va la ruiner

 

Sa fausse compassion est de suite sanctionnée par Flaubert qui le traite de “FUMIERS”,

 

“— Comme je resterais ce soir, demain, les autres jours, toute ma vie !

« À M. Caron, d’Argueil, une médaille d’or ! »” Toujours le même procédé ou Flaubert répond à la place d’Emma, il essaye de la protéger pour qu’elle ne tombe pas sous le charme de Rodolphe, De fait lorsque Rodolphe lui dit qu’il restera toute la vie, Flaubert l’attaque en lui donnant la médaille d’or de l'orgueil car il sait que cela est faux.

 

“« — Aussi, moi, j’emporterai votre souvenir. « Pour un bélier mérinos… »” un bélier mérinos est un bélier que l’on tond afin de gagner de l’argent sur son dos, c’est-à-dire qu’il use du corps d’Emma afin d’assouvir ses besoins physiques et ses besoins matériels

 

“— Oh ! non, n’est-ce pas, je serai quelque chose dans votre pensée, dans votre vie ?

 

« Race porcine, prix ex aequo : à MM. Lehérissé et Cullembourg ; soixante francs ! » Flaubert traite les hommes comme Rodolphe de “race porcine”. Et il insiste en s’amusant avec l’onomastique puisque “Lehérissé” renvoie à l'érection de Rodolphe et “Cullembourg” peut être décomposé en “cul en bourre”, ce qui montre l’importance du jeu avec la sexualité chez Flaubert qui l’a conduit à avoir un procès pour immoralité.


Écrire commentaire

Commentaires : 0