Commentaire composé de Madame Bovary de Flaubert, les noces d'Emma et Charles

Commentaire composé de Madame Bovary de Flaubert, les noces d'Emma et Charles

Photo by Callie Morgan on Unsplash
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Texte

C'était sous le hangar de la charretterie que la table était dressée. Il y avait dessus quatre aloyaux, six fricassées de poulets, du veau à la casserole, trois gigots, et, au milieu, un joli cochon de lait rôti, flanqué de quatre andouilles à l'oseille. Aux angles, se dressait l'eau-de-vie dans des carafes. Le cidre doux en bouteilles poussait sa mousse épaisse autour des bouchons, et tous les verres, d'avance, avaient été remplis de vin jusqu'au bord. De grands plats de crème jaune, qui flottaient d'eux-mêmes au moindre choc de la table, présentaient, dessinés sur leur surface unie, les chiffres des nouveaux époux en arabesques de nonpareille. On avait été chercher un pâtissier à Yvetot, pour les tourtes et les nougats. Comme il débutait dans le pays, il avait soigné les choses ; et il apporta, lui-même, au dessert, une pièce montée qui fit pousser des cris. À la base, d'abord, c'était un carré de carton bleu figurant un temple avec portiques, colonnades et statuettes de stuc tout autour, dans des niches constellées d'étoiles en papier doré ; puis se tenait au second étage un donjon en gâteau de Savoie, entouré de menues fortifications en angélique, amandes, raisins secs, quartiers d'oranges ; et enfin, sur la plate-forme supérieure, qui était une prairie verte où il y avait des rochers avec des lacs de confitures et des bateaux en écales de noisettes, on voyait un petit Amour, se balançant à une escarpolette de chocolat, dont les deux poteaux étaient terminés par deux boutons de rose naturels, en guise de boules, au sommet.

 

     Jusqu'au soir, on mangea. Quand on était trop fatigué d'être assis, on allait se promener dans les cours ou jouer une partie de bouchon dans la grange ; puis on revenait à table. Quelques-uns, vers la fin, s'y endormirent et ronflèrent. Mais, au café, tout se ranima ; alors on entama des chansons, on fit des tours de force, on portait des poids, on passait sous son pouce, on essayait à soulever les charrettes sur ses épaules, on disait des gaudrioles, on embrassait les dames.


Si vous étudiez le roman Madame Bovary de Flaubert en oeuvre intégrale je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Comment cette scène de mariage préfigure-t-elle le tragique destin d’Emma ?

 

I) L’ironie de Flaubert envers les hommes de la campagne

 

“Il y avait dessus quatre aloyaux, six fricassées de poulets, du veau à la casserole, trois gigots, et, au milieu, un joli cochon de lait rôti, flanqué de quatre andouilles à l'oseille. “ La nourriture est en excès et les plats sont lourds, cela retranscrit bien le stéréotype de la campagne où les hommes sont de bons vivants.

 

“Aux angles, se dressait l'eau-de-vie dans des carafes. Le cidre doux en bouteilles poussait sa mousse épaisse autour des bouchons, et tous les verres, d'avance, avaient été remplis de vin jusqu'au bord.” Flaubert présente les campagnards comme des personnes faisant des excès de boissons et de nourriture

 

“Il y avait dessus quatre aloyaux, six fricassées de poulets, du veau à la casserole, trois gigots, et, au milieu, un joli cochon de lait rôti, flanqué de quatre andouilles à l'oseille. “ Flaubert en rajoute, la composition de la table n’est pas originale mais en excès, les plats ne sont pas raffinés mais au contraire plutôt simples, Emma ne retrouve pas les belles noces qu'elle a lues dans les livres

 

“De grands plats de crème jaune, qui flottaient d'eux-mêmes au moindre choc de la table, présentaient, dessinés sur leur surface unie, les chiffres des nouveaux époux en arabesques de nonpareille.” Les artifices du mariage ne font pas rêver au contraire ils sont assez enfantins et ne s’inscrivent pas vraiment dans le mariage

 

“ Comme il débutait dans le pays, il avait soigné les choses” Sous-entendu qu’une fois installé ce n’est plus le cas, Flaubert dénigre les artisans de la campagne

 

“on allait se promener dans les cours ou jouer une partie de bouchon dans la grange” La simplicité des activités des campagnards, à travers la description qu’en donne Flaubert nous montre qu’ils aiment les choses simples




II) Une prolepse de la vie d’Emma

 

“C'était sous le hangar de la charretterie” Le lieu du mariage est bucolique, le cadre n’est pas grandiose comme dans les livres d’Emma, l’endroit ne fait pas rêver et annonce déjà l’ennui d’Emma

 

“un joli cochon de lait rôti, flanqué de quatre andouilles à l'oseille.” Métaphore de la vie d’Emma qui est flanquée de Charles, de sa mère etc, elle n’a pas d’ami et se retrouve seule au milieu de tous

 

“On avait été chercher un pâtissier à Yvetot” Symbole de sa vie, elle veut toujours ce qu’il y a de mieux, et elle est toujours dans la recherche de nouveauté, de nouveaux plaisirs, cela montre déjà qu’elle va être difficile avec Charles et qu’elle va aller voir ailleurs

 

“À la base, d'abord, c'était un carré de carton bleu figurant un temple avec portiques, colonnades et statuettes de stuc tout autour, dans des niches constellées d'étoiles en papier doré ; puis se tenait au second étage un donjon en gâteau de Savoie, entouré de menues fortifications en angélique, amandes, raisins secs, quartiers d'oranges ; et enfin, sur la plate-forme supérieure, qui était une prairie verte où il y avait des rochers avec des lacs de confitures et des bateaux en écales de noisettes,” Emma en demande toujours plus à l’image de son gâteau cependant il a l’air écoeurant et ne donne pas envie comme la vie d’Emma qui n’est faite que d’artifices et de superficialité. Le donjon rappelle les romans de Walter Scott dont elle s'est nourrie. Le pré montre qu'elle va aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte. Les rochers et les lacs symbolisent autant d'obstacles à son bonheur.

 

“on voyait un petit Amour, se balançant à une escarpolette de chocolat,” À l’image de l’amour entre Charles et Emma, petit car il ne durera que le début de leur relation après Emma se lassera

 

"Quelques-uns, vers la fin, s'y endormirent et ronflèrent." : Emma va rapidement s'ennuyer auprès de Charles.

 

“Mais, au café, tout se ranima ; alors on entama des chansons, on fit des tours de force, on portait des poids, on passait sous son pouce, on essayait à soulever les charrettes sur ses épaules, on disait des gaudrioles, on embrassait les dames.” Métaphore de la vie d’Emma, dès qu’elle découvre une chose nouvelle, elle s’emballe et devient joyeuse mais cela n’est qu’éphémère comme tout ce qu’elle entreprendra


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