Commentaire composé du dénouement de Caligula de Camus, acte IV scène 14

Commentaire composé du dénouement de Caligula de Camus, acte IV scène 14

Photo by Paweł Furman on Unsplash
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Texte

CALIGULA : ACTE IV SCÈNE 14.

 

 

 

Caligula met en scène la figure historique d'un empereur romain. la mort de sa soeur lui fait prendre conscience de l'absurdité de la condition humaine. Dès lors, il entreprend de jouer lui-même le rôle du destin : il détruit et tue tout autour de lui. Il espère qu'ainsi les hommes prendront conscience de l'horreur de leur condition et se révolteront, en se révoltant contre lui. Ce geste de libération, il l'attend d'Hélicon, son ami d'enfance. Voici le dénouement de la pièce.

 

 

Il se tourne sur lui-même, hagard, va vers le miroir.

 

 

CALIGULA

 

Caligula! Toi aussi, toi aussi, tu es coupable. Alors, n'est-ce pas, un petit peu plus, un petit peu moins! Mais qui oserait me condamner dans ce monde sans juge, où personne n'est innocent?(Avec tout l'accent de la détresse, se pressant contre le miroir.) Tu le vois bien, Hélicon n'est pas venu. Je n'aurai pas la lune. Mais qu'il est amer d'avoir raison et de devoir aller jusqu'à la consommation. Car j'ai peur de la consommation. Des bruits d'armes! C'est l'ignorance qui prépare son triomphe. Que ne suis-je à leur place! J'ai peur. Quel dégoût, après avoir méprisé les autres, de se sentir la même lâcheté dans l'âme. Mais cela ne fait rien. La peur non plus ne dure pas. Je vais retrouver ce grand vide où le coeur s'apaise.

 

 

Il recommence à parler, mais d'une voix plus basse et plus concentrée.

 

 

CALIGULA

 

Tout a l'air si compliqué. Tout est si simple pourtant. Si j'avais eu la lune, si l'amour suffisait, tout serait changé. Mais où étancher cette soif? Quel coeur, quel dieu auraient pour moi la profondeur d'un lac? (S'agenouillant et pleurant:)Rien dans ce monde, ni dans l'autre, qui soit à ma mesure. Je sais pourtant, et tu le sais aussi (il tend les bras vers le miroir en pleurant), qu'il suffirait que l'impossible soit. L'impossible! Je l'ai cherché aux limites du monde, aux confins de moi-même. J'ai tendu mes mains,(criant :) je tends mes mains et c'est toi que je rencontre, toujours en face de moi, et je suis pour toi plein de haine. Je n'ai pas pris la voie qu'il fallait, je n'aboutis à rien. Ma liberté n'est pas la bonne. Hélicon! Hélicon! Rien! rien encore. Oh, cette nuit est lourde! Hélicon ne viendra pas : nous serons coupables à jamais! Cette nuit est lourde comme la douleur humaine.

 

 

Des bruits d'armes et des chuchotements s'entendent en coulisse.

 

 

HELICON (surgissant au fond)

 

Garde-toi, Caïus! Garde-toi!

 

 

Une main invisible poignarde Hélicon. Caligula se relève, prend un siège bas dans la main et approche du miroir en soufflant. Il s'observe, simule un bond en avant et, devant le mouvement symétrique de son double dans la glace, lance son siège à toute volée en hurlant :

 

 

CALIGULA

 

À l'histoire, Caligula, à l'histoire.

 

 

le miroir se brise et, dans le même moment, par toutes les issues, entrent les conjurés en armes. Caligula leur fait face, avec un rire fou. Le vieux patricien le frappe dans le dos, Cherea en pleine figure. Le rire de Caligula se transforme en hoquets. Tous frappent. Dans un dernier hoquet, Caligula, riant et râlant, hurle :

 

Je suis encore vivant!

Commentaire composé

Quelle vision du pouvoir donne ce dénouement ?

 

I° Le pouvoir qui rend fou

 

Caligula! Toi aussi, toi aussi, tu es coupable.” absurdité de Caligula, il s’accuse lui même

Tout a l'air si compliqué. Tout est si simple pourtant. “ il se contredit, son discours perd de son sens, il perd la tête

“Je suis encore vivant!”folie de c il se sent vivant au moment où il meurt, paradoxe sa vie est paradoxal il n’aime que les choses mauvaises et qui sont en lien avec la mort

“À l'histoire, Caligula, à l'histoire.” monologue intérieur il se parle à lui-même, reflète sa vie centrée sur lui-même

ce monde sans juge” il ne croit plus à la justice, “personne n'est innocent?” pour lui l’homme est fondamentalement mauvais

Mais qu'il est amer d'avoir raison et de devoir aller jusqu'à la consommation.” dégoût de ce qui est juste, il préfère l’injustice et la cruauté

(S'agenouillant et pleurant:)”  la didascalie le montre faible pour la première fois

Des bruits d'armes!” + “J'ai peur.” Crainte de Caligula dans la mort alors qu’il s’est joué de la vie des autres

Mais où étancher cette soif? Quel coeur, quel dieu auraient pour moi la profondeur d'un lac?” Caligula se damne par son incrédulité et se sent supérieur aux dieux, mépris de la religion

 

“Rien dans ce monde, ni dans l'autre, qui soit à ma mesure.” Il se place au-dessus des dieux, se considère lui-même comme un dieu.

 

 

II° La mort: un moyen de se sentir vivant

 

“Quel dégoût, après avoir méprisé les autres, de se sentir la même lâcheté dans l'âme” La mort lui fait avoir des émotions nouvelles pour lui, manière de sentir vivant

“Hélicon! Hélicon! Rien! rien encore.” Hélicon seul personnage qui le rattache à la vie sur terre, sa seule raison de se sentir vivant est l’attente de la sentence

“Hélicon ne viendra pas : nous serons coupables à jamais!” rapport avec Helicon s’il ne vient pas, il restera vivant à tout jamais, donc coupable

“Je vais retrouver ce grand vide où le coeur s'apaise.” familiarité de Caligula avec la mort, il la connaît au travers des meurtres qu'il a commis.

“J'ai tendu mes mains,(criant :)” didascalie + son action symbolique se place en victime alors qu’il se moque des dieux, il se sent vivant dans ses actions.

“Oh, cette nuit est lourde!” il sent la sentence arriver à travers des sensations physiques , la mort le rend vivant car elle le ramène à sa condition de mortel

“Cette nuit est lourde comme la douleur humaine.” Comparaison poid de la douleur qu’il a fait subir au monde et le poid qui pèse sur lui qui est la mort, c’est à dire que le mal qu’il a donné lui retombe dessus, il se sent vivant

“Je suis encore vivant!” Au moment de mourir il se sent vivant la mort est une manière pour lui de vivre, en effet il n’a fait que tuer lors de sa vie, sa vie se résume donc à la mort.

“Le miroir se brise et, dans le même moment, par toutes les issues, entrent les conjurés en armes.” Son reflet  est représentatif de sa vie, centrée sur lui même, donc la chute du miroir signifie sa mort car c’est la fin de l’image mythique qu'il s'était construite.

 

Conclusion

 

 

Camus à travers le personnage de Caligula nous met en avant la figure du tyran. Tout d’abord il le présente dans ce dénouement comme un personnage vide de toute empathie et de pitié envers l’humain. Le pouvoir abusif de Caligula, a fait que le personnage se place au dessus du genre humain. Camus donne une vision péjorative du pouvoir. En effet la cruauté et la folie de Caligula traduisent la condamnation des régimes totalitaires par Camus.


Si vous étudiez Caligula de Camus en Oeuvre intégrale je vous recommande ce livre



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