Commentaire composé du chapitre 31 du roman Pour qui sonne le glas d'Hemingway

Commentaire composé du chapitre 31 du roman Pour qui sonne le glas d'Hemingway

Photo by Janko Ferlič on Unsplash
Photo by Janko Ferlič on Unsplash

Texte

Extrait du chapitre 31.

Maria raconte à Robert Jordan ce qui lui était arrivé quand les Franquistes ont exécuté les Républicains de son village. Son père, le maire du village, et sa mère tous les deux Républicains, ont été fusillés par les Franquistes. Elle raconte ce qui suit leur mort.

 

"[...] Nous étions attachées par les poignets, une longue file de jeunes filles et de femmes, et ils nous poussaient sur la colline, à travers les rues, jusqu'à la place. Sur la place, ils se sont arrêtés devant une boutique de coiffeur qui était en face de l'hôtel de ville. Là, les deux hommes nous ont regardées et l'un a dit : " celle-là, c'est la fille du maire " et l'autre a dit : " commence par elle. " Alors ils ont coupés la corde de chaque côté de mes poignets et l'un a dit : " refermez la ligne ". Ces deux là m'ont prise par les bras et m'ont fait entrer dans la boutique du coiffeur, et ils m'ont soulevée pour me mettre dans le fauteuil et ils m'y ont maintenue. Je voyais ma figure dans le miroir, et la figure de ceux qui me tenaient, et la figure des trois autres qui se penchaient sur moi, et je ne les connaissais pas. Dans la glace, je me voyais et je les voyais aussi, mais eux ne voyaient que moi. J'avais l'impression d'être dans un fauteuil de dentiste et qu'il y avait plusieurs dentistes, tous fous. Ma figure, c'est à peine si je la reconnaissais à cause du chagrin qui la changeait, mais je la regardais et je savais que c'était moi. Mais j'avais tellement de chagrin que je n'avais pas peur, je ne sentais rien d'autre que mon chagrin. Dans ce temps là j'avais deux nattes, j'ai vu dans la glace qu'un homme levait une des nattes et il l'a tirée si fort que ça m'a fait mal, tout d'un coup, à travers mon chagrin, et il l'a coupée tout près de la tête avec un rasoir. Et je me voyais avec une seule natte et une touffe de cheveux à la place de l'autre. Et puis il a coupé l'autre natte mais sans la tirer, et le rasoir m'a fait une petite entaille à l'oreille, et j'ai vu le sang qui coulait. [...] Donc, il avait coupé les deux nattes tout près de ma tête avec un rasoir, et les autres riaient, et je ne sentais même pas cette coupure à l'oreille, et alors il est venu devant moi et il m'a frappée à travers la figure avec les nattes, pendant que les autres me tenaient, et il disait : " c'est comme ça qu'on fait des nonnes rouges. Ça t'apprendra à t'unir avec tes frères prolétaires. Épouse du Christ Rouge ! " Et il m'a giflée encore et encore avec ces deux nattes qui avaient été à moi, et puis il me les a mises toutes les deux dans la bouche et les a nouées serrées autour de mon cou pour faire un bâillon et les deux qui me tenaient riaient. Alors, celui qui m'avait frappée m'a passé une tondeuse sur tout le crâne ; d'abord depuis le front jusqu'à la nuque, puis en travers sur toute la tête et derrière les oreilles, et ils me tenaient de façon à ce que je voyais, et je pleurais et je pleurais, mais je ne pouvais pas détourner les yeux de l'horreur de ma figure, avec la bouche ouverte et les nattes qui en sortaient, et ma tête qui sortait nue de sous la tondeuse. Et quand il a eu fini, il a pris le flacon d'iode sur l'étagère du coiffeur, ils avaient tué le coiffeur aussi, parce qu'il faisait partie d'un syndicat ; il était étendu devant la porte de la boutique, et ils me l'avaient fait enjamber quand ils m'avaient amenée là, et alors, avec le pinceau du flacon de teinture d'iode, en dessinant les lettres lentement et soigneusement comme un artiste, et je voyais tout cela dans la glace et je ne pleurais plus parce que mon cœur était de nouveau glacé à cause de mon père et de ma mère, et ce qui m'arrivait maintenant n'était rien, et je le savais."



Commentaire composé

 

Par quels procédés Hemingway dénonce-t-il les horreurs de la guerre civile?

 

I) Le tragique

  1. Le pathétique de la de la situation de Maria

 

Sur la place, ils se sont arrêtés devant une boutique de coiffeur qui était en face de l'hôtel de ville- Maria est fille du maire qui va être torturée en face de l'hôtel de ville comme pour marquer une soumission d’un village et la mise à mort d’un symbole de la République.   

 

Alors ils ont coupés la corde de chaque côté de mes poignets et l'un a dit : " refermez la ligne ". - La corde montre l’impuissance de Maria face aux hommes franquistes.

 

Je voyais ma figure dans le miroir, et la figure de ceux qui me tenaient, et la figure des trois autres qui se penchaient sur moi, et je ne les connaissais pas. - elle voyait ces hommes qui vont la torturer qu’elle ne connaît pas et qui veulent seulement faire tomber un symbole ( fille du maire- République) et instaurer la peur chez la population civile.   

 

Ma figure, c'est à peine si je la reconnaissais à cause du chagrin qui la changeait, mais je la regardais et je savais que c'était moi.- le début de la prise de conscience de la métamorphose physique qui symbolise la transformation morale pour la rendre plus visible. Les nattes symbolisent l’enfance et le fait qu’elles soient coupées montre le rite de passage à l'âge adulte qui se fait dans la souffrance. Dans ce cadre, la coupe des nattes symbolisent une mutilation à la fois physique et psychologique.

Et je me voyais avec une seule natte et une touffe de cheveux à la place de l'autre.

Dans ce temps là j'avais deux nattes, j'ai vu dans la glace qu'un homme levait une des nattes et il l'a tirée si fort que ça m'a fait mal, tout d'un coup, à travers mon chagrin, et il l'a coupée tout près de la tête avec un rasoir.

 

Mais j'avais tellement de chagrin que je n'avais pas peur, je ne sentais rien d'autre que mon chagrin- la souffrance morale est encore plus grande que la souffrance physique.  

 

Et il m'a giflée encore et encore avec ces deux nattes qui avaient été à moi, et puis il me les a mises toutes les deux dans la bouche et les a nouées serrées autour de mon cou pour faire un bâillon et les deux qui me tenaient riaient. - le rire est ici diabolique. Les cheveux symbolisent sa beauté qui vont se transformer en sa propre souffrance, l’homme franquiste la punit pour être une femme et la punit encore plus en lui faisant un bâillon qui l'empêchera de parler, or la parole est traditionnellement la seule arme d’une femme. Le plus-que-parfait souligne encore plus l'aspect de mutilation de Maria: ce qui était sa beauté s’est transformé en sa souffrance.

Alors, celui qui m'avait frappée m'a passé une tondeuse sur tout le crâne ; d'abord depuis le front jusqu'à la nuque, puis en travers sur toute la tête et derrière les oreilles, et ils me tenaient de façon à ce que je voyais, et je pleurais et je pleurais, mais je ne pouvais pas détourner les yeux de l'horreur de ma figure, avec la bouche ouverte et les nattes qui en sortaient, et ma tête qui sortait nue de sous la tondeuse. - le fait que les hommes franquistes place Maria devant un miroir marque le point culminant de sa souffrance physique  puisqu’elle perd complètement ses cheveux et morale car il la place devant un miroir.

 

avec le pinceau du flacon de teinture d'iode, en dessinant les lettres lentement et soigneusement comme un artiste, et je voyais tout cela dans la glace et je ne pleurais plus parce que mon cœur était de nouveau glacé à cause de mon père et de ma mère, et ce qui m'arrivait maintenant n'était rien, et je le savais." - Maria est passée finalement à l'âge adulte comme pour mieux gérer ses émotions car il y avait tellement de souffrance que maintenant elle a épuisé tout le réservoir de ses émotions d’un seul coup.



  1. Le pathétique de la de la situation d’une population

 

Nous étions attachées par les poignets, une longue file de jeunes filles et de femmes, et ils nous poussaient sur la colline, à travers les rues, jusqu'à la place.- les hommes ont été auparavant déjà tués pour ne pas qu’ils se révoltent. Seulement les jeunes filles et les femmes sont faites esclaves, certainement dans le but de les violer, comme des animaux poussés sur la colline, ils les isolent de la ville qui montrent une déshumanisation et une volonté de cacher les crimes qui vont être commis.

 

Alors ils ont coupés la corde de chaque côté de mes poignets et l'un a dit : " refermez la ligne ".- le renfermement de la ligne montre l’aliénation du peuple vaincu qui obéit aux ordres des hommes franquistes

 

Sur la place, ils se sont arrêtés devant une boutique de coiffeur qui était en face de l'hôtel de ville- image de Maria, fille du maire,  comme martyre du village soumis. Les autres femmes sont terrorisés puisqu’elle voient le sort qu’ils leurs est réservé.

 

  1. Le règne  de la terreur

 

J'avais l'impression d'être dans un fauteuil de dentiste et qu'il y avait plusieurs dentistes, tous fous- le dentiste a une image de bourreau fou et sadique qui va prendre plaisir à torturer les jeunes filles et femmes du village.

 

Et puis il a coupé l'autre natte mais sans la tirer, et le rasoir m'a fait une petite entaille à l'oreille, et j'ai vu le sang qui coulait : le filet de sang qui coule représente en miniature les flots de sang répandus dans les rues.  

 

Donc, il avait coupé les deux nattes tout près de ma tête avec un rasoir, et les autres riaient, et je ne sentais même pas cette coupure à l'oreille, et alors il est venu devant moi et il m'a frappée à travers la figure avec les nattes, pendant que les autres me tenaient, et il disait : " c'est comme ça qu'on fait des nonnes rouges. - La pauvreté du lexique et l’insertion des paroles rapportées augmente l’impact de sa souffrance sur le lecteur qui est presque écoeuré en lisant ce passage- les franquistes caractérisent les nonnes par la couleur rouge car les républicains ont été aidés par les communistes de plusieurs pays

Ça t'apprendra à t'unir avec tes frères prolétaires. Épouse du Christ Rouge ! " La couleur rouge connote la couleur du communisme et l’image du Christ montre que la foi des républicains était seulement le communisme qu’ils avaient érigé en religion.

 

Et quand il a eu fini, il a pris le flacon d'iode sur l'étagère du coiffeur, ils avaient tué le coiffeur aussi, parce qu'il faisait partie d'un syndicat ; il était étendu devant la porte de la boutique, et ils me l'avaient fait enjamber quand ils m'avaient amenée là, - les hommes franquistes laisse le corps du coiffeur comme un signe de d’avertissement pour les tous les républicains



II) Une écriture de la terreur

  1. Le style haché

 

Je voyais ma figure dans le miroir, et la figure de ceux qui me tenaient, et la figure des trois autres qui se penchaient sur moi, et je ne les connaissais pas - la répétition du “et” et l’utilisation de la juxtaposition montre l'accélération de la respiration de Maria à cause de sa peur.

 

Dans ce temps là j'avais deux nattes, j'ai vu dans la glace qu'un homme levait une des nattes et il l'a tirée si fort que ça m'a fait mal, tout d'un coup, à travers mon chagrin, et il l'a coupée tout près de la tête avec un rasoir.- la juxtaposition marque la souffrance de Maria et l’impact des actions de l’homme franquiste sur elle.

 

Alors, celui qui m'avait frappée m'a passé une tondeuse sur tout le crâne ; d'abord depuis le front jusqu'à la nuque, puis en travers sur toute la tête et derrière les oreilles, et ils me tenaient de façon à ce que je voyais, et je pleurais et je pleurais, mais je ne pouvais pas détourner les yeux de l'horreur de ma figure, avec la bouche ouverte et les nattes qui en sortaient, et ma tête qui sortait nue de sous la tondeuse.- le rythme haché de cette longue phrase connote les sanglots de Maria contrainte de regarder son propre reflet dans le miroir

avec le pinceau du flacon de teinture d'iode, en dessinant les lettres lentement et soigneusement comme un artiste, et je voyais tout cela dans la glace et je ne pleurais plus parce que mon cœur était de nouveau glacé à cause de mon père et de ma mère, et ce qui m'arrivait maintenant n'était rien, et je le savais."



  1. Les répétitions

 

Ces deux là m'ont prise par les bras et m'ont fait entrer dans la boutique du coiffeur, et ils m'ont soulevée pour me mettre dans le fauteuil et ils m'y ont maintenue. - la répétition du conjonction de coordination “et” marque le début des souffrances de Maria et son impuissance face aux franquistes. Cela montre une accélération du temps avec l’enchaînement rapide des événements tragiques.

 

  1. La pauvreté du vocabulaire

 

Là, les deux hommes nous ont regardées et l'un a dit : " celle-là, c'est la fille du maire " et l'autre a dit : " commence par elle. " - la pauvreté du lexique souligne la stupidité des franquistes et l'intégration des paroles rapportées rendent les horreurs qui vont être commises par les franquistes plus vivantes et réalistes et donc encore plus effrayantes.

 

Donc, il avait coupé les deux nattes tout près de ma tête avec un rasoir, et les autres riaient, et je ne sentais même pas cette coupure à l'oreille, et alors il est venu devant moi et il m'a frappée à travers la figure avec les nattes, pendant que les autres me tenaient, et il disait : " c'est comme ça qu'on fait des nonnes rouges. - La pauvreté du lexique et l’insertion des paroles rapportées augmente l’impact de sa souffrance sur le lecteur qui est presque écoeuré en lisant ce passage.    


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