Commentaire composé de Electre de Giraudoux, acte II scène 9

Commentaire composé de Electre de Giraudoux, acte II scène 9

Photo by Joshua Rodriguez on Unsplash
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Texte

LE MENDIANT. – Alors voici la fin. La femme Narsès et les mendiants délièrent Oreste. Il se précipita à travers la cour. Il ne toucha même pas, il n'embrassa même pas Électre. Il a eu tort. Il ne la touchera jamais plus. Et il atteignit les assassins comme ils parlementaient avec l'émeute, de la niche en marbre. Et comme Égisthe penché disait aux meneurs que tout allait bien, et que tout désormais irait bien, il entendit crier dans son dos une bête qu'on saignait. Et ce n'était pas une bête qui criait, c'était Clytemnestre. Mais on la saignait. Son fils la saignait. Il avait frappé au hasard sur le couple, en fermant les yeux. Mais tout est sensible et mortel dans une mère, même indigne. Et elle n'appelait ni Électre, ni Oreste, mais sa dernière fille Chrysothémis, si bien qu'Oreste avait l'impression que c'était une autre mère, une mère innocente qu'il tuait. Et elle se cramponnait au bras droit d'Égisthe. Elle avait raison, c'était sa seule chance désormais dans la vie de se tenir un peu debout. Mais elle empêchait Égisthe de dégainer. Il la secouait pour reprendre son bras, rien à faire. Et elle était trop lourde aussi pour servir de bouclier. Et il y avait encore cet oiseau qui le giflait de ses ailes et l'attaquait du bec. Alors il lutta. Du seul bras gauche sans armes, une reine morte au bras droit avec colliers et pendentifs, désespéré de mourir en criminel quand tout de lui était devenu pur et sacré, de combattre pour un crime qui n'était plus le sien et, dans tant de loyauté et d'innocence, de se trouver l'infâme en face de ce parricide, il lutta de sa main que l'épée découpait peu à peu, mais le lacet de sa cuirasse se prit dans une agrafe de Clytemnestre, et elle s'ouvrit. Alors il ne résista plus, il secouait seulement son bras droit, et l'on sentait que s'il voulait maintenant se débarrasser de la reine, ce n'était plus pour combattre seul, mais pour mourir seul, pour être couché dans la mort loin de Clytemnestre. Et il n'y est pas parvenu. Et il y a pour l'éternité un couple Clytemnestre-Égisthe. Mais il est mort en criant un nom que je ne dirai pas.

 

LA VOIX D'ÉGISTHE, au-dehors. – Électre…

 

LE MENDIANT. – J'ai raconté trop vite. Il me rattrape.

 

Electre - Jean Giraudoux, acte II scène 9


Si vous étudiez Electre de Giraudoux en oeuvre intégrale je vous conseille de lire ce livre


Pour bien comprendre le tragique je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Le mythe d’Electre et de sa famille les Atrides a été le sujet de nombreuses  réécriture par des dramaturges grecs comme Eschyles, Sophole et Euripide. Au XXème siècle, Giraudoux reprend ce mythe et lui donne une nouvelle fonction, la recherche de la vérité.



Comment a travers son réécriture Giraudoux présente-t-il la puissance de la fatalité ?

 

I) L’omniprésence de la mort

 

  1. La mort horrible  de Clytemnestre

Et ce n'était pas une bête qui criait, c'était Clytemnestre.- animalisation de Clytemnestre qui perd tout trait humain avec la métaphore de la bête, qui reste impuissance face à Oreste  

 

Mais on la saignait.- Utilisation de la conjonction de coordination “mais” qui renforce la monstruosité de son meurtre

 

Son fils la saignait. Il avait frappé au hasard sur le couple, en fermant les yeux. Mais tout est sensible et mortel dans une mère, même indigne.-  Mort indigne et barbare de la mère  qui est tuée par son propre fils. Antithèse entre les adjectifs “sensible” et “mortel” qui souligne l’atrocité de sa mort.



Et elle n'appelait ni Électre, ni Oreste, mais sa dernière fille Chrysothémis, si bien qu'Oreste avait l'impression que c'était une autre mère, une mère innocente qu'il tuait.- Image de la mère qui n’est pas coupable. Lors de sa mort, Clytemnestre interpelle son seul enfant qui ne veut pas sa mort.  

 

Et elle se cramponnait au bras droit d'Égisthe.- Image de la mère innocente qui se tourne vers son amant pour se protéger

 

Elle avait raison, c'était sa seule chance désormais dans la vie de se tenir un peu debout.

 

Mais elle empêchait Égisthe de dégainer. - Conjonction d’opposition entre sa propre volonté de survie et le fait qu’elle empêcher elle-même son amant à la protéger en tirant son épée ce qui va causer la mort de ce dernier

 

Il la secouait pour reprendre son bras, rien à faire.- Image de l’amant qui essaye pour la dernière fois de faire revivre Clytemnestre comme de la réveiller d’un rêve

Et elle était trop lourde aussi pour servir de bouclier.



  1. La mort d’Egisthe

Alors il lutta. Du seul bras gauche sans armes, une reine morte au bras droit avec colliers et pendentifs, désespéré de mourir en criminel quand tout de lui était devenu pur et sacré, de combattre pour un crime qui n'était plus le sien et, dans tant de loyauté et d'innocence, de se trouver l'infâme en face de ce parricide, il lutta de sa main que l'épée découpait peu à peu, mais le lacet de sa cuirasse se prit dans une agrafe de Clytemnestre, et elle s'ouvrit. - Les juxtapositions connotent le combat et les coups d’Egisthe et d’Oreste. L’auteur fait d’Egisthe un personnage tragique qui essaye de combattre sans arme une force supérieure

 

Alors il ne résista plus, il secouait seulement son bras droit, et l'on sentait que s'il voulait maintenant se débarrasser de la reine, ce n'était plus pour combattre seul, mais pour mourir seul, pour être couché dans la mort loin de Clytemnestre. Et il n'y est pas parvenu.-  volonté d’Egisthe de combattre et mourir seul.

 

Et il n'y est pas parvenu.- conjonction de coordination “et” qui ralentit le rythme et la tension du texte comme pour connoter le dernier souffle poussée par Egisthe  

Et il y a pour l'éternité un couple Clytemnestre-Égisthe. Mais il est mort en criant un nom que je ne dirai pas. - Egisthe meurt ensemble avec Clytemnestre.

 

II) Les différents traits stylistiques

 

  1. Le rythme du texte (la tension)

Alors voici la fin: le récit du mendiant qui résume les faits à la façon d’un conteur

 La femme Narsès et les mendiants délièrent Oreste: utilisation du passé simple pour souligner l’action de Narses et des mendiants qui délient Oreste comme une bête enragée

Il se précipita à travers la cour.

Il ne toucha même pas, il n'embrassa même pas Électre. - Double utilisation de même pas pour souligner l'état d'esprit coléreux d’Oreste

Il a eu tort. - Phrase simple avec utilisation du passé composé qui monte la tension du lecteur qui veut savoir la suite

Il ne la touchera jamais plus.- Semi-conclusion des phrases qui se poursuivent vite qui peut être une connotation d’Oreste qui cour et qui se précipitent pour tuer  

-  Et il atteignit les assassins comme ils parlementaient avec l'émeute, de la niche en marbre. Et comme Égisthe penché disait aux meneurs que tout allait bien, et que tout désormais irait bien- Double utilisation de la conjonction de coordination “et” qui marque le début des actions d’Oreste ce qui accélère le rythme du texte et qui se contraste avec le calme d’Egisthe.

 

Alors il lutta. Du seul bras gauche sans armes, une reine morte au bras droit avec colliers et pendentifs, désespéré de mourir en criminel quand tout de lui était devenu pur et sacré, de combattre pour un crime qui n'était plus le sien et, dans tant de loyauté et d'innocence, de se trouver l'infâme en face de ce parricide, il lutta de sa main que l'épée découpait peu à peu, mais le lacet de sa cuirasse se prit dans une agrafe de Clytemnestre, et elle s'ouvrit.- les juxtapositions connotent le lourd combat d’Egisthe et les coups d’épée qui tranche petit à petit la main d’Egisthe.

 

  1. Le champs lexical de la souffrance et du combat  

il entendit crier dans son dos une bête qu'on saignait. - Le point culminant du récit. l’Utilisation du verbe “ saigner” marque l'atrocité de la scène du crime  

Elle avait raison, c'était sa seule chance désormais dans la vie de se tenir un peu debout.- Image de la femme mourante qui essaye de s’agripper à sa seule chance de vie pour survivre comme une scène de combat de survie.  

 

Alors il lutta. Du seul bras gauche sans armes, une reine morte au bras droit avec colliers et pendentifs, désespéré de mourir en criminel quand tout de lui était devenu pur et sacré, de combattre pour un crime qui n'était plus le sien et, dans tant de loyauté et d'innocence, de se trouver l'infâme en face de ce parricide, il lutta de sa main que l'épée découpait peu à peu, mais le lacet de sa cuirasse se prit dans une agrafe de Clytemnestre, et elle s'ouvrit. - Les juxtapositions  et le champ lexical du combat connotent le combat et les coups d’Egisthe et d’Oreste.


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