Commentaire composé de Candide de Voltaire, chapitre 3, Comment Candide se sauva d'entre les Bulgares et ce qu'il devint

Commentaire composé de Candide de Voltaire, chapitre 3, Comment Candide se sauva d'entre les Bulgares et ce qu'il devint

Photo by Joshua Newton on Unsplash
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Texte

Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d'abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie héroïque.

 

   Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il prit le parti d'aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d'abord un village voisin ; il était en cendres : c'était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs ; d'autres, à demi brûlées, criaient qu'on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés.

 

   Candide s'enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait à des Bulgares, et des héros abares l'avaient traité de même. Candide, toujours marchant sur des membres palpitants ou à travers des ruines, arriva enfin hors du théâtre de la guerre, portant quelques petites provisions dans son bissac, et n'oubliant jamais Mlle Cunégonde. Ses provisions lui manquèrent quand il fut en Hollande ; mais ayant entendu dire que tout le monde était riche dans ce pays-là, et qu'on y était chrétien, il ne douta pas qu'on ne le traitât aussi bien qu'il l'avait été dans le château de monsieur le baron avant qu'il en eût été chassé pour les beaux yeux de Mlle Cunégonde.

 

Extrait du chapitre 3 de Candide - Voltaire


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Commentaire composé

Problématique : Comment Voltaire dénonce-t-il la guerre dans ce troisième chapitre de son conte philosophique Candide ?



I Voltaire utilise l’ironie pour présenter la guerre comme un spectacle et choquer son lecteur

 

“Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées.” : dès la première phrase Voltaire utilise l’ironie car de toute évidence une armée ne peut pas être la plus belle chose du monde puisqu’elle sert à tuer et détruire.

 

“Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer.”: dans cette phrase, Voltaire utilise de l’ironie car il parle d’instruments et de canons dans la même phrase en les mettant sur le même plan. De plus, il parle d’harmonie ce qui est quelque chose de positif, mais c’est une harmonie infernale.  

 

“Les canons renversèrent d'abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface.”, “la mort de quelques milliers d’hommes”, “Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes.” : l’approximation des chiffres fait penser que l’on parle de soldats de plomb. Ainsi, après nous avoir dit plus haut que la guerre est un spectacle, le narrateur nous montre que la guerre est un jeu. De plus, les termes “coquins qui en infectaient la surface.” semble indiquer que les soldats sont des insectes nuisibles qu’il convient d’éliminer.

 

“Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie héroïque.” : encore une fois, Voltaire utilise de l’ironie car il parle d’une boucherie héroïque. Le terme boucherie renvoie au massacre des animaux, alors que le terme héroïque est un acte de courage, or tuer des soldats innocents n’a rien de courageux.

 

 “là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs” : Voltaire utilise de l’ironie dans cette phrase car il parle des soldats qui ont violé les filles comme héros, alors que normalement un héro doit protéger les femmes et enfants.

 

“arriva enfin hors du théâtre de la guerre” : la guerre est présentée comme un spectacle de marionnettes.  



II Voltaire utilise le pathétique pour émouvoir et toucher son lecteur

 

“Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants,” : dans ce passage Voltaire utilise le pathétique car il nous parle des “tas” de mort, le terme tas voulant dire qu’il y en a tellement qu’on ne peut pas compter.

 

“ Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes” : ici, Voltaire nous montre que les victimes de cette guerre sont des personnes qui ne peuvent pas se défendre contre les soldats. Par exemple, les vieillards ne peuvent pas se défendre contre les jeunes soldats armés. De plus il y a une gradation dans l’horreur, car les femmes sont égorgées avec leurs enfants au sein.

 

“là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs ; d'autres, à demi brûlées, criaient qu'on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés.” : ces phrases nous montrent la violence de cette guerre, comme les filles qui ont été violées par les soldats, des innocents qui ont été tellement blessés qui supplient pour demander la mort et des membres des victimes qui sont partout par terre.

 

“Candide, toujours marchant sur des membres palpitants ou à travers des ruines” : cette phrase nous envoie une image d'énormément de morts et même ceux qui ne sont pas encore morts de leurs blessures meurent étouffés en-dessous des tas de morts.  



III Voltaire fait une critique de la philosophie, de la religion et de la politique

 

“la mousqueterie ôta du meilleur des mondes”, “La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'hommes.”: critique de la philosophie optimiste de Leibniz car un monde où il y a la guerre ne peut pas être le meilleur des mondes.

 

“Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie héroïque.”, “il prit le parti d'aller raisonner ailleurs des effets et des causes.” : tout d’abord, Voltaire critique les philosophes en présentant Candide comme un trouillard, il insinue ainsi que les philosophes sont des bons à rien. De plus il critique les rois car ce sont eux qui envoient à la mort des milliers d’hommes pour des motifs souvent futils.

 

“portant quelques petites provisions dans son bissac, et n'oubliant jamais Mlle Cunégonde.” : encore une fois, Voltaire critique les philosophes car ce philosophe pense à amener sa nourriture et même après avoir vu tous ces morts et ces choses horrible de la guerre, il pense toujours à sa chérie.

 

“Ses provisions lui manquèrent quand il fut en Hollande ; mais ayant entendu dire que tout le monde était riche dans ce pays-là, et qu'on y était chrétien, il ne douta pas qu'on ne le traitât aussi bien qu'il l'avait été dans le château de monsieur le baron avant qu'il en eût été chassé pour les beaux yeux de Mlle Cunégonde.” : Candide se fie aux “on dit” pour s’orienter pendant son voyage, ce qui n’est pas très raisonnable. Et l’on voit qui conserve encore son optimisme malgré les horreurs successives auxquelles il vient d’assister.

 

“Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp,” : ceci est une critique de la religion car les deux rois font la même prière au même dieu et ils espèrent tous les deux avoir la même victoire.

 

“gagna d'abord un village voisin ; il était en cendres : c'était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public” , “Candide s'enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait à des Bulgares, et des héros abares l'avaient traité de même.” : ceci est encore une critique des philosophes en disant qu’ils sont des trouillards car Candide s’enfuit dans d’autres villages. Et surtout cela montre que les deux camps de cette guerre sont également injustes et barbares car tous tuent des innocents en situation de faiblesse. Le crime semble s’équilibrer pour montrer que tous les rois sont cruels et sacrifient leur peuple au lieu de le protéger.


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