Commentaire composé de Stendhal, Le Rouge et le Noir, livre II, chapitre 19

Commentaire composé de Stendhal, Le Rouge et le Noir, livre II, chapitre 19

Photo by Meireles Neto on Unsplash
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Texte

 Plusieurs fois l'idée du suicide s'offrit à lui, cette image était pleine de charmes, c'était comme un repos délicieux, c'était le verre d'eau glacée offert au misérable qui, dans le désert, meurt de soif et de chaleur.

– «Ma mort augmentera le mépris qu'elle a pour moi ! s'écria-t-il. Quel souvenir je laisserai !»

Tombé dans ce dernier abîme du malheur, un être humain n'a de ressource que le courage. Julien n'eut pas assez de génie pour se dire : – «Il faut oser» ; mais comme le soir, il regardait la fenêtre de la chambre de Mathilde, il vit à travers les persiennes qu'elle éteignait sa lumière : il se figurait cette chambre charmante qu'il avait vue, hélas ! une fois en sa vie. Son imagination n'allait pas plus loin.

Une heure sonna; entendre le son de la cloche et se dire : – «Je vais monter avec l'échelle», ne fut qu'un instant.

Ce fut l'éclair du génie, les bonnes raisons arrivèrent en foule.

– «Puis-je être plus malheureux !» se disait-il.

Il courut à l'échelle, le jardinier l'avait enchaînée. A l'aide du chien d'un de ses petits pistolets, qu'il brisa, Julien animé dans ce moment d'une force surhumaine, tordit un des chaînons de la chaîne qui retenait l'échelle ; il en fut maître en peu de minutes, et la plaça contre la fenêtre de Mathilde.

– «Elle va se fâcher, m'accabler de mépris, qu'importe ? Je lui donne un baiser, un dernier baiser, je monte chez moi et je me tue...; mes lèvres toucheront sa joue avant que de mourir !»

Il volait en montant l'échelle, il frappe à la persienne ; après quelques instants Mathilde l'entend, elle veut ouvrir la persienne, l'échelle s'y oppose : Julien se cramponne au crochet de fer destiné à tenir la persienne ouverte, et, au risque de se précipiter mille fois, donne une violente secousse à l'échelle et la déplace un peu. Mathilde peut ouvrir la persienne.

Il se jette dans la chambre plus mort que vif :

– C'est donc toi ! dit-elle en se précipitant dans ses bras.

Qui pourra décrire l'excès du bonheur de Julien ? celui de Mathilde fut presque égal.

 

Stendhal, Le Rouge et le Noir, livre II, chapitre 19


Pour bien comprendre le romantisme je vous conseille de lire ce livre


Commentaire composé

Problématique : Comment narrateur nous transmet-il son affection pour son héros romantique tout en s’amusant de sa maladresse ?

 

I L’intimité entre le narrateur et son personnage (le discours rapporté)

 

– «Ma mort augmentera le mépris qu'elle a pour moi ! s'écria-t-il. Quel souvenir je laisserai !»: Cette phrase nous montre l'intimité entre le narrateur et son personnage car le narrateur rentre dans les pensées du héros.

 

– «Puis-je être plus malheureux !» se disait-il.: Le narrateur omniscient assiste à l’évolution des pensées de Julien qui se morfond sans véritable raison.  

 

– «Elle va se fâcher, m'accabler de mépris, qu'importe ? Je lui donne un baiser, un dernier baiser, je monte chez moi et je me tue...; mes lèvres toucheront sa joue avant que de mourir !»: Dans ce passage le narrateur nous montre que Julien est très sentimentale et très romanesques. Le narrateur retranscrit les pensées du personnage sans transition.

 

“Qui pourra décrire l'excès du bonheur de Julien ? celui de Mathilde fut presque égal.”: Ceci montre que le narrateur est dans les pensées des deux personnages car il pose une question rhétorique, dont il sait déjà comment se sentent les deux personnages.



II La dramatisation du récit

 

Plusieurs fois l'idée du suicide s'offrit à lui, cette image était pleine de charmes, c'était comme un repos délicieux, c'était le verre d'eau glacée offert au misérable qui, dans le désert, meurt de soif et de chaleur.” : Cette phrase nous montre la dramatisation du récit car il compare le suicide avec un repos délicieux, ou comme un verre d’eau, ce qui semble très dramatique. Cette pensée de Julien est très exagérée par rapport à la situation qu’il est en train de vivre puisque le motif qui causerait sa mort est un simple refus de recevoir un baiser sur la joue.

 

– «Puis-je être plus malheureux !» se disait-il.: Julien exagère la situation, car il pourrait vivre des malheurs plus grands que de ne pas donner un baiser sur la joue de Mathilde.

 

“Il courut à l'échelle, le jardinier l'avait enchaînée. A l'aide du chien d'un de ses petits pistolets, qu'il brisa, Julien animé dans ce moment d'une force surhumaine, tordit un des chaînons de la chaîne qui retenait l'échelle ; il en fut maître en peu de minutes, et la plaça contre la fenêtre de Mathilde.”: Le narrateur dramatise la situation en enchaînant une succession d’actions rapides et en montrant que Julien est confronté à des difficultés qu’il doit résoudre en se montrant “héroïque”.

 

“elle veut ouvrir la persienne, l'échelle s'y oppose : Julien se cramponne au crochet de fer destiné à tenir la persienne ouverte, et, au risque de se précipiter mille fois, donne une violente secousse à l'échelle et la déplace un peu. Mathilde peut ouvrir la persienne.” : La dramatisation du récit est présente dans cette phrase car un simple devoir semble etre tres dur pour Julien. Le narrateur utilise des mots comme “cramponne” et “violente” ce qui nous donne l’impression que Julien fait quelque chose de très difficile. Mais aussi, cela montre que Julien est très maladroit et impulsif car si Mathilde ouvre les volets, elle fait tomber l'échelle, donc Julien n’a pas du tout réfléchi à ce qu’il a fait.

 

“C'est donc toi ! dit-elle en se précipitant dans ses bras.” : Le narrateur dramatise la situation en faisant en sorte que Mathilde est supérieure à Julien et qu’elle a plus de force que lui.

 

 

III La distance critique du narrateur par rapport à son personnage

 

Julien est présenté comme un personnage très orgueilleux qui se soucie plus de sa réputation que de son amour pour lequel il dit pourtant risquer sa vie : “Quel souvenir je laisserai !”.

 

Julien est un personnage calculateur puisqu’il passe son temps à imaginer ce que Mathilde pense et comment il pourrait la manipuler : “Ma mort augmentera le mépris qu'elle a pour moi !”

 

“Tombé dans ce dernier abîme du malheur, un être humain n'a de ressource que le courage.”: Ce passage nous montre la critique du narrateur par rapport à son personnage car il fait un commentaire qui ridiculise son héro, mais cela montre aussi que le narrateur est omniscient.

 

Julien n'eut pas assez de génie pour se dire : – «Il faut oser» : Encore une fois le narrateur ridiculise son personnage, ici il critique le fait que son héro n’a pas de courage, et pas d’intelligence non plus. D’ailleurs, Julien est également dépourvu d’imagination : “il se figurait cette chambre charmante qu'il avait vue, hélas ! une fois en sa vie. Son imagination n'allait pas plus loin.”, la déception du narrateur à l’égard du héros est soulignée par “hélas !”.

 

“Ce fut l'éclair du génie” : Le narrateur critique encore une fois l'intelligence de son personnage car il ne faut pas grand chose pour prendre une échelle pour grimper à la fenêtre de quelqu'un.

 

Julien animé dans ce moment d'une force surhumaine” : Le narrateur ridiculise son personnage présenté comme un héros de pacotille tout juste capable de détacher une échelle : “il en fut maître en peu de minutes”.

 

Le narrateur nous transmet son affection pour son héros tout en s’amusant de sa maladresse : “Il se jette dans la chambre plus mort que vif” : Le narrateur se moque de la fragilité de Julien, épuisé après avoir réussi à entrer dans la chambre de Mathilde.


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