Commentaire composé de Phèdre de Racine, acte I scène 3, la scène de l'aveu

Commentaire composé de Phèdre de Racine, acte I scène 3, la scène de l'aveu

Photo by Cristian Newman on Unsplash
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Texte

ŒNONE

Que faites-vous, madame ? et quel mortel ennui

Contre tout votre sang vous anime aujourd’hui ?

 

PHÈDRE

Puisque Vénus le veut, de ce sang déplorable

Je péris la dernière et la plus misérable.

 

ŒNONE

Aimez-vous ?

 

PHÈDRE

                  De l’amour j’ai toutes les fureurs.

 

ŒNONE

Pour qui ?

 

PHÈDRE

             Tu vas ouïr le comble des horreurs…

J’aime… À ce nom fatal, je tremble, je frissonne.

J’aime…

 

ŒNONE

           Qui ?

 

PHÈDRE

                  Tu connais ce fils de l’Amazone,

Ce prince si longtemps par moi-même opprimé…

 

ŒNONE

Hippolyte ? Grands dieux !

 

PHÈDRE

                                     C’est toi qui l’as nommé !

 

ŒNONE

Juste ciel ! tout mon sang dans mes veines se glace !

Ô désespoir ! ô crime ! ô déplorable race !

Voyage infortuné ! Rivage malheureux,

Fallait-il approcher de tes bords dangereux !

 

PHÈDRE

Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée

Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,

Mon repos, mon bonheur semblait être affermi ;

Athènes me montra mon superbe ennemi :

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;

Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;

Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;

Je sentis tout mon corps et transir et brûler :

Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,

D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables !

 

 

Phèdre de Racine, acte I scène 3


Si vous étudiez Phèdre de Racine en oeuvre intégrale je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Problématique : On montrera comment cet extrait exprime le caractère tragique de la passion chez Racine tout en répondant au besoin de “compléter l’exposition” en ce début de pièce. 

 

1/. Des aveux douloureux.

 

Phèdre utilise un moyen détourné pour ne pas avouer ses sentiments, “De l’amour j’ai toutes les fureurs”.

 

Les questions d’Oenone sont de plus en plus pressantes : “Aimez-vous ?” d’abord trois syllabes, “Pour qui ?” puis deux et enfin, “Qui ?” une seule qui met Phèdre au pied du mur. A partir de ce moment elle n’aura plus la possibilité de se soustraire aux questions et devra avouer.

 

La périphrase ici : “Tu connais ce fils de l’Amazone, Ce prince si longtemps par moi-même opprimé…” elle ne veut absolument pas prononcer son nom car c’est trop douloureux pour elle. Même quand Oenone dira que c’est de Hippolyte qu’on parle Phèdre répond soudainement “C’est toi qui l’as nommé !” comme pour se décharger d’une partie de sa faute.

 

2/. En quoi cette scène fait-elle avancer l’intrigue ?

 

On apprend que Phèdre a compris que pour elle il n’y a pas d’autre issue que la mort “Je péris la dernière et la plus misérable”.

 

La question ”Aimez-vous ?” ici est une question brutale car elle vient soudainement et elle oblige Phèdre à passer aux aveux. Par conséquent le spectateur va découvrir le noeud de l’intrigue.

 

“Hippolyte ? Grands dieux !” La stupeur et l’effroi d’Oenone qui découvre que Phèdre aime Hippolyte est partagée par le spectateur.

 

“À peine au fils d'Egée Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée, Mon repos, mon bonheur semblait être affermi” : Phèdre nous narre le début de son mariage avec Thésée et comment elle est tombée amoureuse d’Hippolyte. Et là de façon surprenante elle semble vouloir dire que c’est de la faute du jeune homme “superbe”, c’est-à-dire fort, beau et orgueilleux, si la pauvre femme est tombée amoureuse de lui.

 

3/. Une scène tragique.

 

“mortel ennui” champ lexical de la mort car l’ennui est un état dépressif qui conduit au suicide, au 17ème siècle le mot est beaucoup plus fort qu’aujourd’hui.

 

Notion de fatalité et de destin qui s’acharne contre le personnage de Phèdre puisque la déesse Vénus pour se venger voulait détruire sa famille :

Puisque Vénus le veut, de ce sang déplorable

Je péris la dernière et la plus misérable.

 

Juste ciel ! tout mon sang dans mes veines se glace ! Ô désespoir ! ô crime ! ô déplorable race ! Voyage infortuné ! Rivage malheureux, Fallait-il approcher de tes bords dangereux !” Tout ceci montre la force du tragique : “Ô désespoir ! ô crime ! ô déplorable race !” les mots sont tous plus graves les uns que les autres. Oenone est la voix de la sagesse ici car elle dit que la famille de Phèdre est maudite.

 

“Mon mal vient de plus loin.” Rappel de la malédiction de Vénus dont Phèdre est consciente.

 

“Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ; Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ; Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler” Ici, Phèdre est la “victime” de la déesse . Le thermes “je rougis” nous montre qu'elle a honte. “Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue” Rythme ternaires 3;3;6 c’est une gradation. Il y a aussi une insistance sur le thème du regard: “je le vis”, “à sa vue”. On remarque également une antithèse avec 2 thermes de couleur : “je rougis” rouge et “je pâlis” blanc. L’amour est vécu par Phèdre comme une maladie mortelle. Racine donne une vision très négative de l’amour qui semble un outil utilisé par les dieux et le destin pour tourmenter et détruire les humains. “Je sentis tout mon corps et transir et brûler”.

 

“Je reconnus Vénus et ses feux redoutables, D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables !” : Phèdre explique qu’avec sa “rage” Vénus va la tuer car elle s’acharne contre sa famille et elle sait qu’il est impossible de lui lui échapper.


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