Commentaire composé du portrait de Hauteclaire dans Le Bonheur dans le crime - Jules Barbey d'Aurévilly

Commentaire composé du portrait de Hauteclaire dans Le Bonheur dans le crime - Jules Barbey d'Aurévilly

Photo by Gwen Weustink on Unsplash
Photo by Gwen Weustink on Unsplash

Texte

Je ne la voyais alors que de profil ; mais, le profil, c'est l'écueil de la beauté ou son attestation la plus éclatante. Jamais, je crois, je n'en avais vu de plus pur et de plus altier. Quant à ses yeux, je n'en pouvais juger, fixés qu'ils étaient sur la panthère, laquelle, sans doute, en recevait une impression magnétique et désagréable, car, immobile déjà, elle sembla s'enfoncer de plus en plus dans cette immobilité rigide, à mesure que la femme, venue pour la voir, la regardait ; et - comme les chats à la lumière qui les éblouit - sans que sa tête bougeât d'une ligne, sans que la fine extrémité de sa moustache, seulement, frémît, la panthère, après avoir clignoté quelque temps, et comme n'en pouvant pas supporter davantage, rentra lentement, sous les coulisses tirées de ses paupières, les deux étoiles vertes de ses regards. Elle se claquemurait.

 

   - Eh ! eh ! panthère contre panthère ! - fit le docteur à mon oreille ; - mais le satin est plus fort que le velours.

 

   Le satin, c'était la femme, qui avait une robe de cette étoffe miroitante - une robe à longue traîne. Et il avait vu juste, le docteur ! Noire, souple, d'articulation aussi puissante, aussi royale d'attitude, - dans son espèce, d'une beauté égale, et d'un charme encore plus inquiétant, - la femme, l'inconnue, était comme une panthère humaine, dressée devant la panthère animale qu'elle éclipsait ; et la bête venait de le sentir, sans doute, quand elle avait fermé les yeux. Mais la femme - si c'en était un - ne se contenta pas de ce triomphe. Elle manqua de générosité. Elle voulut que sa rivale la vît qui l'humiliait, et rouvrît les yeux pour la voir. Aussi, défaisant sans mot dire les douze boutons du gant violet qui moulait son magnifique avant-bras, elle ôta ce gant, et, passant audacieusement sa main entre les barreaux de la cage, elle en fouetta le museau court de la panthère, qui ne fit qu'un mouvement... mais quel mouvement ! ... et d'un coup de dents, rapide comme l'éclair ! ... Un cri partit du groupe où nous étions. Nous avions cru le poignet emporté : Ce n'était que le gant. La panthère l'avait englouti. La formidable bête outragée avait rouvert des yeux affreusement dilatés, et ses naseaux froncés vibraient encore...


   Le Bonheur dans le crime - Jules Barbey d'Aurévilly


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Commentaire composé

 

En quoi ce portrait, écrit par Jules Barbey d’Aurévilly, présente-il un personnage à la fois fascinant et inquiétant qui semble plus panthère que femme.

 

I. La dramatisation du récit

 

“Je ne la voyais alors que de profil ; mais, le profil, c'est l'écueil de la beauté ou son attestation la plus éclatante” : Tout le texte est basé sur le regard, le narrateur évoque la scène avec un regard de peintre, prêtant attention à sa beauté exceptionnelle et sa séduction car c’est en partie grâce à cette arme que Hauteclaire est fascinante et c’est aussi ce qui lui permet de cacher son crime car elle semble figée comme une statue, ne laissant paraître aucune émotion.

 

“Jamais, je crois, je n'en avais vu de plus pur et de plus altier”: Le narrateur pose le cadre de l’action qui va avoir lieu et précise que cette femme a une splendeur exceptionnelle.

 

La troisième phrase, très longue, met en place une tension entre les deux êtres. “Elle se claquemurait” : Cette phrase arrive brutalement, et on entend le son claque pour signifier que la panthère reçoit une claque de la part de la femme.

 

“les coulisses tirées” : champ lexical du théâtre montrant la fin de l’apparition de la panthère.

 

“fit le docteur à mon oreille” évocation au discours direct pour accentuer l’aspect théâtral de la scène.

 

“qui ne fit qu'un mouvement... mais quel mouvement ! ... et d'un coup de dents, rapide comme l'éclair ! [...] Nous avions cru le poignet emporté : Ce n'était que le gant” coup de théâtre puisque la panthère se défend et Hauteclaire n’en n’a pas une égratignure.

 

“Un cri partit du groupe où nous étions. Nous avions cru le poignet emporté : Ce n'était que le gant.” Le groupe, venu voir la bête, assiste à une pièce de théâtre. Hauteclaire vole la vedette à la panthère.




II. Le parallèle entre la femme et la panthère

 

“sans que sa tête bougeât d'une ligne, sans que la fine extrémité de sa moustache, seulement, frémît” Il y a une confrontation immobile entre les deux rivales, la panthère parvient à garder son calme malgré la provocation.

“les deux étoiles vertes de ses regards” On voit la beauté de la panthère dans cette métaphore, comparant ses yeux avec les étoiles. Cela montre une supériorité de la panthère par rapport aux autres bêtes. On assiste alors à un duel au sommet de la beauté et de la noblesse.

“panthère contre panthère ! [...] mais le satin est plus fort que le velours” Métaphore représentant les deux combattantes d’abord comme étant toutes deux des bêtes féroces, et puis en évoquant leurs robes de par leurs tissus.

 

“une robe à longue traîne” : Hauteclaire souhaite se faire remarquer, en s’habillant de façon très riche et voyante. De plus, la traîne de la robe fait écho à la longue queue de la panthère.

 

“Noire, souple, d'articulation aussi puissante, aussi royale d'attitude, - dans son espèce, d'une beauté égale, et d'un charme encore plus inquiétant, - la femme, l'inconnue, était comme une panthère humaine, dressée devant la panthère animale qu'elle éclipsait” : le narrateur file la métaphore de la panthère.

 

“la femme - si c'en était un” Doute du narrateur qui ne voit plus la différence entre une femme et une panthère.

 

“La panthère l'avait englouti. La formidable bête outragée avait rouvert des yeux affreusement dilatés, et ses naseaux froncés vibraient encore…” : La panthère résiste à l’humiliation. Cela montre le courage de Hauteclaire à dompter une bête féroce sans en avoir ni les outils ni l'expérience. Sa supériorité vient uniquement de son moral.




III. La supériorité de la femme : un épisode fantastique et révélateur

“immobile déjà, elle sembla s'enfoncer de plus en plus dans cette immobilité rigide, à mesure que la femme, venue pour la voir, la regardait” : La panthère devient immobile comme une statue à cause du magnétisme de Hauteclaire qui semble avoir un pouvoir magique sur l’animal.

 

“comme les chats à la lumière qui les éblouit”: Le félin, grand chasseur, est comparé à un simple animal domestique pour montrer que cet animal puissant paraît faible devant la force morale de Hauteclaire.

 

“la panthère, après avoir clignoté quelque temps, et comme n'en pouvant pas supporter davantage, rentra lentement” : Le fauve admet sa défaite, et bat en retraite, phénomène appuyé par son clignotement similaire à celui d’une lampe qui va s’éteindre.

 

“Elle manqua de générosité. Elle voulut que sa rivale la vît qui l'humiliait”: Souligne la cruauté et le manque d’humanité du personnage, voulant embarrasser l’adversaire déjà battu.

 

“Aussi, défaisant sans mot dire les douze boutons du gant violet qui moulait son magnifique avant-bras, elle ôta ce gant, et, passant audacieusement sa main entre les barreaux de la cage, elle en fouetta le museau court de la panthère” Attitude de défi de la femme envers la panthère.


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