Commentaire composé de Utopie de Thomas More

Commentaire composé de Utopie de Thomas More

Photo by Warren Wong on Unsplash
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Texte

La ville est reliée à la rive opposée par un pont qui n'est pas soutenu par des piliers ou des pilotis, mais par un ouvrage en pierre d'une fort belle courbe. Il se trouve dans la partie de la ville qui est la plus éloignée de la mer, afin de ne pas gêner les vaisseaux qui longent les rives. Une autre rivière, peu importante mais paisible et agréable à voir, a ses sources sur la hauteur même où est située Amaurote, la traverse en épousant la pente et mêle ses eaux, au milieu de la ville, à celles de l'Anydre. Cette source, qui est quelque peu en dehors de la cité, les gens d'Amaurote l'ont entourée de remparts et incorporée à la forteresse, afin qu'en cas d'invasion elle ne puisse être ni coupée ni empoisonnée. De là, des canaux en terre cuite amènent ses eaux dans les différentes parties de la ville basse. Partout où le terrain les empêche d'arriver, de vastes citernes recueillent l'eau de pluie et rendent le même service.

 

   Un rempart haut et large ferme l'enceinte, coupé de tourelles et de boulevards ; un fossé sec mais profond et large, rendu impraticable par une ceinture de buissons épineux, entoure l'ouvrage de trois côtés ; le fleuve occupe le quatrième.

 

   Les rues ont été bien dessinées, à la fois pour servir le trafic et pour faire obstacle aux vents. Les constructions ont bonne apparence. Elles forment deux rangs continus, constitués par les façades qui se font vis‑à‑vis, bordant une chaussée de vingt pieds de large. Derrière les maisons, sur toute la longueur de la rue, se trouve un vaste jardin, borné de tous côtés par les façades postérieures.

 

   Chaque maison a deux portes, celle de devant donnant sur la rue, celle de derrière sur le jardin. Elles s'ouvrent d'une poussée de main, et se referment de même, laissant entrer le premier venu. Il n'est rien là qui constitue un domaine privé. Ces maisons en effet changent d'habitants, par tirage au sort, tous les dix ans. Les Utopiens entretiennent admirablement leurs jardins, où ils cultivent des plants de vigne, des fruits, des légumes et des fleurs d'un tel éclat, d'une telle beauté que nulle part ailleurs je n'ai vu pareille abondance, pareille harmonie. Leur zèle est stimulé par le plaisir qu'ils en retirent et aussi par l'émulation, les différents quartiers luttant à l'envi à qui aura le jardin le mieux soigné. Vraiment, on concevrait difficilement, dans toute une cité, une occupation mieux faite pour donner à la fois du profit et de la joie aux citoyens et, visiblement, le fondateur n'a apporté à aucune autre chose une sollicitude plus grande qu'à ces jardins.

 

Extrait de Utopie (1516) - Thomas More (1478 - 1535)


Pour bien comprendre ce qu'est une utopie je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Comment Thomas More utilise-t-il le genre de l’utopie pour dénoncer la guerre ?

 

En 1516, François I renonce enfin au trône du Royaume de Naples à Charles Quint grâce au traité de Noyon qui met fin à une longue période de guerre et rivalité entre la France et L’Espagne. A cette même date, Thomas More rédige l’Utopie, un monde imaginaire parfait afin de dénoncer par effet de miroir les guerres sanguinaires qui déchiraient l’Europe. Dans cet extrait, il décrit la forteresse de l’Utopie ainsi que la vie quotidienne des ses habitants. Nous étudierons comment Thomas More utilise le genre de l’utopie pour dénoncer la guerre. Dans un premier temps nous étudierons le fonctionnement de l’utopie puis nous analyserons la dénonciation de la Guerre a travers cette ville parfaite.




I) Une utopie

 

- “La ville est reliée à la rive opposée par un pont qui n'est pas soutenu par des piliers ou des pilotis, mais par un ouvrage en pierre d'une fort belle courbe.” - Par cette phrase, le narrateur décrit la beauté du pont et sa solidité dûe à l’avance technique des Utopiens.

 

- “Il se trouve dans la partie de la ville qui est la plus éloignée de la mer, afin de ne pas gêner les vaisseaux qui longent les rives.” -  Le narrateur utilise le présent d'éternité pour souligner que la ville d’Utopie est intemporelle à cause de sa parfaite conception.

 

- “Une autre rivière, peu importante mais paisible et agréable à voir, a ses sources sur la hauteur même où est située Amaurote, la traverse en épousant la pente et mêle ses eaux, au milieu de la ville, à celles de l'Anydre.”- le narrateur décrit un paysage presque onirique à cause du champ lexical de la sérénité et de l’harmonie: “ paisible”, “agréable”, “épousant” et “mêle”.   

 

- “Cette source, qui est quelque peu en dehors de la cité, les gens d'Amaurote l'ont entourée de remparts et incorporée à la forteresse, afin qu'en cas d'invasion elle ne puisse être ni coupée ni empoisonnée.”- Les Utopiens ont construit une forteresse pour protéger leur univers afin de vivre en autarcie car l’utopie est toujours un monde clos.  

 

- “De là, des canaux en terre cuite amènent ses eaux dans les différentes parties de la ville basse. Partout où le terrain les empêche d'arriver, de vastes citernes recueillent l'eau de pluie et rendent le même service.”- Le narrateur insiste sur les aménagements construits par les Utopiens ce qui souligne encore une fois l’avancée technique des Utopiens par rapport aux Européens.

 

- “Chaque maison a deux portes, celle de devant donnant sur la rue, celle de derrière sur le jardin. Elles s'ouvrent d'une poussée de main, et se referment de même, laissant entrer le premier venu.”- Comme l'extérieur de la forteresse est verrouillé et les remparts sont infranchissables, les Utopiens ne ferment pas leurs portes : leurs concitoyens sont tous honnête par opposition avec ceux de l'extérieur.

 

- “Il n'est rien là qui constitue un domaine privé. Ces maisons en effet changent d'habitants, par tirage au sort, tous les dix ans.”- Dans la ville d’Utopie, il n’y a pas de propriétés privées et les habitants échangent leur maison à chaque décennie, ce qui  est un fort symbole d'égalité sociale.   

 

- “Les Utopiens entretiennent admirablement leurs jardins, où ils cultivent des plants de vigne, des fruits, des légumes et des fleurs d'un tel éclat, d'une telle beauté que nulle part ailleurs je n'ai vu pareille abondance, pareille harmonie.” - Le narrateur qui a visité l’Utopie décrit un paradis terrestre grâce à l'énumération des cultures dans leurs jardins. Cette figure insiste encore une fois sur l’autarcie des Utopiens.

 

- “Leur zèle est stimulé par le plaisir qu'ils en retirent et aussi par l'émulation, les différents quartiers luttant à l'envi à qui aura le jardin le mieux soigné.”- Les Utopiens organisent un concours pour savoir qui a le plus beau jardin, sachant que dans tous les cas, les récoltes seront partagées entre tous.

 

- “Vraiment, on concevrait difficilement, dans toute une cité, une occupation mieux faite pour donner à la fois du profit et de la joie aux citoyens et, visiblement, le fondateur n'a apporté à aucune autre chose une sollicitude plus grande qu'à ces jardins.” - Le narrateur termine sa description avec le pronom personnel indéfini “on” qui lui permet d’inclure le lecteur dans son raisonnement sur l’Utopie. Il précise que la société utopienne est fondée sur l’altruisme et non pas sur la propriété qui crée des inégalités.  



II) Une dénonciation de la guerre

 

  • “Cette source, qui est quelque peu en dehors de la cité, les gens d'Amaurote l'ont entourée de remparts et incorporée à la forteresse, afin qu'en cas d'invasion elle ne puisse être ni coupée ni empoisonnée.” - Le narrateur intègre la description de la forteresse dans un contexte harmonieux.  Le forteresse devient elle aussi un symbole de la paix  puisque toute sa construction est basée sur la fonction défensive. Cette description montre aussi que la technique de guerre des Européens sont inhumaine et honteuse puisqu’ils ont l’habitude d'empoisonner l’eau ou de couper son approvisionnement. Cette méthode employée lors des sièges provoque la mort de centaines d’innocents. Faire le siège d’une ville, c’est mener une guerre déloyale puisqu’on attaque pas des soldats mais des population sans défense.    

 

  • “Un rempart haut et large ferme l'enceinte, coupé de tourelles et de boulevards ; un fossé sec mais profond et large, rendu impraticable par une ceinture de buissons épineux, entoure l'ouvrage de trois côtés ; le fleuve occupe le quatrième.” - Le narrateur fait une description de la forteresse qui est rendue infranchissable par les buissons épineux et le fleuve. D’ailleurs il démontre aussi par cette description que c’est un monde impénétrable et que les Utopiens sont conscients de leur monde parfait et sont décidés à le protéger. Le narrateur démontre que la nature humaine est de vouloir s’emparer de ce qu’on ne possède pas. Les utopiens ont une grande connaissance du monde qui l'entoure et c’est la raison pour laquelle, ils veulent s’en préserver. Leur civilisation n’ayant pas l’esprit de propriété, rien n’est prévu pour attaquer. Cela montre aussi qu’il n’ont pas d’esprit de vengeance envers ceux qui les attaquent puisque rien n’est prévu pour riposter. La vision de la guerre des utopiens montre à quel point c’est un peuple pacifique.   



Conclusion : A travers cet extrait, Thomas More défend les idées de l’humanisme en décrivant un monde parfait où règne la paix et l'égalité pour critiquer les méthodes de guerres Européennes et l’idée de propriété.

 

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2ème version de ce commentaire composé

 

Axe 1: La ville

 

On relève une cohérence dans les choix qui ont guidé la construction de la ville par les compléments de but : “afin de ne pas gêner” (l.7), “afin qu’en cas d’invasion elle ne puisse” (l.11), “pour servir” (l.18). L’accent est ainsi mis sur l’intention qui a présidé à l’établissement de la ville. Emplacement choisi avec soin: voisinage de mer qui permet le trafic maritime (l.7), fleuve qui permet de communiquer avec l’intérieur des terres, ville en hauteur (l.9) et ville basse (l.13) + une forteresse (l.11) qui lui permet de se défendre des “invasions” (l.11) ce qui est une survivance médiévale. La rivière est essentielle car elle assure l’approvisionnement en eau: préoccupation importante de l’époque. Son importance est soulignée par le champ lexical de l’eau: “fleuve” (l.2 et 17), “rive” (l.3 et 7), “mer” (l.7), “sources” (l.4 et 10), “eaux” (l.9, 12 et 14), “canaux” (l.12) et “citernes” (l.13). Tous les éléments utiles au fonctionnement et à la sécurité de la ville sont protégés comme le montre l’importance du champ lexical des ouvrages de la défense: “forteresse” (l.11), “rempart...haut...large...enceinte...tourelle...fosse” (l.15). L’accent est mis sur la solidité (l.6): l’utilisation de la pierre exprime la volonté d’inscrire la construction dans le temps. Avec les précisions du complément circonstanciel de but (“pour servir...vents” aux lignes 23-24), apparaît une préoccupation économique ainsi que la recherche d’un certain confort dans la voirie. Enfin, la disposition des maisons n’est pas faite au hasard: le pluriel, les indications “deux rangs… vis” (l.19) évoquent une recherche de symétrie liée à l’esthétisme de la Renaissance et des similitudes qui reflètent la recherche d’une société sans classes. Les rues sont très larges (“vingt pieds de large” à la ligne 20) s’opposent implicitement aux ruelles étroites des villes médiévales. Elles permettent la circulation des véhicules et assurent une meilleure hygiène par rapport aux ruelles médiévales qui servaient de dépotoir. La présence de jardins à la ligne 22 pourrait sembler superflue dans une construction où tout a une utilité; mais ces jardins permettent de cultiver de quoi se nourrir (l.26), ce qui permet de vivre en autarcie. 

 

Axe 2: Un mouvement progressif

 

L’observation des différents paragraphes fait apparaître dans la vision de la ville une progression du général au particulier. Le premier et le deuxième paragraphes (l.1 à 4) nomment la ville par un toponyme “Amaurote” ainsi que le fleuve “Anydre”. Il la situe géographiquement dans son ensemble “pente...colline” (l.1), en donnant sa géométrie générale “carrée” (l.2), “largeur” (l.2), “longueur” (l.3). Les troisième et quatrième paragraphes (l.5 à 14) présentent une vision générale du site et de ses principaux éléments naturels: la mer, le fleuve, la rivière et sa source avec la protection de celle-ci. Une hauteur et une partie basse dessinent le contexte géographique. Le pont, les canaux, les citernes sont les premiers éléments visibles. Dans le cinquième paragraphe (l.15 à 17), la description du rempart et l’évocation des protections naturelles qui entourent la cité suggèrent un premier rapprochement. Le sixième paragraphe (l.18 à 20) fait pénétrer à l’intérieur de la ville: les termes “rues” et “chaussée” d’une part, puis “constructions”, “façades” et “jardins” d’autre part donnent à voir le quartier dans son ensemble de l’extérieur des maisons. Dans le septième paragraphe (l.21 à 30), les allusions à la porte qui s’ouvre (l.31) évoquent brièvement l’intérieur des habitations. L’attention portée aux jardins avec son champ lexical: “vigne”, “fruits”, “fleurs”, “plantes” constitue une seconde manière de pénétrer à l’intérieur du domaine particulier des utopiens 

 

Axe 3: Une société idéale

 

La ressemblance des maisons marquée par le pluriel (l.21) suggère l’égalité sociale entre les habitants. Cette organisation est confirmée par la mention des deux portes sans clés: la formulation “laissant entrer le premier venu” (l.31) fait apparaître en effet l’idée d’absence de toute propriété privée soulignée par le verbe “anéantir” et le complément circonstanciel de but “pour...absolue”. La référence à l’échange des maisons “ces maisons...dix ans” (l.25) confirme cette volonté d’égalité sociale et met en place l’idée d’une harmonie sociale. Se développe aussi l’affirmation d’une perfection des habitants. De l’évocation des jardins on relève une grande densité de superlatifs: “tant de science et de goût” (l.27), “plus de fertilité et d’abondance” (l.28), “plus gracieux” (l.28), “jardin le mieux cultivé” (l.30), le nom “plaisir” (l.36). A travers cet éloge des jardins se profile l’éloge d’habitants capables d’entretenir aussi bien des espaces qui ne leur appartiennent pas et donc capables d’oeuvrer pour la collectivité. L’harmonie naît de cet effort commun pour le bien commun. Dans cette utopie, on peut voir l’expression de certains idéaux. La configuration de la ville correspond à un idéal d’urbanisme: si certains aspects (la forteresse) évoquent encore la ville médiévale, on peut voir dans les constructions de pierre, dans la largeur des rues, dans l’alignement des façades, dans les jardins, les recherches des architectes de la Renaissance. De plus, une telle ville présente une sécurité pour les habitants protégés des agressions extérieures, de la sécheresse, de la faim. La construction des maisons montre la volonté d’une meilleure hygiène: la référence aux deux portes (l.22) illustre l’idée d’aération des maisons pour un meilleur air. De même l’utilisation du verre permet une aération et de la luminosité. Enfin, cette société est basée sur la vertu des habitants. Cette vertu s’exprime dans la mise en oeuvre de l’égalité sociale et des efforts pour le bien de tous (l.23). 

 


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