Commentaire composé du poème en prose "L'huître" de Francis Ponge

Commentaire composé du poème en prose "L'huître" de Francis Ponge, extrait du Parti pris des choses

Photo by Charlotte Coneybeer on Unsplash
Photo by Charlotte Coneybeer on Unsplash

Texte

L'huître

     L'huître, de la grosseur d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C'est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l'ouvrir : il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles : c'est un travail grossier. Les coups qu'on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d'une sorte de halos.

     A l'intérieur l'on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d'en dessus s'affaissent sur les cieux d'en dessous, pour ne plus former qu'une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l'odeur et à la vue, frangé d'une dentelle noirâtre sur les bords.

     Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d'où l'on trouve aussitôt à s'orner.

 

Francis Ponge - Le parti pris des choses (1942)


Pour bien analyser les poèmes je vous recommande de lire ce livre de méthodologie


Commentaire composé

Comment dans ce poème en prose qui semble décrire un objet du quotidien, Francis Ponge nous interroge-t-il sur le processus de l’écriture poétique et sur la possibilité de créer un monde meilleur grâce à la poésie ?




I Une description réaliste de l’huître

 

“L'huître, de la grosseur d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre.” : description réaliste

 

“C'est un monde opiniâtrement clos.” : l’huître ne s’ouvre pas facilement. “Pourtant on peut l'ouvrir”

 

“il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois.” : cette phrase semble sortie d’un manuel de cuisine.

 

“Les doigts curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles : c'est un travail grossier.” : pour ouvrir une huître il faut être prudent.



II Une métaphore de l’écriture poétique

 

“d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre.” : la poésie est plus difficile à comprendre “rugueuse” que les autres genres littéraires. Les poèmes sont tous différents et uniques “d’une couleur moins unie”. L’oxymore “brillamment blanchâtre” allie deux termes opposés puisque “brillamment” est valorisant et “blanchâtre” est dépréciatif comme tous les adjectifs à suffixe en âtre. Ponge veut montrer que ce sont les défauts qui font souvent tout le charme, et aussi cela signifie que le poète passe ses journées enfermé à écrire et que donc plus il est brillant, plus il a le teint blanc.

 

“C'est un monde opiniâtrement clos.” : le poète est renfermé sur lui-même, et la poésie est difficile à comprendre (poésie hermétique).

 

“Pourtant on peut l'ouvrir” : un poème, même hérmétique, peut être compris à condition que l’on en trouve la clé.

 

“il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois.” : pour comprendre la poésie il faut être délicat et persévérant.

 

“Les doigts curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles : c'est un travail grossier.” : si on lit trop vite on ne comprendra pas le poème.

 

“Les coups qu'on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d'une sorte de halos.” : Le poète semble être une sorte de saint, il transmet le message de Dieu aux hommes car il a de l’inspiration.

 

Le mot “firmament” renvoie au Ciel car le poète s’élève au-dessus des autres hommes.

 

“A l'intérieur l'on trouve tout un monde” : La poésie est une forme d’écriture tout à fait différente des autres. L’artiste a un monde intérieur très riche.

“pour ne plus former qu'une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l'odeur et à la vue, frangé d'une dentelle noirâtre sur les bords.” : le poète parle des difficultés qu’il éprouve dans sa vie et dans son écriture car il est différent des autres donc souvent rejeté, et embourbé dans ses pensées négatives qu’il devra transcender par l’art : “Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre”.



III L’espérance d’un monde nouveau

 

“C'est un monde opiniâtrement clos.” : comme toutes les utopies, le monde nouveau devra se protéger contre la guerre.

 

“Pourtant on peut l'ouvrir” : message d’espoir, on peut créer un monde meilleur si on l’imagine tous ensemble.

 

“A l'intérieur l'on trouve tout un monde” : ce qui fait l’être humain c’est qu’il pense à sa vie et à des questions philosophiques sur sa place dans l’univers.


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