Commentaire composé de la lettre X sur le commerce de Voltaire

Commentaire composé de la lettre X sur le commerce de Voltaire

Photo by Tanner Mardis on Unsplash
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Texte

LETTRE X SUR LE COMMERCE

 

   Le commerce, qui a enrichi les citoyens en Angleterre, a contribué à les rendre libres, et cette liberté a étendu le commerce à son tour ; de là s'est formée la grandeur de l'État. C'est le commerce qui a établi peu à peu les forces navales par qui les Anglais sont les maîtres des mers. Ils ont à présent près de deux cents vaisseaux de guerre. La postérité apprendra peut-être avec surprise qu'une petite île, qui n'a de soi-même qu'un peu de plomb, de l'étain, de la terre à foulon et de la laine grossière, est devenue par son commerce assez puissante pour envoyer, en 1723, trois flottes à la fois en trois extrémités du monde, l'une devant Gibraltar, conquise et conservée par ses armes, l'autre à Porto-Bello, pour ôter au roi d'Espagne la jouissance des trésors des Indes, et la troisième dans la mer Baltique, pour empêcher les du Nord de se battre.

 

   Quand Louis XIV faisait trembler l’Italie, et que ses armées, déjà maîtresses de la Savoie et du Piémont, étaient prêtes de prendre Turin, il fallut que le prince Eugène marchât du fond de l’Allemagne au secours du duc de Savoie ; il n’avait point d’argent sans quoi on ne prend ni ne défend les villes. Il eut recours à des marchands anglais : en une demi-heure de temps on lui prêta cinq millions ; avec cela il délivra Turin, battit les Français et écrivit à ceux qui avaient prêté cette somme ce petit billet : « Messieurs, j’ai reçu votre argent, et je me flatte de l’avoir bien employé à votre satisfaction. »

 

   Tout cela donne un juste orgueil à un marchand anglais, et fait qu’il ose se comparer, non sans quelque raison, à un citoyen romain. Aussi le cadet d’un pair du royaume ne dédaigne point le négoce. Mylord Townshend, ministre d’État, a un frère qui se contente d’être marchand dans la Cité. Dans le temps que Mylord Oxford gouvernait l’Angleterre, son cadet était facteur à Alep, d’où il ne voulut pas revenir, et où il est mort.

 

   Cette coutume, qui pourtant commence trop à se passer, paraît monstrueuse à des Allemands entêtés de leurs quartiers ; ils ne sauraient concevoir que le fils d’un pair d’Angleterre ne soit qu’un riche et puissant bourgeois, au lieu qu’en Allemagne tout est prince ; on a vu jusqu’à trente altesses du même nom n’ayant pour tout bien que des armoiries et une noble fierté.

 

   En France, est marquis qui veut ; et quiconque arrive à Paris du fond d’une province avec de l’argent à dépenser, et un nom en ac ou en ille, peut dire : Un homme comme moi, un homme de ma qualité, et mépriser souverainement un négociant. Le négociant entend lui-même parler si souvent avec dédain de sa profession qu’il est assez sot pour en rougir ; je ne sais pourtant lequel est le plus utile à un État, ou un seigneur bien poudré qui sait précisément à quelle heure le roi se lève, à quelle heure il se couche, et qui se donne des airs de grandeur en jouant le rôle d’esclave dans l’antichambre d’un ministre, ou un négociant qui enrichit son pays, donne de son cabinet des ordres à Surate et au Caire, et contribue au bonheur du monde.


       Voltaire - Les Lettres philosophiques


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Commentaire composé

Comment Voltaire appuie-t-il son argumentation sur des faits historiques pour critiquer de manière ironique la noblesse française?

 

I) Argumentation fondée sur des faits historiques

 

A)Le passé

 

-Le commerce, qui a enrichi les citoyens en Angleterre, a contribué à les rendre libres, et cette liberté a étendu le commerce à son tour ; de là s'est formée la grandeur de l'État.- Voltaire pose un postulat comme point de départ de son argumentation, son argument est intemporel  

 

- La postérité apprendra peut-être avec surprise qu'une petite île, qui n'a de soi-même qu'un peu de plomb, de l'étain, de la terre à foulon et de la laine grossière, est devenue par son commerce assez puissante pour envoyer, en 1723, trois flottes à la fois en trois extrémités du monde, l'une devant Gibraltar, conquise et conservée par ses armes, l'autre à Porto-Bello, pour ôter au roi d'Espagne la jouissance des trésors des Indes, et la troisième dans la mer Baltique, pour empêcher les du Nord de se battre. - Voltaire cite le peu de ressources naturelles que l’Angleterre a et les met en contraste avec le commerce pour montrer que même un pays sans ressources naturelles peut devenir riche en faisant du commerce tellement c’est un levier puissant. Il soutient son argumentation par un exemple, ici, il cite l'année 1723, pendant laquelle des Anglais ont envoyé trois flottes dans des différentes parties de l’Europe.  




B)Le présent

 

C'est le commerce qui a établi peu à peu les forces navales par qui les Anglais sont les maîtres des mers.- Voltaire expose sa thèse: il utilise le terme maître pour souligner que les anglais ont la plus grande marine alors qu’auparavant c'était l’invincible Armada qui dominait les mers.  

 

Ils ont à présent près de deux cents vaisseaux de guerre - Voltaire donne un chiffre précis pour convaincre le lecteur. Voltaire caractérise ici sad démarche de philosophe des Lumières

 

- Quand Louis XIV faisait trembler l’Italie, et que ses armées, déjà maîtresses de la Savoie et du Piémont, étaient prêtes de prendre Turin, il fallut que le prince Eugène marchât du fond de l’Allemagne au secours du duc de Savoie ; il n’avait point d’argent sans quoi on ne prend ni ne défend les villes. Il eut recours à des marchands anglais : en une demi-heure de temps on lui prêta cinq millions ; avec cela il délivra Turin, battit les Français et écrivit à ceux qui avaient prêté cette somme ce petit billet : « Messieurs, j’ai reçu votre argent, et je me flatte de l’avoir bien employé à votre satisfaction. » - Voltaire montre que l’argent est le nerf de la guerre. Il utilise l’ironie pour se moquer du Duc de Savoie, qui n’a pas les moyen pour défendre ses terres mais qui a un titre de noblesse.

 

-Mylord Townshend, ministre d’État, a un frère qui se contente d’être marchand dans la Cité. Dans le temps que Mylord Oxford gouvernait l’Angleterre, son cadet était facteur à Alep, d’où il ne voulut pas revenir, et où il est mort. Voltaire montre que même les descendants de la haute noblesse anglaise préférait faire du commerce plutôt qu’exercer la charge de Lord en Angleterre.




II) La visée de cette lettre

 

  1. Critique des nobles

 

- Tout cela donne un juste orgueil à un marchand anglais, et fait qu’il ose se comparer, non sans quelque raison, à un citoyen romain. Aussi le cadet d’un pair du royaume ne dédaigne point le négoce.- Les commerçants se compare à des citoyens romains à cause de leur pouvoir au sein du pays. D’ailleurs Voltaire critique les nobles français qui ont le dégoût du travaille par opposition aux nobles anglais tirent leur fierté du commerce.  

En France, est marquis qui veut ; et quiconque arrive à Paris du fond d’une province avec de l’argent à dépenser, et un nom en ac ou en ille, peut dire : Un homme comme moi, un homme de ma qualité, et mépriser souverainement un négociant.- Voltaire critique l’achat des charges en France et les provinciaux qui se ridiculise en voulant à tout prix devenir des nobles.



B) Critique des courtisans

 

-Le négociant entend lui-même parler si souvent avec dédain de sa profession qu’il est assez sot pour en rougir ; je ne sais pourtant lequel est le plus utile à un État, ou un seigneur bien poudré qui sait précisément à quelle heure le roi se lève, à quelle heure il se couche, et qui se donne des airs de grandeur en jouant le rôle d’esclave dans l’antichambre d’un ministre, ou un négociant qui enrichit son pays, donne de son cabinet des ordres à Surate et au Caire, et contribue au bonheur du monde. - Voltaire fait une critique des courtisans qui eux-mêmes critiquent les commerçants.  Il emploie de l’ironie pour montrer que les courtisans ne sont pas nécessaires et n’ont aucune contribution sociale à la différence des négociants qui contribuent à l’enrichissement du pays. Il emploi de l’ironie en employant les termes “esclave”, “des airs de grandeur” pour ridiculiser les courtisans car pour Voltaire, on ne peut admirer ceux qui ne contribuent pas au bien social.  Voltaire promeut la philosophie des Lumières avec l'idée que chacun doit contribuer au bien général pour faire avancer la société.  

 

Conclusion: A travers cette lettre philosophique, Voltaire essaye de convaincre son lecteur que le commerce développe le pays en prenant l’exemple de l’Angleterre qui a vécu un véritable essor économique au XVIIIème siècle. De plus, il effectue aussi une critique de la noblesse et des courtisans qu’il juge ridicules, inutiles et sans aucune fonction sociale.  D’ailleurs Voltaire effectue une critique de la politique intérieure de la noblesse en disant “On a trouvé en bonne politique le secret de faire mourir de faim ceux qui, en cultivant la terre, font vivre les autres”.   


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