Commentaire composé de L'Etranger - Albert Camus - Première partie - chapitre 5 la demande en mariage

Commentaire composé de L'Etranger - Albert Camus - Première partie - chapitre 5 La demande en mariage

Photo by Chiến Phạm on Unsplash
Photo by Chiến Phạm on Unsplash

Texte

Le soir, Marie est venue me chercher et m'a demandé si je voulais me marier avec elle. J'ai dit que cela m'était égal et que nous pourrions le faire si elle le voulait. Elle a voulu savoir alors si je l'aimais. J'ai répondu comme je l'avais déjà fait une fois, que cela ne signifiait rien mais que sans doute je ne l'aimais pas. « Pourquoi m'épouser alors ? » a-t-elle dit. Je lui ai expliqué que cela n'avait aucune importance et que si elle le désirait, nous pouvions nous marier. D'ailleurs, c'était elle qui le demandait et moi je me contentais de dire oui. Elle a observé alors que le mariage était une chose grave. J'ai répondu : « Non. » Elle s'est tue un moment et elle m'a regardé en silence. Puis elle a parlé. Elle voulait simplement savoir si j'aurais accepté la même proposition venant d'une autre femme, à qui je serais attaché de la même façon. J'ai dit : «Naturellement. » Elle s'est demandé alors si elle m'aimait et moi, je ne pouvais rien savoir sur ce point. Après un autre moment de silence, elle a murmuré que j'étais bizarre, qu'elle m'aimait sans doute à cause de cela mais que peut-être un jour je la dégoûterais pour les mêmes raisons. Comme je me taisais, n'ayant rien à ajouter, elle m'a pris le bras en souriant et elle a déclaré qu'elle voulait se marier avec moi. J'ai répondu que nous le ferions dès qu'elle le voudrait. Je lui ai parlé alors de la proposition du patron et Marie m'a dit qu'elle aimerait connaître Paris. Je lui ai appris que j'y avais vécu dans un temps et elle m'a demandé comment c'était. Je lui ai dit : « C'est sale. Il y a des pigeons et des cours noires. Les gens ont la peau blanche. »

 

L'Etranger - Albert Camus - Première partie - chapitre 5


Pour bien comprendre l'oeuvre de Camus je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Comment dans cet extrait de L’Etranger, Camus nous fait-il entrer dans l’univers d’un personnage incapable de ressentir des émotions et de communiquer.

 

I Une focalisation interne qui nous laisse une impression paradoxale

 

“J'ai dit que cela m'était égal et que nous pourrions le faire si elle le voulait” : Le narrateur n’éprouve aucune importance à se marier, comme si cela était banal.

 

“cela ne signifiait rien mais que sans doute je ne l'aimais pas” : On ne sait pas si il lui répond ou s’il se le dit à lui même.

 

“Je lui ai expliqué que cela n'avait aucune importance et que si elle le désirait, nous pouvions nous marier” : Il ne pense pas à une des étapes importantes de la vie, à savoir de se marier et potentiellement former une famille. Il n’a aucune interaction sociale.

 

“D'ailleurs, c'était elle qui le demandait et moi je me contentais de dire oui” : Il accepte tout ce que les autres lui demandent de faire pour ne pas avoir à résoudre des conflits émotionnels.

 

“Elle voulait simplement savoir si j'aurais accepté la même proposition venant d'une autre femme, à qui je serais attaché de la même façon. J'ai dit : «Naturellement. »” : Pour lui peu importe avec qui il se marie, ou s’il se marie en général.

 

“Elle s'est demandé alors si elle m'aimait et moi, je ne pouvais rien savoir sur ce point” : Il s’avoue être fermé aux sentiments des autres.

 

“J'ai répondu que nous le ferions dès qu'elle le voudrait” : Il ne propose pas de date pour le mariage. Il laisse sa fiancée le décider pour lui.

 

“« C'est sale. Il y a des pigeons et des cours noires. Les gens ont la peau blanche. »” : Il ne voit que le côté négatif de Paris. Cela montre donc qu’il ne montre seulement le mauvais côté de la vie. Il joue sur l’opposition entre le noir, son élément, et le blanc, et montre un aspect négatif des deux. Il précise que le noir est montré comme sale, ce qui est renforcé par les pigeons. Les cours montrent l’enfermement par rapport à l’Algérie qui donne vue sur la mer et donc à l’horizon, et dit que les parisiens sont blancs dans un sens péjoratif car cela suggère qu’ils ne voient jamais le soleil. Ses phrases sont courtes donnant un aspect télégraphique au discours, comme si cela ne l'intéressait pas.



II Un faux dialogue

 

“J'ai dit que cela m'était égal et que nous pourrions le faire si elle le voulait” : Le narrateur ne cherche pas à ménager les sentiments de sa compagne.

 

“J'ai répondu comme je l'avais déjà fait une fois” : La question fut posée antérieurement montrant que Marie n’a pas eu la réponse qu’elle attendait et cherche à l’avoir d’une manière ou d’une autre.

 

“cela ne signifiait rien mais que sans doute je ne l'aimais pas” : Il ne cherche pas à plaire à Marie et lui ce qui lui vient à la tête.

 

“« Pourquoi m'épouser alors ? » a-t-elle dit” : première apparition du discours direct dans un texte au discours indirect. Le narrateur rapporte les paroles du personnage de Marie et donc celle-ci n’a pas réellement la

parole. Cela donne l’illusion d’un dialogue qui en réalité reste unilatéral.

 

“Je lui ai expliqué que cela n'avait aucune importance et que si elle le désirait, nous pouvions nous marier” : Il fait un effort à lui expliquer ce qu’il pense et fait un pas en avant en acceptant sa demande en mariage.

 

“D'ailleurs, c'était elle qui le demandait et moi je me contentais de dire oui” : c’est le monde à l’envers et il ne se gêne pas pour lui faire remarquer qu’elle prend l’initiative et que lui se contente de ne pas la contrarier.

 

“Elle a observé alors que le mariage était une chose grave. J'ai répondu : « Non. »” : Il n’a pas peur de blesser Marie psychologiquement avec sa violente réplique.

 

“Elle voulait simplement savoir si j'aurais accepté la même proposition venant d'une autre femme, à qui je serais attaché de la même façon. J'ai dit : «Naturellement. »” : Réponse apparemment calme comme s’il n’avait pas conscience du côté blessant de ses répliques.

 

“Elle s'est tue un moment et elle m'a regardé en silence. Puis elle a parlé” : Il y a un manque de communication a tel point qu’elle doit réfléchir avant de parler.

 

“Après un autre moment de silence, elle a murmuré que j'étais bizarre, qu'elle m'aimait sans doute à cause de cela mais que peut-être un jour je la dégoûterais pour les mêmes raisons” : Elle est séduite par son étrangeté mais est consciente qu’elle finira par se lasser de ces commentaires méchants qu’elle finira sûrement par le détester.

 

“Comme je me taisais, n'ayant rien à ajouter, elle m'a pris le bras en souriant et elle a déclaré qu'elle voulait se marier avec moi” : C’est la femme qui prend le bras du mari et non l’inverse comme il se devrait. Elle souhaite s’attacher à lui et le montre par son geste tandis que lui reste neutre, presque comme un objet qui se laisse prendre sans résistance.

 

“Je lui ai parlé alors de la proposition du patron et Marie m'a dit qu'elle aimerait connaître Paris” Elle montre un intérêt de découvrir de nouveaux horizons alors que lui n’évoque que l’invitation.

 

“Je lui ai appris que j'y avais vécu dans un temps et elle m'a demandé comment c'était” : Seul moment de dialogue dans le texte, car il répond à une question posée, certes de façon étrange mais c’est une vraie réponse pour une fois.


Écrire commentaire

Commentaires : 0