Commentaire composé du Supplément au voyage de Bougainville de Diderot, le discours du vieillard

Commentaire composé du Supplément au voyage de Bougainville de Diderot, le discours du vieillard

Photo by Rowan Heuvel on Unsplash
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Texte

Au départ de Bougainville, lorsque les habitants accouraient en foule sur le rivage, s'attachaient à ses vêtements, serraient ses camarades entre leurs bras, et pleuraient, ce vieillard s'avança d'un air sévère, et dit :

"Pleurez, malheureux Tahitiens ! pleurez ; mais que ceci soit de l'arrivée, et non du départ de ces hommes ambitieux et méchants : un jour, vous les connaîtrez mieux. Un jour, ils reviendront, le morceau de bois que vous voulez attaché à la ceinture de celui-ci, dans une main, et le fer qui pend au côté de celui-là, dans l'autre, vous enchaîner, vous égorger, ou vous assujettir à leurs extravagances et à leurs vices ; un jour vous servirez sous eux aussi corrompus, aussi vils, aussi malheureux qu'eux Mais je me console ; je touche à la fin de ma carrière ; et la calamité que je vous annonce, je ne la verrai point. “Tahitiens ! ô mes amis ! vous auriez un moyen d'échapper à un funeste avenir ; mais j'aimerais mieux mourir que de vous avoir donner le conseil.“Tahitiens ! ô mes amis ! vous auriez un moyen d'échapper à un funeste avenir ; mais j'aimerais mieux mourir que de vous avoir donner le conseil. Qu'ils s'éloignent, et qu'ils vivent."

 

Puis s'adressant à Bougainville, il ajouta : "Et toi, chef des brigands qui t'obéissent, écarte promptement ton vaisseau de notre rive : nous sommes innocents, nous sommes heureux ; et tu ne peux que nuire à notre bonheur. Nous suivons le pur instinct de la nature ; et tu as tenté d'effacer de nos âmes son caractère. Ici tout est à tous ; et tu nous as prêché je ne sais quelle distinction du tien et du mien. Nos filles et nos femmes nous sont communes ; tu as partagé ce privilège avec nous ; et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras ; tu es devenu féroce entre les leurs. Elles ont commencé à se haïr ; vous vous êtes égorgés pour elles ; et elles nous sont revenues teintes de votre sang. Nous sommes libres ; et voilà que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage. Tu n'es ni un dieu, ni un démon : qui es-tu donc, pour faire des esclaves ? Orou ! toi qui entends la langue de ces hommes-là, dis-nous à tous, comme tu me l'as dit à moi-même, ce qu'ils ont écrit sur cette lame de métal : Ce pays est à nous. Ce pays est à toi ! et pourquoi ? parce que tu y as mis le pied ? Si un Tahitien débarquait un jour sur vos côtes, et qu'il gravât sur une de vos pierres ou sur l'écorce d'un de vos arbres : Ce pays est aux habitants de Tahiti, qu'en penserais-tu ? Tu es le plus fort ! Et qu'est-ce que cela fait ? Lorsqu'on t'a enlevé une des méprisables bagatelles dont ton bâtiment est rempli, tu t'es récrié, tu t'es vengé ; et dans le même instant tu as projeté au fond de ton cœur le vol de toute une contrée ! Tu n'es pas esclave : tu souffrirais plutôt la mort que de l'être, et tu veux nous asservir ! Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas défendre sa liberté et mourir ? Celui dont tu veux t'emparer comme de la brute, le Tahitien est ton frère.

Vous êtes deux enfants de la nature ; quel droit as-tu sur lui qu'il n'ait pas sur toi ? Tu es venu ; nous sommes-nous jetés sur ta personne ? avons-nous pillé ton vaisseau ? t'avons-nous saisi et exposé aux flèches de nos ennemis ? t'avons-nous associé dans nos champs au travail de nos animaux ? Nous avons respecté notre image en toi. Laisse nous nos mœurs ; elles sont plus sages et plus honnêtes que les tiennes ; nous ne voulons point troquer ce que tu appelles notre ignorance, contre tes inutiles lumières. Tout ce qui nous est nécessaire et bon, nous le possédons.

Sommes-nous dignes de mépris, parce que nous n'avons pas su nous faire des besoins superflus ? Lorsque nous avons faim, nous avons de quoi manger ; lorsque nous avons froid, nous avons de quoi nous vêtir. Tu es entré dans nos cabanes, qu'y manque-t-il, à ton avis ? Poursuis jusqu'où tu voudras ce que tu appelles commodités de la vie ; mais permets à des êtres sensés de s'arrêter, lorsqu'ils n'auraient à obtenir, de la continuité de leurs pénibles efforts, titre des biens imaginaires. Si tu nous persuades de franchir l'étroite limite du besoin, quand finirons-nous de travailler ? Quand jouirons-nous ? Nous avons rendu la somme de nos fatigues annuelles et journalières la moindre qu'il était possible, parce que rien ne nous paraît préférable au repos. Va dans ta contrée t'agiter, te tourmenter tant que tu voudras ; laisse-nous reposer : ne nous entête là de tes besoins factices, ni de tes vertus chimériques.

 

Supplément au voyage de Bougainville (extrait) - Diderot


Pour bien maîtriser l'argumentation au Bac de français je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Comment en donnant la parole à un vieux Tahitien, Diderot construit-il un plaidoyer contre l’esclavage ?



I) Une condamnation de la colonisation et de l’esclavage

1. Un discours pathétique

 

“Un jour, ils reviendront, le morceau de bois que vous voulez attaché à la ceinture de celui-ci, dans une main, et le fer qui pend au côté de celui-là, dans l'autre, vous enchaîner, vous égorger, ou vous assujettir à leurs extravagances et à leurs vices ;” - le vieillard continue son discours prophétique: il fait une description des Européens qui au retour tiendront un morceau de bois et une épée pour asservir les tahitiens et les exploiter pour leurs vices. Diderot utilise des termes qui connotent la violence pour faire l’emphase sur la nature cruelle et hypocrite des Européens.  

“un jour vous servirez sous eux aussi corrompus, aussi vils, aussi malheureux qu'eux”. Le vieillard décrit les européens comme des personnes qui baigne dans le malheur et à cause de celui-ci font recours à la violence.

“Mais je me console ; je touche à la fin de ma carrière ; et la calamité que je vous annonce, je ne la verrai point.”- le vieillard se sent soulagé qu’il ne verra pas les horreurs des européens à cause de son âge avancé.

“Tahitiens ! ô mes amis ! vous auriez un moyen d'échapper à un funeste avenir ; mais j'aimerais mieux mourir que de vous avoir donner le conseil. Qu'ils s'éloignent, et qu'ils vivent."- Pour soutenir son argumentation dans son discours, le vieillard interpelle deux fois les habitants de Tahiti. Une première fois il les appelle par leur nationalité, puis il utilise l’apostrophe,  le vocatif et le terme d'amitié pour garder leur attention. Le vieillard précise que les Tahitiens ont un seul moyen d'échapper  à leur funeste avenir qui est de chasser les européens de leur pays.



2. Le vieillard, un porte-parole des Lumières  

ce vieillard s'avança d'un air sévère, et dit :"Pleurez, malheureux Tahitiens ! pleurez ; mais que ceci soit de l'arrivée, et non du départ de ces hommes ambitieux et méchants : un jour, vous les connaîtrez mieux”.- Diderot utilise un personnage vieux qui représente la sagesse pour faire passer un message prophétique. Le vieillard commence son discours en disant que les Européens vont revenir pour coloniser la Polynésie.

“Qu'ils s'éloignent, et qu'ils vivent."- Utilisation du subjonctif pour évoquer son souhait de les voir partir et puisqu’il incarne la philosophie des Lumières, le vieillard bénit les européens    

“Puis s'adressant à Bougainville, il ajouta : "Et toi, chef des brigands qui t'obéissent, écarte promptement ton vaisseau de notre rive : nous sommes innocents, nous sommes heureux ;”- Le vieillard utilise l'impératif pour prendre autorité comme chef du village. Il indique que les tahitiens sont innocents et heureux sans eux.   

et tu ne peux que nuire à notre bonheur. Nous suivons le pur instinct de la nature ; et tu as tenté d'effacer de nos âmes son caractère.- le vieillard précise que les européens sont nocif aux tahitiens. Il ajoute aussi, que leur mode de vie est rythmé par la nature et que les européens ont voulu l’effacer de leur gêne ( caractère génétique).




II) Un éloge de la vie sauvage par opposition au mode de vie des européens

1. L’éloge de la vie sauvage

 

“Au départ de Bougainville, lorsque les habitants accouraient en foule sur le rivage, s'attachaient à ses vêtements, serraient ses camarades entre leurs bras, et pleuraient, ce vieillard s'avança d'un air sévère,”- Diderot décrit le comportement des sauvages de Tahiti lors du débarquement de Bougainville. D'après le narrateur, les tahitiens se comportent dans la joie. Ils touchent les vêtements des Européens pour les découvrir mais pas pour les leur arracher. Ils serraient leurs camarades dans leurs bras. Diderot fait une description du comportement presque enfantin des tahitiens.  

“Nos filles et nos femmes nous sont communes ; tu as partagé ce privilège avec nous ;” - Diderot fait un éloge sur la vie tahitienne où la polygamie maintient une harmonie. Montre une égalité entre les hommes et les femmes.  



2. La condamnation du mode de vie européen

“Puis s'adressant à Bougainville, il ajouta : "Et toi, chef des brigands qui t'obéissent, écarte promptement ton vaisseau de notre rive : nous sommes innocents, nous sommes heureux ;”- Le vieillard continue son discours en s’adressant à Bougainville, il caractérise les européens comme des brigands ( ils voleront leurs richesse).

“Ici tout est à tous ; et tu nous as prêché je ne sais quelle distinction du tien et du mien”- Le vieillard précise que la notion de propriété n’existe pas chez les tahitiens.  

“et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras ; tu es devenu féroce entre les leurs.”- Le vieillard critique les actions des européens qui ont rendu les femmes jalouses un sentiment qu’elles ignoraient.


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