Commentaire composé du chapitre 19 de Candide de Voltaire, Le Nègre de Surinam

Commentaire composé du chapitre 19 de Candide de Voltaire, Le Nègre de Surinam

Photo by Giulia Pugliese on Unsplash
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Texte

CHAPITRE 19

CE QUI LEUR ARRIVA À SURINAM, ET COMMENT CANDIDE FIT CONNAISSANCE AVEC MARTIN



    En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n'ayant plus que la moitié de son habit, c'est-à-dire d'un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite. “Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais- tu là, mon ami, dans l'état horrible où je te vois ?” - “J'attends mon maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre.” - “Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t'a traité ainsi ?” - “Oui, monsieur, dit le nègre, c'est l'usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe.” Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait : “Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux, tu as l'honneur d'être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère.” “Hélas ! je ne sais pas si j'ai fait leur fortune, mais ils n'ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous. Les fétiches hollandais qui m'ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m'avouerez qu'on ne peut pas en user avec ses parents d'une manière plus horrible.”

 

[...]

 

Extrait du chapitre 19 de Candide ou l'optimiste - de Voltaire


Pour bien maîtriser l'argumentation au Bac de français je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Comment dans ce chapitre de son conte philosophique Candide, Voltaire inverse les rôles pour dénoncer l’esclavage.




I Un conte

 

“ En approchant de la ville” :début de conte traditionnel, on situe l’action.

 

“ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n'ayant plus que la moitié de son habit, c'est-à-dire d'un caleçon de toile bleue” : introduction d’un nouveau personnage dans l’histoire.

 

“Eh, mon Dieu ! lui dit Candide” : le discours direct permet de rendre le récit plus vivant et d’impliquer davantage le lecteur.

 

“lui dit Candide en hollandais” : il est invraisemblable que l’esclave originaire de Guinée comprenne le hollandais.

 

“Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t'a traité ainsi ?” :il y a un vrai dialogue qui s’instaure, dans le conte l’esclave est l’égal des autres personnages, il a droit à la parole et il en fait bon usage.

 

“Oui, monsieur, dit le nègre, c'est l'usage.” :un tel détachement émotionnel est impossible dans la réalité.

 

“Hélas ! je ne sais pas si j'ai fait leur fortune, mais ils n'ont pas fait la mienne.”: Même si l’esclave est très mal au point, il reste quand même humoristique, ce qui montre que nous sommes dans un conte

 

“Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains.” : on voit que c’est un conte parce cet esclave est plus logique que les pasteurs alors qu’il n’a jamais reçu d’instruction.



II Une dénonciation de l’esclavage

 

“ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n'ayant plus que la moitié de son habit, c'est-à-dire d'un caleçon de toile bleue” : l’esclave est au sol donc en position d’infériorité, et il a perdu sa dignité puisqu’il est à moitié nu.

 

“il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite.” : intrusion du narrateur qui porte un jugement avec l’adjectif “pauvre” dans le but de susciter la pitié du lecteur. L’homme a subi deux amputations donc il ne peut plus travailler, tout juste tenir une canne dans la main qui lui reste mais ici il n’a même pas de canne.

 

“que fais- tu là, mon ami, dans l'état horrible où je te vois ?” : le mot “horrible” montre que Candide est sensible aux malheurs de l’esclave, c’est pour cette raison qu’il l’appelle “mon ami”.

 

“Vanderdendur” : l’onomastique montre ici que pour Voltaire les esclavagistes ont “la dent dure” c’est-à-dire qu’ils sont cruels.

 

“Oui, monsieur, dit le nègre, c'est l'usage.” : l’esclave a tellement souffert qu’il parle sans émotion, comme si sa situation était normale. Ce procédé sert à choquer le lecteur.

 

“On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas.”: le nègre raconte la façon inadmissible dont les esclaves sont traités avec un ton neutre digne d’un documentaire, encore une fois pour déranger le lecteur. On est dans la persuasion car les arguments font appel aux sentiments du lecteur.

 

“C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe.” : c’est un argument culpabilisant.

 

“lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée” :l’esclave est acheté en Guinée avec de la monnaie espagnole donc ses parents n’ont même pas pu utiliser cet argent, ce qui renforce un peu plus la cruauté des négriers.

 

“tu as l'honneur d'être esclave de nos seigneurs les blancs” : Les nègres pensent qu’être esclave est une bonne chose parce qu’on leur a toujours dit qu’ils étaient inférieurs aux blancs et donc ils le croient.

 

“Hélas ! je ne sais pas si j'ai fait leur fortune, mais ils n'ont pas fait la mienne.”: Cela montre qu’ils en ressortent tous perdants.

 

“Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous.” : Ici, l’esclave cherche à provoquer la pitié du lecteur donc on est encore dans la persuasion.”

 

“Les fétiches hollandais qui m'ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m'avouerez qu'on ne peut pas en user avec ses parents d'une manière plus horrible.” : La Hollande est un pays protestant et comme l’esclave va à la messe, il écoute attentivement le sermon et le comprend. Il en déduit logiquement que les Blancs et les Noirs descendent tous du premier homme et qu’ils sont alors tous égaux.Il termine par un autre argument culpabilisant pour condamner l’esclavage qui apparaît alors comme un usage contre-nature.


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