Commentaire composé de Jean Giono, Un Roi sans divertissement, le portrait de madame Tim

Commentaire composé de Jean Giono, Un Roi sans divertissement, le portrait de madame Tim

Photo by Alex Harvey on Unsplash
Photo by Alex Harvey on Unsplash

Texte

[…] Mme Tim était abondamment grand-mère. Les filles occupaient aussi des situations dans les plaines, en bas autour.

A chaque instant, sur les chemins qui descendaient de Saint-Baudille on voyait partir le messager et, sur les chemins qui montaient à Saint-Baudille, on voyait monter ensuite des cargaisons de nourrices et d’enfants. L’aînée à elle seule en avait six. Le messager de Mme Tim avait toujours l’ordre de faire le tour des trois ménages et de tout ramasser.

C’étaient, alors, des fêtes à n’en plus finir : des goûters dans le labyrinthe de buis1; des promenades à dos de mulets dans le parc ; des jeux sur les terrasses et, en cas de pluie, pour calmer le fourmillement de jambes de tout ce petit monde, des sortes de bamboulas2dans les grands combles3du château dont les planchers grondaient alors de courses et de sauts, comme un lointain tonnerre.

Quand l’occasion s’en présentait, soit qu’on revienne de Mens (dont la route passe en bordure d’un coin de parc), soit que ce fût pendant une journée d’automne, au retour d’une petite partie de chasse au lièvre, c’est -à-dire quand on était sur les crêtes qui dominent le labyrinthe de buis et les terrasses, on ne manquait pas de regarder tous ces amusements. D’autant que Mme Tim était toujours la tambour-major4.

Elle était vêtue à l’opulente d’une robe de bure5, avec des fonds énormes qui se plissaient et se déplissaient autour d’elle à chaque pas, le long de son corps de statue. Elle avait du corsage et elle l’agrémentait de jabots de linon6. A la voir au milieu de cette cuve d’enfants dont elle tenait une grappe dans chaque main, pendant que les autres giclaient autour d’elle, on l’aurait toute voulue. Derrière elle, les nourrices portaient encore les derniers-nés dans des cocons blancs. Ou bien, en se relevant sur la pointe des pieds et en passant la tête par-dessus la haie, on la surprenait au milieu d’un en-cas champêtre, distribuant des parts de gâteaux et des verres de sirop, encadrée, à droite, d’un laquais (qui était le fils Onésiphore de Prébois) vêtu de bleu, portant le tonnelet d’orangeade et, à gauche, d’une domestique femme (qui était la petite fille de la vieille Nanette d’Avers), vêtue de zinzolins7et de linge blanc, portant le panier à pâtisserie. C’était à voir !

1- Buis : arbuste.

2- Bamboula : fête.

3- Combles : espaces compris entre le dernier étage de la demeure et le toit.

4- Tambour-major : grade militaire (sous- officier qui commande les tambours et les clairons d’un régiment) donné ici, de façon plaisante, à Mme Tim qui commande tout.

5- Bure : étoffe de laine brune.

6- Jabots de linon : ornements de tissu qui s’étalent sur la poitrine.

 

7- Zinzolins : tissus d’un violet rougeâtre.


Si vous étudiez Un roi sans divertissement de Jean Giono en oeuvre intégrale je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Comment le narrateur rend-il le personnage maternel vivant et attachant ?

 

I Une femme à la fois, belle, élégante

  1. une femme belle

“le long de son corps de statue.” : Mme Tim est comparé à une statue, elle a donc un corps harmonieux.

 

“Elle avait du corsage” : Elle a une forte poitrine, renvoyant l’image de la femme maternelle qui a allaité beaucoup d’enfants.



  1. une femme élégante

“Elle était vêtue à l’opulente d’une robe de bure5, avec des fonds énormes qui se plissaient et se déplissaient autour d’elle à chaque pas” : Mme Tim semble élégante car elle porte de beaux vêtements qui la mettent en valeur.

 

“elle l’agrémentait de jabots de linon” : Elle s’habille de façon élégante.



II Un décor de fête

  1. le mouvement et le désordre

“des cargaisons de nourrices et d’enfants” : L’utilisation de “cargaison” dégage une idée de marchandise montrant que Mme Tim est constamment entourée d’enfants. Cela crée un effet de mouvement et de flux continu.

 

“les planchers grondaient alors de courses et de sauts” : Les enfants s’agitent beaucoup et sont toujours en mouvement dans le château.

 

“bamboulas” : Il y a de nombreuses fêtes où tout est permis.

 

“des promenades à dos de mulets dans le parc” : Même lorsque les enfants sont épuisés, ils continuent à bouger en étant sur des mulets.

 

“tout ramasser” : Ce verbe d’action montre que les enfants sont éparpillés.

 

“les autres giclaient autour d’elle” : Il y a tellement d’enfants et ainsi un mouvement sans fin.  

 

 

  1. un goûter de fête

“des goûters dans le labyrinthe de buis” : Les enfants peuvent manger dans des endroits magiques et uniques.

 

“on la surprenait au milieu d’un en-cas champêtre, distribuant des parts de gâteaux et des verres de sirop, encadrée, à droite, d’un laquais (qui était le fils Onésiphore de Prébois) vêtu de bleu, portant le tonnelet d’orangeade et, à gauche, d’une domestique femme (qui était la petite fille de la vieille Nanette d’Avers), vêtue de zinzolins7et de linge blanc, portant le panier à pâtisserie. C’était à voir !” : Il y a énormément de nourriture, toutes sucrées donc évoquant la fête et le plaisir des enfants.



III La complicité entre les enfants et la grand-mère

  1. l’image de la matrone

“Mme Tim était abondamment grand-mère” : C’est un attribut du sujet surprenant parce que “abondamment” est suivi d’un nom. Cela montre que Mme Tim était plus qu’une simple grand-mère car son caractère englobe celui de toutes les grand-mères.

 

“Les filles occupaient aussi des situations dans les plaines, en bas autour” : L’auteur démontre la supériorité symbolique de Mme Tim dans la hiérarchie maternelle.

 

“D’autant que Mme Tim était toujours la tambour-major4” : Cela démontre que Mme Tim est la chef de tous ces enfants.

 

“A la voir au milieu de cette cuve d’enfants dont elle tenait une grappe dans chaque main” : On retrouve une métaphore du vin, démontrant son bonheur à être entourée d’enfants.

 

 

  1. l’enfant-roi

“C’étaient, alors, des fêtes à n’en plus finir : des goûters dans le labyrinthe de buis1; des promenades à dos de mulets dans le parc ; des jeux sur les terrasses et, en cas de pluie, pour calmer le fourmillement de jambes de tout ce petit monde, des sortes de bamboulas2dans les grands combles3du château dont les planchers grondaient alors de courses et de sauts, comme un lointain tonnerre.” : Les enfants ont la chance de pouvoir faire beaucoup d’activités extraordinaires et très souvent.


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