Commentaire composé du chapitre 1 de l'Etranger de Camus, incipit

Commentaire composé du chapitre 1 de l'Etranger de Camus, incipit

Photo by Simeon Muller on Unsplash
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Texte

Camus, L’Etranger, chapitre 1

Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile: «Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.» Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier. L’asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d’Alger. Je prendrai l’autobus à deux heures et j’arriverai dans l’après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. J’ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. Mais il n’avait pas l’air content. Je lui ai même dit : « Ce n’est pas de ma faute. » II n’a pas répondu. J’ai pensé alors que je n’aurais pas dû lui dire cela. En somme, je n’avais pas à m’excuser. C’était plutôt à lui de me présenter ses condoléances. Mais il le fera sans doute après-demain, quand il me verra en deuil. Pour le moment, c’est un peu comme si maman n’était pas morte. Après l’enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle.

 

J’ai pris l’autobus à deux heures. II faisait très chaud. J’ai mangé au restaurant, chez Céleste, comme d’habitude. Ils avaient tous beaucoup de peine pour moi et Céleste m’a dit: « On n’a qu’une mère ». Quand je suis parti, ils m’ont accompagné à la porte. J’étais un peu étourdi parce qu’il a fallu que je monte chez Emmanuel pour lui emprunter une cravate noire et un brassard.


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Commentaire composé

En quoi cet incipit remplit-il ses fonctions ?

 

I Oui il remplit ses fonctions

  1. Présentation du cadre spatio-temporel

 

“L’asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d’Alger” : Nous savons que l’enterrement sera à Marengo et la distance kilométrique. On en déduit que le personnage habite à Alger.

 

“J’ai pris l’autobus à deux heures. II faisait très chaud.” : On apprend que le personnage est parti en début d’après-midi et qu’il fait beau dehors.



  1. Présentation de l’histoire

 

“J’ai reçu un télégramme de l’asile: «Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.»” : Le roman commence par l’annonce de la mort de la mère du personnage principal. Le lecteur sait donc que c’est une histoire qui commence mal.

“J’ai mangé au restaurant, chez Céleste, comme d’habitude” : On sait que le personnage est un habitué du même restaurant qui sert de cadre au récit.

 

  1. Présentation du personnage

 

“Je prendrai l’autobus à deux heures et j’arriverai dans l’après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir” : On apprend que le personnage est pragmatique et organisé.

 

“J’ai demandé deux jours de congé à mon patron” : On en déduit que le personnage est un employé.

 

“Je lui ai même dit : « Ce n’est pas de ma faute. » II n’a pas répondu. J’ai pensé alors que je n’aurais pas dû lui dire cela. En somme, je n’avais pas à m’excuser.” : Meursault a du mal à décoder les émotions des autres et passe son temps à essayer de comprendre ce que les gens pensent.

 

“comme d’habitude” : On apprend que Meursault est un personnage routinier.




II Mais c’est un incipit surprenant

  1. Meursault semble ne pas ressentir d’émotions

 

“Cela ne veut rien dire” : Meursault parle d’abord du télégramme avant même d’évoquer la mort de sa mère.

 

“il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille” : Le personnage s’imagine qu’aller à l’enterrement de sa mère équivaut à demander des jours de congé pour se reposer, d’où l’utilisation du mot “excuse”. Il est tellement obnubilé par son travail qu’il ne prend jamais de jour de congé et perçoit cet enterrement comme un voyage à organiser.

 

“Pour le moment, c’est un peu comme si maman n’était pas morte. Après l’enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle.” : Meursault perçoit la mort de sa mère tel un moment passager. Nous avons l’impression qu’après l’enterrement il n’y pensera plus.

 

“Ils avaient tous beaucoup de peine pour moi et Céleste m’a dit: « On n’a qu’une mère ». Quand je suis parti, ils m’ont accompagné à la porte. “ : Le manque d’émotion du personnage est souligné ici par l’attitude empathique des autres personnages.

 

“J’étais un peu étourdi parce qu’il a fallu que je monte chez Emmanuel pour lui emprunter une cravate noire et un brassard.” : Ceci est choquant parce que Meursault a plus de sensations fortes en montant des escaliers qu’en apprenant la mort de sa mère. Ce qui prouve son absence de sentiments.



  1. La temporalité est floue

 

“Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas” : Meursault ne sait pas quand sa mère est morte donc le lecteur non plus. Ce qui est très choquant.

“Enterrement demain.” : Le télégramme n’est pas daté, on ne connaît pas la date de l’enterrement. Cela nous renvoie au temps de l’action et du personnage sans nous permettre d’ancrer l’histoire dans une période ou une année.

“C’était peut-être hier” : Le personnage ne connaît pas la date de la mort de sa mère ni de l’enterrement.

 

  1. Style journalistique

 

Nous avons une focalisation interne et donc seulement la vision du personnage. Ce qui nous renvoie à un journal. Nous avons également un style télégraphique puisque nous retrouvons des phrases courtes comme “«Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.» Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.” Il n’y a pas de séparation entre le télégramme et la suite du roman. Meursault continue à utiliser des phrases de six syllabes.

 

“J’ai pris l’autobus à deux heures. II faisait très chaud.” : Le personnage raconte ce qu’il a fait, toujours dans le style télégraphique.


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