Commentaire composé du chapitre 5 de Candide de Voltaire, le tremblement de terre

Commentaire composé du chapitre 5 de Candide de Voltaire, le tremblement de terre

Photo by Lorenzo Bollettini on Unsplash
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Texte

CHAPITRE 5

 

  À peine ont-ils mis le pied dans la ville en pleurant la mort de leur bienfaiteur, qu'ils sentent la terre trembler sous leurs pas ; la mer s'élève en bouillonnant dans le port, et brise les vaisseaux qui sont à l'ancre. Des tourbillons de flammes et de cendres couvrent les rues et les places publiques ; les maisons s'écroulent, les toits sont renversés sur les fondements, et les fondements se dispersent ; trente mille habitants de tout âge et de tout sexe sont écrasés sous des ruines. Le matelot disait en sifflant et en jurant : « Il y aura quelque chose à gagner ici. -- Quelle peut être la raison suffisante de ce phénomène ? disait Pangloss. -- Voici le dernier jour du monde ! » s'écriait Candide. Le matelot court incontinent au milieu des débris, affronte la mort pour trouver de l'argent, en trouve, s'en empare, s'enivre, et, ayant cuvé son vin, achète les faveurs de la première fille de bonne volonté qu'il rencontre sur les ruines des maisons détruites et au milieu des mourants et des morts. Pangloss le tirait cependant par la manche. « Mon ami, lui disait-il, cela n'est pas bien, vous manquez à la raison universelle, vous prenez mal votre temps. -- Tête et sang ! répondit l'autre, je suis matelot et né à Batavia ; j'ai marché quatre fois sur le crucifix dans quatre voyages au Japon ; tu as bien trouvé ton homme avec ta raison universelle ! »

 

    Quelques éclats de pierre avaient blessé Candide ; il était étendu dans la rue et couvert de débris. Il disait à Pangloss : « Hélas ! procure-moi un peu de vin et d'huile ; je me meurs. -- Ce tremblement de terre n'est pas une chose nouvelle, répondit Pangloss ; la ville de Lima éprouva les mêmes secousses en Amérique l'année passée ; même causes, même effets : il y a certainement une traînée de soufre sous terre depuis Lima jusqu'à Lisbonne. -- Rien n'est plus probable, dit Candide ; mais, pour Dieu, un peu d'huile et de vin. -- Comment, probable ? répliqua le philosophe ; je soutiens que la chose est démontrée. » Candide perdit connaissance, et Pangloss lui apporta un peu d'eau d'une fontaine voisine.

 

Extrait du chapitre cinquième (5) de Candide - Voltaire


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Commentaire composé

Comment dans ce conte philosophique, Voltaire utilise t-il le tremblement de terre pour prouver l'inutilité de la parole et ridiculiser la philosophie de Leibniz ?

 

I Le thème du désordre

  1. Le désordre de la nature.

 

Voltaire raconte à sa façon le tremblement de terre de Lisbonne.

“À peine ont-ils mis le pied dans la ville en pleurant la mort de leur bienfaiteur, qu'ils sentent la terre trembler sous leurs pas ; la mer s'élève en bouillonnant dans le port, et brise les vaisseaux qui sont à l'ancre.” Cette phrase désigne une catastrophe naturelle, un tremblement de terre puis ensuite un raz de marée, le bouleversement touche l’ensemble de la création.

 

“Des tourbillons de flammes et de cendres couvrent les rues et les places publiques ; les maisons s'écroulent, les toits sont renversés sur les fondements, et les fondements se dispersent ;” Le tremblement de terre provoque un grand incendie qui va détruire toute forme de civilisation.

 

“ trente mille habitants de tout âge et de tout sexe sont écrasés sous des ruines.” Beaucoup de personnes meurent pendant cette catastrophe, personne n’est épargné.   



  1. Le désordre moral.

 

“Le matelot disait en sifflant et en jurant” Cette phrase introduit le caractère immoral du matelot qui se réjouit et blasphème au lieu de prier.

 

“« Il y aura quelque chose à gagner ici” Cette phrase confirme le comportement déplacé du matelot qui voit une opportunité à voler de l’argent alors que des milliers de personnes meurent sous ses yeux. Il pratique le pillage comme les pirates.

 

“Le matelot court incontinent au milieu des débris, affronte la mort pour trouver de l'argent, en trouve, s'en empare, s'enivre, et, ayant cuvé son vin, achète les faveurs de la première fille de bonne volonté qu'il rencontre sur les ruines des maisons détruites et au milieu des mourants et des morts.” Dans cette phrase le rythme reproduit le souffle court du matelot qui se précipite pour piller la ville au lieu de se précipiter pour sauver des personnes mourantes. Le matelot qui affronte la mort décide de s’arrêter pour boire en plein milieu du tremblement de terre ce qui montre le caractère humoristique et invraisemblable du conte.

Le matelot pousse le blasphème jusqu’à copuler avec une prostituée sur les corps encore chauds des mourants. Bien sûr Voltaire s’amuse avec son lecteur en poussant à l’extrême et bien au-delà du vraisemblable l’immoralité du matelot qui apparaît alors comme une figure du diable puisqu’il réunit en une phrase les pires péchés (absence de compassion, cupidité, lubricité).

 

“Tête et sang ! répondit l'autre, je suis matelot et né à Batavia ; j'ai marché quatre fois sur le crucifix dans quatre voyages au Japon ; tu as bien trouvé ton homme avec ta raison universelle ! »” Le matelot se justifie en expliquant à Pangloss qu’il est le diable, ce qui annihile l'utilité de l’intervention de Pangloss et de sa morale universelle.



II L’impuissance de la parole

  1. Candide.

 

“ Voici le dernier jour du monde ! » s'écriait Candide.” Candide est le seul des trois personnages à réagir naturellement. Cependant c’est une réaction de peur, il ne va pas aider les personnes mourantes. Cela rappelle le chapitre 3 quand “Candide tremblait comme un philosophe” et “après s’être caché du mieux qu’il put, il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des effets et des causes”. Cela montre que Candide n’a pas beaucoup évolué sur le point du courage.

 

“ Quelques éclats de pierre avaient blessé Candide ; il était étendu dans la rue et couvert de débris. Il disait à Pangloss : « Hélas ! procure-moi un peu de vin et d'huile ; je me meurs.” Dans ce passage Candide est blessé, croit qu’il va mourir et il demande l’extrême onction à Pangloss.

 

“ Rien n'est plus probable, dit Candide ; mais, pour Dieu, un peu d'huile et de vin.” Candide répond à l’explication de Pangloss d’un ton affirmatif, il est d’accord avec lui soit parce qu'il le croit aveuglément soit parce qu'il essaye de changer de sujet en disant que Pangloss a raison pour qu’il aille lui apporter du vin et de l’huile.

 

  1. Pangloss.

 

“ Quelle peut être la raison suffisante de ce phénomène ? disait Pangloss.” Dans cette phrase Pangloss garde un air professionnel pendant la catastrophe et il questionne  avec indifférence les raisons pour lesquelles cette catastrophe s'est produite alors qu’il n’en sait rien du tout.  

 

“ Pangloss le tirait cependant par la manche. « Mon ami, lui disait-il, cela n'est pas bien, vous manquez à la raison universelle, vous prenez mal votre temps” Dans cette phrase Pangloss va de nouveau parler de sa morale qu’il pense universelle, avec une indifférence très accentuée. Pangloss est complètement ridicule, il préfère expliquer au marin que ce qu’il fait est pas correcte au lieu d’essayer de lui en dissuader ou d’aller aider les mourants, il préfère observer et parler pour ne rien dire.

 

“Ce tremblement de terre n'est pas une chose nouvelle, répondit Pangloss ; la ville de Lima éprouva les mêmes secousses en Amérique l'année passée ; même causes, même effets : il y a certainement une traînée de soufre sous terre depuis Lima jusqu'à Lisbonne.” Cet extrait est très ironique car au lieu de répondre aux besoins de Candide qui est mourant Pangloss pense qu’à expliquer les causes complètement insensées du tremblement de terre.

 

“Comment, probable ? répliqua le philosophe ; je soutiens que la chose est démontrée. » Candide perdit connaissance, et Pangloss lui apporta un peu d'eau d'une fontaine voisine.” Au lieu d'écouter son élève, Pangloss, qui est omnibulé par son raisonnement car il ne veut pas avoir tort rétorque que c’est sûr qu’il a raison et le pauvre Candide perd connaissance et ce n’est qu’à ce moment la que Pangloss décide de lui amener de l’eau de la fontaine voisine pour ne pas trop se déranger. On peut s’amuser ici du nom Pangloss qui signifie celui qui parle trop. Ce passage est le summum de l'inutilité de la parole. Candide est obligé de tomber inconscient pour que Pangloss qui parle pour ne rien dire agisse, comme quoi il était inutile d’essayer de lui demander quelque chose.


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