Commentaire composé du chapitre 1 de L'Assommoir de Zola

Commentaire composé du chapitre 1 de L'Assommoir de Zola

Photo by Cristian Newman on Unsplash
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Texte

Zola, L’Assommoir, chapitre 1

 

 

L'hôtel se trouvait sur le boulevard de la Chapelle, à gauche de la barrière Poissonnière. C'était une masure de deux étages, peinte en rouge lie de vin jusqu'au second, avec des persiennes pourries par la pluie. Au-dessus d'une lanterne aux vitres étoilées, on parvenait à lire entre les deux fenêtres : Hôtel Boncoeur, tenu par Marsoullier, en grandes lettres jaunes, dont la moisissure du plâtre avait emporté des morceaux. Gervaise, que la lanterne gênait, se haussait, son mouchoir sur les lèvres. Elle regardait à droite, du côté du boulevard de Rochechouart, où des groupes de bouchers, devant les abattoirs, stationnaient en tabliers sanglants ; et le vent frais apportait une puanteur par moments, une odeur fauve de bêtes massacrées. Elle regardait à gauche, enfilant un long ruban d'avenue, s'arrêtant, presque en face d'elle, à la masse blanche de l'hôpital de Lariboisière, alors en construction. Lentement, d'un bout à l'autre de l'horizon, elle suivait le mur de l'octroi, derrière lequel, la nuit, elle entendait parfois des cris d'assassinés ; et elle fouillait les angles écartés, les coins sombres, noirs d'humidité et d'ordure, avec la peur d'y découvrir le corps de Lantier, le ventre troué de coups de couteau. Quand elle levait les yeux, au delà de cette muraille grise et interminable qui entourait la ville d'une bande de désert, elle apercevait une grande lueur, une poussière de soleil, pleine déjà du grondement matinal de Paris. Mais c'était toujours à la barrière Poissonnière qu'elle revenait, le cou tendu, s'étourdissant à voir couler, entre les deux pavillons trapus de l'octroi, le flot ininterrompu d'hommes, de bêtes, de charrettes, qui descendait des hauteurs de Montmartre et de la Chapelle. Il y avait là un piétinement de troupeau, une foule que de brusques arrêts étalaient en mares sur la chaussée, un défilé sans fin d'ouvriers allant au travail, leurs outils sur le dos, leur pain sous le bras ; et la cohue s'engouffrait dans Paris où elle se noyait, continuellement. Lorsque Gervaise, parmi tout ce monde, croyait reconnaître Lantier, elle se penchait davantage, au risque de tomber ; puis, elle appuyait plus fortement son mouchoir sur la bouche, comme pour renfoncer sa douleur. 

Commentaire composé

 

I) Un texte naturaliste 

 

"L'hôtel se trouvait sur le boulevard de la Chapelle, à gauche de la barrière Poissonnière."- Zola place le cadre spatio-temporel de son histoire 

 

"Au-dessus d'une lanterne aux vitres étoilées, on parvenait à lire entre les deux fenêtres : Hôtel Boncoeur, tenu par Marsoullier, en grandes lettres jaunes, dont la moisissure du plâtre avait emporté des morceaux."- Zola effectue une description très précise de l’habitat de Gervaise afin que le lecteur puisse  l’imaginer.  

 

"Gervaise, que la lanterne gênait, se haussait, son mouchoir sur les lèvres." - Le lecteur peut se représenter l’image de Gervaise tenant son mouchoir. 

 

 "Elle regardait à droite, du côté du boulevard de Rochechouart, où des groupes de bouchers, devant les abattoirs, stationnaient en tabliers sanglants ;" - Zola place des éléments naturalistes puisqu’il ancre l’action dans un rue réelle  et en faisant la description détaillée des bouchers et de leur tablier sanglant. 

 

"et le vent frais apportait une puanteur par moments, une odeur fauve de bêtes massacrées."- Le lecteur peut ressentir l’odeur de l’abattoir. 

 

 "Elle regardait à gauche, enfilant un long ruban d'avenue, s'arrêtant, presque en face d'elle, à la masse blanche de l'hôpital de Lariboisière, alors en construction."- Zola effectue une description de l’entourage de Gervaise. Il montre aussi l’urbanisation de Paris en raison du grand exode rural des ruraux pour devenir des ouvriers. "Lentement, d'un bout à l'autre de l'horizon, elle suivait le mur de l'octroi, derrière lequel, la nuit, elle entendait parfois des cris d'assassinés ;"- Zola décrit le quartier défavorisé de Paris et se fait défenseur de cette classe muette. 

 

"et elle fouillait les angles écartés, les coins sombres, noirs d'humidité et d'ordure, avec la peur d'y découvrir le corps de Lantier, le ventre troué de coups de couteau."- Gervaise cherche son quartier par peur de trouver Lantier assassiné. Le mot “ordure”  a ici une double signification : dans le sens propre les déchets et dans le sens figuré les criminels .

 

"Quand elle levait les yeux, au delà de cette muraille grise et interminable qui entourait la ville d'une bande de désert, elle apercevait une grande lueur, une poussière de soleil, pleine déjà du grondement matinal de Paris."- Zola décrit l’isolement des ouvriers par rapport à la ville de Paris. 

 

"Mais c'était toujours à la barrière Poissonnière qu'elle revenait, le cou tendu, s'étourdissant à voir couler, entre les deux pavillons trapus de l'octroi, le flot ininterrompu d'hommes, de bêtes, de charrettes, qui descendait des hauteurs de Montmartre et de la Chapelle."- Zola décrit  Paris comme dans son roman Le Ventre de Paris. 

 

"Il y avait là un piétinement de troupeau, une foule que de brusques arrêts étalaient en mares sur la chaussée, un défilé sans fin d'ouvriers allant au travail, leurs outils sur le dos, leur pain sous le bras ; et la cohue s'engouffrait dans Paris où elle se noyait, continuellement."- Il décrit le travail des ouvriers parisiens.


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