Commentaire composé sur le poème de Baudelaire "L'homme et la mer"

Commentaire composé sur le poème de Baudelaire "L'homme et la mer"

Photo by Blair Fraser on Unsplash
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Texte

L'Homme et la Mer

 

Homme libre, toujours tu chériras la mer !

La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme

Dans le déroulement infini de sa lame,

Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.

 

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;

Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton cœur

Se distrait quelquefois de sa propre rumeur

Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

 

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :

Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes ;

O mer, nul ne connaît tes richesses intimes,

Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

 

Et cependant voilà des siècles innombrables

Que vous vous combattez sans pitié ni remords,

Tellement vous aimez le carnage et la mort,

O lutteurs éternels, ô frères implacables !

 

Charles Baudelaire - Les Fleurs du mal


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Commentaire composé

Comment Baudelaire, dans ce poème, compare-t-il l’homme à la mer, tout en montrant qu’ils sont attirés l’un par l’autre dans une lutte passionnelle ?

 

I Les correspondances entre l’Homme et la mer

 

La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme

Dans le déroulement infini de sa lame” : L’enjambement montre que l’âme est infinie comme une grande vague que rien ne peut arrêter et qui a la puissance de tout emporter sur son passage. Baudelaire affirme que la mer est un miroir, qui lui permet d’étudier son comportement émotionnel.

 

“Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets” : Baudelaire souligne l’aspect mystérieux et dangereux des deux.

 

Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes ;

O mer, nul ne connaît tes richesses intimes,

Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !” : Baudelaire s'adresse à la mer comme à un être vivant. Cette personnification permet la comparaison avec l’Homme pour dire qu’ils regorgent tous deux de mystères qui demeurent pour toujours un secret commun.

 

“Tellement vous aimez le carnage et la mort,

O lutteurs éternels, ô frères implacables !” : L’Homme et la mer sont comme des frères ennemis qui passent leurs vie à se combattre malgré leurs ressemblances et leurs idéaux communs soulignés par la césure à l’hémistiche.



II Une destruction passionnelle

 

Baudelaire utilise des alexandrins, vers nobles, montrant que le poème se veut solennel.

 

Homme libre, toujours tu chériras la mer !” : L’Homme est amoureux de la mer, de sa beauté naturelle et de sa puissance.

 

“Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer” : L’image du gouffre pour parler du creux de la vague symbolise la chute de l’homme qui s’enfonce dans un état dépressif et ne trouve pas la solution à son mal être.

 

Tu te plais à plonger au sein de ton image” : L’Homme désire nager, littéralement et symboliquement, dans la mer qui reflète son esprit.

 

“Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton cœur

Se distrait quelquefois de sa propre rumeur

Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage” : L’Homme aime profondément la mer, si bien que son corps le pousse à continuer, et n’écoute plus sa souffrance. La mer est donc un moyen de le détourner de sa souffrance intérieure. Cela est renforcé par l’utilisation de rimes embrassées dans l’ensemble du poème.

 

“Et cependant voilà des siècles innombrables

 

Que vous vous combattez sans pitié ni remords” : L’Homme et la mer se trouvent dans une querelle sans fin, qui ne laisse pas de survivants. Elle symbolise la destruction de la passion amoureuse, un sujet récurrent dans l’oeuvre de Baudelaire.


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