Commentaire composé de la fin de la première partie chapitre 6 de L'Etranger de Camus, le meurtre de l'Arabe

Commentaire composé de la fin de la première partie chapitre 6 de L'Etranger de Camus, le meurtre de l'Arabe

Photo by Ethan Robertson on Unsplash
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Texte

J'ai pensé que je n'avais qu'un demi-tour à faire et ce serait fini. Mais toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi. J'ai fait quelques pas vers la source. L'Arabe n'a pas bougé. Malgré tout, il était encore assez loin. Peut-être à cause des ombres sur son visage, il avait l'air de rire. J'ai attendu. La brûlure du soleil gagnait mes joues et j'ai senti des gouttes de sueur s'amasser dans mes sourcils. C'était le même soleil que le jour où j'avais enterré maman et, comme alors, le front surtout me faisait mal et toutes ses veines battaient ensemble sous la peau. À cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j'ai fait un mouvement en avant. Je savais que c'était stupide, que je ne me débarrasserais pas du soleil en me déplaçant d'un pas. Mais j'ai fait un pas, un seul pas en avant. Et cette fois, sans se soulever, l'Arabe a tiré son couteau qu'il m'a présenté dans le soleil. La lumière a giclé sur l'acier et c'était comme une longue lame étincelante qui m'atteignait au front. Au même instant, la sueur amassée dans mes sourcils a coulé d'un coup sur les paupières et les a recouvertes d'un voile tiède et épais. Mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel. Je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front et, indistinctement, le glaive éclatant jailli du couteau toujours en face de moi. Cette épée brûlante rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux. C'est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m'a semblé que le ciel s'ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver. La gâchette a cédé, j'ai touché le ventre poli de la crosse et c'est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé. J'ai secoué la sueur et le soleil. J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux. Alors, j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût. Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur.

 

Fin de la première partie de L'Etranger - Albert Camus



Commentaire composé

Comment Camus transforme-t-il cet extrait de roman en tragédie ?

 

I Le tragique

  1. Le soleil

 

“Mais toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi” : Meursault a été poussé par le destin à la confrontation. Le soleil agit comme une force qui le dirige.

 

“C'était le même soleil que le jour où j'avais enterré maman et, comme alors, le front surtout me faisait mal et toutes ses veines battaient ensemble sous la peau.” : Cela montre que le soleil est toujours présent lors d’évènements important dans la vie de Meursault. C’est un élément hostile qui lui provoque des souffrances physiques.  “À cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j'ai fait un mouvement en avant.”

 

“La lumière a giclé sur l'acier et c'était comme une longue lame étincelante qui m'atteignait au front.” : Le soleil blesse Meursault et allonge la lame du couteau donc Meursault se sent en danger et tire par réflexe pour se protéger.

 

“Mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel.” : Le soleil provoque encore des souffrances physiques mais aussi psychologiques parce que Meursault ne se rend pas compte de ses actions. On peut aussi voir cette phrase comme une prolepse puisque Meursault sera bientôt derrière les barreaux d’une prison et n’aura plus que ses yeux pour pleurer.

 

“Je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front et, indistinctement, le glaive éclatant jailli du couteau toujours en face de moi.” : Le soleil fait sortir une épée du couteau ce qui blesse Meursault. Le soleil a donc toujours le pouvoir sur lui.

 

  1. L’engrenage

 

“J'ai fait quelques pas vers la source. L'Arabe n'a pas bougé. Malgré tout, il était encore assez loin. Peut-être à cause des ombres sur son visage, il avait l'air de rire. J'ai attendu.” : On remarque que les phrases sont courtes, ce qui montre le temps de chaque action. Les phrases suivent l’ordre chronologique des faits. Nous pouvons donc dire que le style journalistique est employé.

 

“ La brûlure du soleil gagnait mes joues et j'ai senti des gouttes de sueur s'amasser dans mes sourcils.” : Meursault note la première étape qui le conduit à déraper.

 

“À cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j'ai fait un mouvement en avant.” : Meursault se sent alors forcé à avancer même si ce geste ne le soulagera pas.

 

“Mais j'ai fait un pas, un seul pas en avant. Et cette fois, sans se soulever, l'Arabe a tiré son couteau qu'il m'a présenté dans le soleil.” : L’Arabe provoque Meursault qui se sent menacé par son couteau.

 

“Au même instant, la sueur amassée dans mes sourcils a coulé d'un coup sur les paupières et les a recouvertes d'un voile tiède et épais.” : Meursault  a pleinement conscience de l’accumulation des petits détails qui l’ont conduit à perdre son sang froid.

 

“Cette épée brûlante rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux.” : Meursault est blessé d’une façon surnaturelle par le soleil. Ces blessures nous renvoient au mythe d’OEdipe qui s’est crevé les yeux pour ne pas regarder ses crimes.

 

“C'est alors que tout a vacillé.” : On détaille toutes les étapes du meurtre commis par Meursault.

 

“La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m'a semblé que le ciel s'ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver” : Tous les éléments semblent conspirer contre lui et il semble qu’il soit contraint par des forces supérieures à tirer le coup de feu, comme dans une tragédie antique : “La gâchette a cédé”.

II La transformation de Meursault

  1. Une situation absurde

 

“J'ai pensé que je n'avais qu'un demi-tour à faire et ce serait fini” : Meursault avait la possibilité d’éviter la confrontation avec l’Arabe mais il ne l’a pas fait.

 

“J'ai fait quelques pas vers la source. L'Arabe n'a pas bougé” : L’Arabe aurait pu partir mais a choisi de rester.

 

“Je savais que c'était stupide, que je ne me débarrasserais pas du soleil en me déplaçant d'un pas.” : Meursault essaie de fuire le soleil, ce qui est impossible car on n’échappe pas à son destin.

 

“j'ai touché le ventre poli de la crosse” : On retrouve une sensualité inappropriée et choquante parce qu’il caresse son revolver alors qu’il ferait mieux de caresser sa fiancée qui le lui réclame durant tout le roman.

 

“Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver.” : Meursault n’aurait pas dû avoir un revolver chargé dans la main. Il ne réfléchit pas à l’orientation qu’il donne à sa vie, ce qui explique le titre du roman car Meursault est étranger à lui-même.

 

“Alors, j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût.” : On retrouve la neutralité de Meursault comme depuis le début, il tire sans y réfléchir comme si cela n’avait pas d’importance. Alors que c’est ce geste qui le condamnera à mort pour homicide volontaire avec préméditation.



  1. La prise de conscience que sa vie ne sera plus jamais la même

 

“C'est alors que tout a vacillé.” : Meursault sait qu’à partir de ce moment tout change pour lui. Il reconnaît qu’il perd totalement le contrôle de sa vie à cet instant précis.

 

“La gâchette a cédé, j'ai touché le ventre poli de la crosse et c'est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé.” : Meursault réalise qu’il a commis une grave erreur et que sa vie sera changée à partir de là. On a ici, grâce au bruit “à la fois sec et assourdissant” une prolepse de la mort de Meursault qui sera pendu pour son crime.

 

“ J'ai secoué la sueur et le soleil” : Meursault essaye de reprendre sa vie en main en enlevant d’une façon symbolique le soleil qui reflète sur la sueur de son visage. Mais c’est trop tard puisque l’acte est déjà commis.

 

“J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux” : Le roman prend un tournure poétique et philosophique parce que Meursault se rend compte du bonheur qu’il avait seulement lorsqu’il ne l’a plus. La plage est une métaphore de sa vie et le silence de l’harmonie et donc du bonheur.

 

“Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur.” : Meursault sait que ce qu’il fait est très mal. C’est encore une métaphore de sa vie et il devine que son geste aura de sévères conséquences.


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