Commentaire composé du poème de Baudelaire "La cloche fêlée"

Commentaire composé du poème de Baudelaire "La cloche fêlée"

Photo by Joshua Newton on Unsplash
Photo by Joshua Newton on Unsplash

Texte

La Cloche fêlée

 

II est amer et doux, pendant les nuits d'hiver,

D'écouter, près du feu qui palpite et qui fume,

Les souvenirs lointains lentement s'élever

Au bruit des carillons qui chantent dans la brume.

 

Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux

Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,

Jette fidèlement son cri religieux,

Ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente !

 

Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis

Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits,

II arrive souvent que sa voix affaiblie

 

Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie

Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts

Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts.

 

   Charles Baudelaire - Les Fleurs du mal


Si vous étudiez Les Fleurs du mal de Baudelaire en oeuvre intégrale je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Comment Baudelaire, dans ce sonnet construit sur une opposition entre une cloche et le poète, évoque-t-il son spleen?

 

I Le spleen

 

La sonorité du poème comprend plusieurs allitérations en [r] et [s], toutes deux des sonorités négatives. Le [r] représente la difficulté, et le [s] la souffrance et la Mort.

 

“II est amer et doux, pendant les nuits d'hiver,” : l’oxymore montre qu’il y a une difficulté intérieure, renforcée par la saison évoquée, l’hiver, qui est une saison symbolisant la Mort et la solitude.

 

“Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux

Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante” : Contrairement à la cloche, qui est vieille mais remplie d’énergie, le poète est jeune mais malade psychologiquement, suicidaire, sur le point de mourir.

 

“Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis

Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits” : le poète fait ici une métaphore avec la cloche puisque son âme est “fêlée”, cette fêlure représente sa solitude qu’il ne parvient pas à combler.

 

“II arrive souvent que sa voix affaiblie” : la voix du poète devient faible, puisque ce dernier est dépressif et sur le point de mourir.

 

“Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie

Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts” : la césure à l’hémistiche renforce l’horreur de la situation, car le mot mis en valeur est “sang”, et la seconde hémistiche procède à une gradation de cette horreur.

 

“Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts.” : le poète meurt avec difficulté, comme si tout était difficile, même de mourir.



II Le symbolisme

 

Le sonnet est composé de rimes croisées, représentant l’opposition et l’adversité. En effet, le poète est en colère contre Dieu, symbolisé ici par la cloche d’une église, mais aussi contre lui-même puisque Baudelaire est très malheureux lorsqu’il écrit ce poème.

 

“D'écouter, près du feu qui palpite et qui fume” : Comme le poète est presque mort, son coeur palpite de moins en moins, de plus, la chaleur du  feu qui lui fume également renforce le contraste avec le froid intérieur du poète qui se matérialise dans “l’hiver” extérieur.

 

“Les souvenirs lointains lentement s'élever

Au bruit des carillons qui chantent dans la brume” : l’enjambement montre que le poète essaie de retenir ses souvenirs. Ils s’élevent vers le ciel similairement à la cloche qui fait monter son chant vers le firmament. Mais la brume indique que ses souvenirs se mélangent puisqu’ils viennent d’un passé révolu.

 

“Jette fidèlement son cri religieux,

Ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente !” : le symbolisme de la cloche est évoqué, et le soldat montre la nécessité de combattre un combat perdu d’avance contre la vie.

 

“Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts.” : le rythme ternaire, montre la respiration haletante d’un soldat en train de mourir, qui est en fait le poète qui a perdu son combat contre la vie.

 

Du vers 11 au vers 14 l’enjambement représente les derniers mots du poète qui se dépêche de terminer sa phrase avant sa mort.


Écrire commentaire

Commentaires : 0