Commentaire composé de la fable "Le chat et les lapins" de Fénelon

Commentaire composé de la fable "Le chat et les lapins" de Fénelon

Photo by Jenn Evelyn-Ann on Unsplash
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Texte

LE CHAT ET LES LAPINS

Un chat, qui faisait le modeste, était entré dans une garenne1peuplée de lapins. Aussitôt toute la république alarmée ne songea qu’à s’enfoncer dans ses trous. Comme le nouveau venu était au guet auprès d’un terrier, les députés de la nation lapine, qui avaient vu ses terribles griffes, comparurent dans l’endroit le plus étroit de l’entrée du terrier, pour lui demander ce qu’il prétendait. Il protesta d’une voix douce qu’il voulait seulement étudier les mœurs de la nation, qu’en qualité de philosophe il allait dans tous les pays pour s’informer des coutumes de chaque espèce d’animaux. Les députés, simples et crédules, retournèrent dire à leurs frères que cet étranger, si vénérable par son maintien modeste et par sa majestueuse fourrure, était un philosophe, sobre, désintéressé, pacifique, qui voulait seulement rechercher la sagesse de pays en pays, qu’il venait de beaucoup d’autres lieux où il avait vu de grandes merveilles, qu’il y aurait bien du plaisir à l’entendre, et qu’il n’avait garde de croquer les lapins, puisqu’il croyait en bon Bramin2 la métempsycose3, et ne mangeait d’aucun aliment qui eût eu vie. Ce beau discours toucha l’assemblée. En vain un vieux lapin rusé, qui était le docteur4de la troupe, représenta combien ce grave philosophe lui était suspect : malgré lui on va saluer le Bramin, qui étrangla du premier salut sept ou huit de ces pauvres gens. Les autres regaignent5leurs trous, bien effrayés et bien honteux de leur faute. Alors dom Mitis6revint à l’entrée du terrier, protestant, d’un ton plein de cordialité, qu’il n’avait fait ce meurtre que malgré lui, pour son pressant besoin, que désormais il vivrait d’autres animaux et ferait avec eux une alliance éternelle. Aussitôt les lapins entrent en négociation avec lui, sans se mettre néanmoins à la portée de sa griffe. La négociation dure, on l’amuse7. Cependant un lapin des plus agiles sort par les derrières du terrier, et va avertir un berger voisin, qui aimait à prendre dans un lacs8de ces lapins nourris de genièvre. Le berger, irrité contre ce chat exterminateur d’un peuple si utile, accourt au terrier avec un arc et des flèches. Il aperçoit le chat qui n’était attentif qu’à sa proie. Il le perce d’une de ses flèches, et le chat expirant dit ces dernières paroles : « Quand on a une fois trompé, on ne peut plus être cru de personne ; on est haï, craint, détesté, et on est enfin attrapé par ses propres finesses. »[...]

 

FÉNELON, « Le chat et les lapins », Fables et opuscules pédagogiques, 1718 (édition posthume).


Pour maîtriser l'argumentation au Bac de français je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Comment le fabuliste porte-t-il une réflexion sur l’exercice du pouvoir à travers un récit plaisant qui met en scène un animal hypocrite?

 

I la structure de la fable.

  1. situation initiale, péripéties et situation finale

“Un chat, qui faisait le modeste, était entré dans une garenne peuplée de lapins.” Cette phrase indique qu’un chat rentre dans une garenne de lapins ce qui va entraîner des péripéties car un chat ne peut que présenter du danger en présence de lapins vulnérables.

 

“Aussitôt toute la république alarmée ne songea qu’à s’enfoncer dans ses trous.”

Cette phrase nous indique le début d’une péripétie qui, a la suite de l'arrivée du chat va etre une serie de fuites entamées par les lapins.

 

“Les députés, simples et crédules, retournèrent dire à leurs frères que cet étranger, si vénérable par son maintien modeste et par sa majestueuse fourrure, était un philosophe, sobre, désintéressé, pacifique, qui voulait seulement rechercher la sagesse de pays en pays, qu’il venait de beaucoup d’autres lieux où il avait vu de grandes merveilles, qu’il y aurait bien du plaisir à l’entendre, et qu’il n’avait garde de croquer les lapins, puisqu’il croyait en bon Bramin la métempsycose, et ne mangeait d’aucun aliment qui eût eu vie.” Dans ce passage nous remarquons que le chat a réussi à convaincre les députés, qui sont d’une naïveté prononcée, qu’il n’allait pas leur faire de mal.

 

“En vain un vieux lapin rusé, qui était le docteur de la troupe, représenta combien ce grave philosophe lui était suspect :” Un vieux lapin tente de prévenir l'assemblée que le chat  cache quelque chose mais il est ignoré par les autres lapins qui ont envie de croire les beaux mensonges du chat.

“qui étrangla du premier salut sept ou huit de ces pauvres gens.” Ce passage indique que le chat a trompé les lapins et a décidé d’en tuer quelques uns.

 

“Cependant un lapin des plus agiles sort par les derrières du terrier, et va avertir un berger voisin, qui aimait à prendre dans un lacs de ces lapins nourris de genièvre. Le berger, irrité contre ce chat exterminateur d’un peuple si utile, accourt au terrier avec un arc et des flèches. Il aperçoit le chat qui n’était attentif qu’à sa proie. Il le perce d’une de ses flèches,” Un des lapins va avertir un berger voisin du chat qui tue les lapins. le berger lui adore manger les lapins et il decide de tuer le chat.

 

  1. la morale

 

“Les députés, simples et crédules, retournèrent dire à leurs frères que cet étranger, si vénérable par son maintien modeste et par sa majestueuse fourrure, était un philosophe, sobre, désintéressé, pacifique, qui voulait seulement rechercher la sagesse de pays en pays, qu’il venait de beaucoup d’autres lieux où il avait vu de grandes merveilles, qu’il y aurait bien du plaisir à l’entendre, et qu’il n’avait garde de croquer les lapins, puisqu’il croyait en bon Bramin la métempsycose, et ne mangeait d’aucun aliment qui eût eu vie.” Ce passage illustre bien une partie de la morale car cela montre qu’avec n’importe quelle histoire plus ou moins bien élaborée on peut convaincre n’importe qui. Cela est courant dans le gouvernement.

 

“Cependant un lapin des plus agiles sort par les derrières du terrier, et va avertir un berger voisin, qui aimait à prendre dans un lacs de ces lapins nourris de genièvre. Le berger, irrité contre ce chat exterminateur d’un peuple si utile, accourt au terrier avec un arc et des flèches. Il aperçoit le chat qui n’était attentif qu’à sa proie. Il le perce d’une de ses flèches,” Ce passage indique que les lapins préfèrent se faire manger ou tuer par le berger que par le chat déjà parce que le chat est un danger immédiat par rapport au berger mais aussi parce que le chat les a trompés alors que le berger a toujours mangé des lapins. ce passage montre que l’on préfère être tué par notre ennemis que trahi par un ami qui nous a trompé.

 

« Quand on a une fois trompé, on ne peut plus être cru de personne ; on est haï, craint, détesté, et on est enfin rattrapé par ses propres finesses. »[...] Ce passage indique la troisième morale de cette fable, expliquant qu’une fois que l’on a trompé quelqu’un on ne peut pas le refaire et il nous sera rendu la monnaie de notre pièce.

 

II L’utilisation des animaux apporte de la gaieté

  1. les lapins

“Aussitôt toute la république alarmée ne songea qu’à s’enfoncer dans ses trous.” Il est drôle d’utiliser un vocabulaire comme celui employé par le fabuliste pour décrire un groupe de lapins affolés qui se cachent dans leurs terriers.

“Comme le nouveau venu était au guet auprès d’un terrier, les députés de la nation lapine, qui avaient vu ses terribles griffes, comparurent dans l’endroit le plus étroit de l’entrée du terrier, pour lui demander ce qu’il prétendait.” Ce passage renforce la peur des lapins qui vont se décider à parler seulement apres s’etre bien cachés. Cela montre peut être aussi leur habitude de se faire manger.

 

“Les députés, simples et crédules, retournèrent dire à leurs frères que cet étranger, si vénérable par son maintien modeste et par sa majestueuse fourrure, était un philosophe, sobre, désintéressé, pacifique, qui voulait seulement rechercher la sagesse de pays en pays, qu’il venait de beaucoup d’autres lieux où il avait vu de grandes merveilles, qu’il y aurait bien du plaisir à l’entendre, et qu’il n’avait garde de croquer les lapins, puisqu’il croyait en bon Bramin la métempsycose, et ne mangeait d’aucun aliment qui eût eu vie.”

“Ce beau discours toucha l’assemblée.” Ce passage montre que toute l'assemblée a cru les beaux mensonges du chat et que les lapins sont prêts à devenir amis avec lui.

 

“malgré lui on va saluer le Bramin, qui étrangla du premier salut sept ou huit de ces pauvres gens. Les autres regagnent leurs trous, bien effrayés et bien honteux de leur faute.” Malgré le pressentiment du vieu lapin ils vont le saluer et ils se font tuer par le chat. Les autres s’enfuient mais ce ne serait jamais déroulé de cette manière si les lapins avaient écouté le vieux sage.

 

“Aussitôt les lapins entrent en négociation avec lui, sans se mettre néanmoins à la portée de sa griffe. La négociation dure, on l’amuse7.” Ce passage démontre que les lapins sont très bons ou très bêtes. On dirait qu’ils croient de nouveau les mensonges du chat. Cependant ils se tiennent à distance donc leurs camarades ne sont pas morts en vain.

 

  1. le chat

“Un chat, qui faisait le modeste” : Ce début de fable est comique car on ne peut pas se représenter un chat qui fait le modeste.

“Il protesta d’une voix douce qu’il voulait seulement étudier les mœurs de la nation, qu’en qualité de philosophe il allait dans tous les pays pour s’informer des coutumes de chaque espèce d’animaux” : De nouveau dans ce passage, le chat prend une tournure comique de la façon dont il parle mais aussi de la façon dont il essaye de tromper les autres ce qui est caractéristique des chats.

 

“Les députés, simples et crédules, retournèrent dire à leurs frères que cet étranger, si vénérable par son maintien modeste et par sa majestueuse fourrure, était un philosophe, sobre, désintéressé, pacifique, qui voulait seulement rechercher la sagesse de pays en pays, qu’il venait de beaucoup d’autres lieux où il avait vu de grandes merveilles, qu’il y aurait bien du plaisir à l’entendre, et qu’il n’avait garde de croquer les lapins, puisqu’il croyait en bon Bramin la métempsycose, et ne mangeait d’aucun aliment qui eût eu vie.” Ce passage renforce le côté trompeur du chat qui arrive à convaincre une assemblée à l’aide d’une simple histoire qu’il a inventée. Cela montre aussi sa supériorité intellectuelle.

 

“Alors dom Mitis6revint à l’entrée du terrier, protestant, d’un ton plein de cordialité, qu’il n’avait fait ce meurtre que malgré lui, pour son pressant besoin, que désormais il vivrait d’autres animaux et ferait avec eux une alliance éternelle.” Ce passage renforce l’ironie du chat qui dit qu’il avait seulement tué les lapins car il avait besoin de le faire et que cela ne se reproduirait plus.

 

III  une réflexion sur l’exercice du pouvoir.

  1. une critique des députés

“Aussitôt toute la république alarmée ne songea qu’à s’enfoncer dans ses trous.” Ce passage nous indique que les lapins qui représentent les députés sont très peureux et se cachent dès que quelque chose d'imprévu arrive.

 

“Comme le nouveau venu était au guet auprès d’un terrier, les députés de la nation lapine, qui avaient vu ses terribles griffes, comparurent dans l’endroit le plus étroit de l’entrée du terrier, pour lui demander ce qu’il prétendait.” Ce passage montre que les députés au lieu de faire face à ceux qui vont essayer de prendre le pouvoir vont se cacher très loin alors qu’ils sont bien plus nombreux que le chat. Cela montre aussi peut être l'incapacité des députés à travailler ensemble.

 

“Les députés, simples et crédules” Ce passage est une critique des députés qui sont considérés comme trop naïf et peu intelligents.

“ Ce beau discours toucha l’assemblée.” Cette critique est aussi destinée aux députés qui sont beaucoup trop crédules.

 

  1. une critique des hommes de pouvoir

“Un chat, qui faisait le modeste” Ici le chat représente un homme de pouvoir car ceux-ci font tous l'impression d'être modeste au départ pour ensuite finir par être tout le contraire. C’est une technique de manipulation très courante chez les hommes politiques.

“Il protesta d’une voix douce qu’il voulait seulement étudier les mœurs de la nation, qu’en qualité de philosophe il allait dans tous les pays pour s’informer des coutumes de chaque espèce d’animaux” ce passage démontre pour la deuxième fois que les hommes politiques  essayent de tromper le peuple en employant la ruse.

 

“si vénérable par son maintien modeste et par sa majestueuse fourrure, était un philosophe, sobre, désintéressé, pacifique, qui voulait seulement rechercher la sagesse de pays en pays, qu’il venait de beaucoup d’autres lieux où il avait vu de grandes merveilles, qu’il y aurait bien du plaisir à l’entendre, et qu’il n’avait garde de croquer les lapins, puisqu’il croyait en bon Bramin la métempsycose, et ne mangeait d’aucun aliment qui eût eu vie.” Ce passage est une série de compliments destinés au chat. Celui qui parle est un lapin et il essaye de convaincre les autres que le chat n’est guère malfaisant et qu’il devrait être considéré comme un ami. C’est une critique des hommes de pouvoir car d’un côté cela critique la crédulité des députés mais de l’autre cela critique l’esprit malsain et trompeur des hommes de pouvoir.

 

“Alors dom Mitis revint à l’entrée du terrier, protestant, d’un ton plein de cordialité, qu’il n’avait fait ce meurtre que malgré lui, pour son pressant besoin, que désormais il vivrait d’autres animaux et ferait avec eux une alliance éternelle.” Ce passage montre que même après les avoirs trompés le chat continue de raconter des mensonges pour expliquer que ce n'était pas vraiment de sa faute. Le pire c’est que les lapins vont le croire, en partie. Ce passage renforce le caractère malsain des hommes de pouvoir qui font des choses horribles et qui tentent de les justifier avec des absurdités.


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