Commentaire composé sur Les Misérables de Victor Hugo, Tome II, livre 3, chapitre 5, Cosette dans la forêt

Commentaire composé sur Les Misérables de Victor Hugo, Tome II, livre 3, chapitre 5, Cosette dans la forêt

Photo by roman mavrin on Unsplash
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Texte

VICTOR HUGO : LES MISERABLES : TOME II : LIVRE 3 : CHAPITRE 5

Les forêts sont des apocalypses ; et le battement d'ailes d'une petite âme fait un bruit d'agonie sous leur voûte monstrueuse.

Sans se rendre compte de ce qu'elle éprouvait, Cosette se sentait saisir par cette énormité noire de la nature. Ce n'était plus seulement de la terreur qui la gagnait, c'était quelque chose de plus terrible même que la terreur. Elle frissonnait. Les expressions manquent pour dire ce qu'avait d'étrange ce frisson qui la glaçait jusqu'au fond du coeur. Son oeil était devenu farouche. Elle croyait sentir qu'elle ne pourrait peut-être pas s'empêcher de revenir là à la même heure le lendemain.

[...]

Elle fit ainsi une douzaine de pas, mais le seau était plein, il était lourd, elle fut forcée de le reposer à terre. Elle respira un instant, puis elle enleva l'anse de nouveau, et se remit à marcher, cette fois un peu plus longtemps. Mais il fallut s'arrêter encore. Après quelques secondes de repos, elle repartit. Elle marchait penchée en avant, la tête baissée, comme une vieille ; le poids du seau tendait et raidissait ses bras maigres ; l'anse de fer achevait d'engourdir et de geler ses petites mains mouillées ; de temps en temps elle était forcée de s'arrêter, et chaque fois qu'elle s'arrêtait l'eau froide qui débordait du seau tombait sur ses jambes nues. Cela se passait au fond d'un bois, la nuit, en hiver, loin de tout regard humain ; c'était un enfant de huit ans. Il n'y avait que Dieu en ce moment qui voyait cette chose triste.

Et sans doute sa mère, hélas !

Car il est des choses qui font ouvrir les yeux aux mortes dans leur tombeau.

Elle soufflait avec une sorte de râlement douloureux ; des sanglots lui serraient la gorge, mais elle n'osait pas pleurer, tant elle avait peur de la Thénardier, même loin. C'était son habitude de se figurer toujours que la Thénardier était là.

Cependant elle ne pouvait pas faire beaucoup de chemin de la sorte, et elle allait bien lentement. Elle avait beau diminuer la durée des stations et marcher entre chaque le plus longtemps possible, elle pensait avec angoisse qu'il lui faudrait plus d'une heure pour retourner ainsi à Montfermeil et que la Thénardier la battrait. Cette angoisse se mêlait à son épouvante d'être seule dans le bois la nuit. Elle était harassée de fatigue et n'était pas encore sortie de la forêt. Parvenue près d'un vieux châtaignier qu'elle connaissait, elle fit une dernière halte plus longue que les autres pour se bien reposer, puis elle rassembla toutes ses forces, reprit le seau et se remit à marcher courageusement. Cependant le pauvre petit être désespéré ne put s'empêcher de s'écrier : Ô mon Dieu ! mon Dieu !

En ce moment, elle sentit tout à coup que le seau ne pesait plus rien. Une main, qui lui parut énorme, venait de saisir l'anse et la soulevait vigoureusement. Elle leva la tête. Une grande forme noire, droite et debout, marchait auprès d'elle dans l'obscurité. C'était un homme qui était arrivé derrière elle et qu'elle n'avait pas entendu venir. Cet homme, sans dire un mot, avait empoigné l'anse du seau qu'elle portait.

 

Il y a des instincts pour toutes les rencontres de la vie. L'enfant n'eut pas peur.


Pour bien comprendre le romantisme je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Comment Victor Hugo fait-il de ce passage romantique un symbole du combat du bien contre le mal ?



I Le pathétique

 

“le battement d'ailes d'une petite âme fait un bruit d'agonie sous leur voûte monstrueuse” : Cosette semble être au seuil de la mort et est terrorisée, le lecteur ressent de la compassion pour la petite fille.

 

“Ce n'était plus seulement de la terreur qui la gagnait, c'était quelque chose de plus terrible même que la terreur” : Les hyperboles montrent que la terreur est indescriptible et provoque de l’effroi chez le lecteur.

 

“Elle frissonnait” : Le frissonnement de Cosette est causé par le froid mais aussi par la peur qui l’envahit. La phrase est très courte afin d’attirer l’attention sur elle et sur Cosette qui est seule dans la forêt, ne bougeant plus et ne parlant plus, elle ne fait que frissonner.

 

Elle croyait sentir qu'elle ne pourrait peut-être pas s'empêcher de revenir là à la même heure le lendemain” : Cosette a peur de devoir retourner dans la foret la nuit.

 

"Elle fit ainsi une douzaine de pas, mais le seau était plein, il était lourd, elle fut forcée de le reposer à terre. Elle respira un instant, puis elle enleva l'anse de nouveau, et se remit à marcher, cette fois un peu plus longtemps. Mais il fallut s'arrêter encore. Après quelques secondes de repos, elle repartit. Elle marchait penchée en avant, la tête baissée, comme une vieille ; le poids du seau tendait et raidissait ses bras maigres ; l'anse de fer achevait d'engourdir et de geler ses petites mains mouillées; de temps en temps elle était forcée de s'arrêter, et chaque fois qu'elle s'arrêtait l'eau froide qui débordait du seau tombait sur ses jambes nues. “ : Victor Hugo nous raconte avec précision les étapes par lesquelles passe Cosette pour déplacer le seau. Ainsi il l’a décrit physiquement afin d’accentuer le pathétique de la situation et la démesure de la tâche par rapport à son corps d’enfant battu.

 

“Cela se passait au fond d'un bois, la nuit, en hiver, loin de tout regard humain ; c'était un enfant de huit ans” : Cosette se trouve dans lieu dépourvu d’amour (la lumière et le froid) et ne peut être sauvée de personne puisqu’aucun être humain ne s’est aventuré dans cet endroit maléfique.

 

“Et sans doute sa mère, hélas !

Car il est des choses qui font ouvrir les yeux aux mortes dans leur tombeau” : Le narrateur rappelle au lecteur que la mère de Cosette s’est sacrifiée pour elle en vain.

 

“Elle soufflait avec une sorte de râlement douloureux” : Cosette se rapproche de plus en plus de la mort.

 

le pauvre petit être désespéré” : L’accumulation des adjectifs pathétiques ajoute de la terreur à la situation en insistant sur la faiblesse de l’enfant.




II Le romantisme

“Les forêts sont des apocalypses” : La forêt symbolise le lieu où l’on se perd et l’on se trouve.

 

“voûte monstrueuse” : Hyperbole visant à montrer la terreur de l’enfant qui se voit dans les caractéristiques du paysage

 

“Sans se rendre compte de ce qu'elle éprouvait, Cosette se sentait saisir par cette énormité noire de la nature” : Cosette est absorbée par la noirceur de la nature qui représente ici la mort.

 

“Les expressions manquent pour dire ce qu'avait d'étrange ce frisson qui la glaçait jusqu'au fond du coeur” : Victor Hugo utilise la prétérition afin de d’insister sur la détresse de l’enfant qui est à la fois physique et morale.

 

“Cependant elle ne pouvait pas faire beaucoup de chemin de la sorte, et elle allait bien lentement. Elle avait beau diminuer la durée des stations et marcher entre chaque le plus longtemps possible, elle pensait avec angoisse qu'il lui faudrait plus d'une heure pour retourner ainsi à Montfermeil et que la Thénardier la battrait. Cette angoisse se mêlait à son épouvante d'être seule dans le bois la nuit. Elle était harassée de fatigue et n'était pas encore sortie de la forêt. Parvenue près d'un vieux châtaignier qu'elle connaissait, elle fit une dernière halte plus longue que les autres pour se bien reposer, puis elle rassembla toutes ses forces, reprit le seau et se remit à marcher courageusement.”  L’eau du seau représente les émotions de Cosette qui n’arrive pas à les portés.





III Le sublime miraculeux (une parabole biblique)

“Les forêts sont des apocalypses” : L'apocalypse est la fin d’un cycle et une révélation donnée par Dieu qui répond aux prières de Cosette en la personne de Jean-Valjean qui va la sauver en l’arrachant aux Thénardier et en l’adoptant.

 

“le battement d'ailes d'une petite âme fait un bruit d'agonie sous leur voûte monstrueuse” : Victor Hugo insiste sur le combat entre le bien et le mal. L'âme de Cosette est en train de quitter son corps, c’est une description mystique de la mort. Les “ailes” représente la figure biblique de l’ange car elle est innocente et souffre en martyre : Cosette est une victime sacrifiée .

 

“Cosette se sentait saisir par cette énormité noire de la nature” : Cosette est absorbée par le mal, la mort est entrain de prendre le dessus sur la vie.

 

“Son oeil était devenu farouche” : Cosette fait appel à sa dernière force de survie, elle est dans un combat moral contre la mort.

 

“Il n'y avait que Dieu en ce moment qui voyait cette chose triste” : Victor Hugo veut montrer que Dieu voit tout et est présent pour veiller sur elle. L’auteur donne de l’espoir au lecteur.

 

“des sanglots lui serraient la gorge, mais elle n'osait pas pleurer, tant elle avait peur de la Thénardier, même loin. C'était son habitude de se figurer toujours que la Thénardier était là.” : La menace de la Thénardier poursuit Cosette même dans les profondeurs des bois car elle est une figure du diable dans le roman.

 

“Cependant elle ne pouvait pas faire beaucoup de chemin de la sorte, et elle allait bien lentement. Elle avait beau diminuer la durée des stations et marcher entre chaque le plus longtemps possible, elle pensait avec angoisse qu'il lui faudrait plus d'une heure pour retourner ainsi à Montfermeil et que la Thénardier la battrait. Cette angoisse se mêlait à son épouvante d'être seule dans le bois la nuit. Elle était harassée de fatigue et n'était pas encore sortie de la forêt. Parvenue près d'un vieux châtaignier qu'elle connaissait, elle fit une dernière halte plus longue que les autres pour se bien reposer, puis elle rassembla toutes ses forces, reprit le seau et se remit à marcher courageusement.” Le sceau représente le fardeau de Cosette qui est ici une représentation de Jésus portant sa croix.

 

“Cependant le pauvre petit être désespéré ne put s'empêcher de s'écrier : Ô mon Dieu ! mon Dieu ! “ : En criant à Dieu, Cosette se rapproche de la foi protestante et lui demande de l’aide, sa prière est aussitôt entendue .

 

“En ce moment, elle sentit tout à coup que le seau ne pesait plus rien. Une main, qui lui parut énorme, venait de saisir l'anse et la soulevait vigoureusement. Elle leva la tête. Une grande forme noire, droite et debout, marchait auprès d'elle dans l'obscurité. C'était un homme qui était arrivé derrière elle et qu'elle n'avait pas entendu venir. Cet homme, sans dire un mot, avait empoigné l'anse du seau qu'elle portait.

 

Il y a des instincts pour toutes les rencontres de la vie. L'enfant n'eut pas peur.” : Dieu répond à Cosette par un miracle en lui envoyant Jean-Valjean, aussitôt sa peur disparaît, ce qui reprend un chant protestant dont le refrain “Je ne suis plus esclave de la peur, je suis enfant de Dieu”. Et justement, Jean Valjean qui incarne ici Dieu le Père va adopter Cosette.


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