Analyse du poème d'Apollinaire "Le Pont Mirabeau"

Analyse du poème d'Apollinaire "Le Pont Mirabeau"

Photo by Anthony DELANOIX on Unsplash
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Texte

Le Pont Mirabeau

 

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

      Et nos amours

  Faut-il qu'il m'en souvienne

La joie venait toujours après la peine

 

      Vienne la nuit sonne l'heure

      Les jours s'en vont je demeure

 

Les mains dans les mains restons face à face

      Tandis que sous

  Le pont de nos bras passe

Des éternels regards l'onde si lasse

 

      Vienne la nuit sonne l'heure

      Les jours s'en vont je demeure

 

L'amour s'en va comme cette eau courante

      L'amour s'en va

  Comme la vie est lente

Et comme l'Espérance est violente

 

      Vienne la nuit sonne l'heure

      Les jours s'en vont je demeure

 

Passent les jours et passent les semaines

      Ni temps passé

  Ni les amours reviennent

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

 

      Vienne la nuit sonne l'heure

      Les jours s'en vont je demeure

 

Apollinaire, Alcools (1912)


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Analyse

Ce poème se présente comme une chanson grâce au refrain : “ Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure“.

L’eau symbolise les sentiments et les émotions que l’on n’arrive pas à maîtriser et dans lesquelles on se noie.

L'absence de ponctuation reproduit le mouvement ininterrompu de l’eau qui coule. Ainsi le texte mime pour symboliser la vie du poète qui s’écoule comme une hémorragie que rien ne peut arrêter. Dès lors on se demande si le narrateur va sauter du pont.

“ Et nos amours Faut-il qu'il m'en souvienne” : Est-il bon de se souvenir de quelque chose qui fait souffrir, sachant que “La joie venait toujours après la peine”  mais on en déduit qu’aujourd’hui ce n’est plus le cas comme l’indique l’imparfait de l’indicatif.

“Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure” : Le refrain de ce poème est utilisé pour exprimer son envie de se suicider pour que les jours arrêtent de passer de façon monotone et douloureuse.

“Des éternels regards l'onde si lasse” : ici l’eau représente le narrateur qui est jaloux du bonheur des autres amoureux et qui est fatigué d’être seul.
“ Tandis que sous le pont de nos bras passe” : le pronom possessif “nos” désigne l’ensemble des personnes solitaires, l’auteur fait un parallèle entre le pont Mirabeau et la liaison qui unit toutes les personnes en manque de compagnie.

Son ancien amour le hante et le fait souffrir, “l'Espérance” est sa volonté d’oublier ce chagrin d’amour, il peut aussi se traduire par l'espérance de trouver une autre personne ou même l'espérance de mettre fin à ses jours ce qui expliquerait l’adjectif “violente”.

“L'amour s'en va comme cette eau courante” : L’eau courante représente sa souffrance morale due à ses sentiments, il continue de comparer la Seine et ses sentiments, or l’eau d’un fleuve ne coule que dans un sens comme son amour qui ne peut que s’éloigner de lui.

“Comme la vie est lente” : La rime “lente” avec “violente” montre que la monotonie est quelque chose qui fait souffrir et rend dépressif jusqu’à l’envie de se suicider.

Son refrain qui revient après chaque paragraphe jusqu’au dernier montre que ses sentiments de souffrance se répètent en en boucle dans sa tête comme une obsession et le rendent dépressif. Il y a une filiation entre Baudelaire et Apollinaire, on est proche du spleen baudelairien.

 

L’allitération en [S] évoque la souffrance du poète qui a perdu son amour.


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