Commentaire composé de l'incipit de L'Enfant de Jules Vallès, chapitre 1

Commentaire composé de l'incipit de L'Enfant de Jules Vallès, chapitre 1

Photo by Ilya Yakover on Unsplash
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Texte

JULES VALLES : L'ENFANT : INCIPIT

 

Ai-je été nourri par ma mère? Est-ce une paysanne qui m'a donné son lait? Je n'en sais rien. Quel que soit le sein que j'ai mordu, je ne me rappelle pas une caresse du temps où j'étais tout petit; je n'ai pas été dorloté, tapoté, baisoté; j'ai été beaucoup fouetté.

        Ma mère dit qu'il ne faut pas gâter les enfants, et elle me fouette tous les matins; quand elle n'a pas le temps le matin, c'est pour midi, rarement plus tard que quatre heures.

        Mlle Balandreau m'y met du suif.

        C'est une bonne vieille fille de cinquante ans. Elle demeure au-dessous de nous. D'abord elle était contente: comme elle n'a pas d'horloge, ça lui donnait l'heure. "Vlin ! Vlan! Zon ! Zon ! - voilà le petit Chose qu'on fouette; il est temps de faire mon café au lait."

        Mais un jour que j'avais levé mon pan, parce que ça me cuisait trop, et que je prenais l'air entre deux portes, elle m'a vu; mon derrière lui a fait pitié.

        Elle voulait d'abord le montrer à tout le monde, ameuter les voisins autour; mais elle a pensé que ce n'était pas le moyen de le sauver, et elle a inventé autre chose.

        Lorsqu'elle entend ma mère me dire: " Jacques, je vais te fouetter !

        - Madame Vingtras, ne vous donnez pas la peine, je vais faire ça pour vous.

        - Oh ! Chère demoiselle, vous êtes trop bonne !"

                    Mlle Balandreau m'emmène; mais, au lieu de me fouetter, elle frappe dans ses mains; moi, je crie. Ma mère remercie, le soir, sa remplaçante.

        "A votre service", répond la brave fille, en me glissant un bonbon en cachette.

        Mon premier souvenir date donc d'une fessée. Mon second est plein d'étonnement et de larmes.

 

Jules Vallès, L'Enfant


Pour tout savoir sur l'autobiographie je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Comment Jules Vallès nous livre-t-il un incipit surprenant qui débute in medias res ?

 

I Un incipit surprenant

 

“Ai-je été nourri par ma mère? Est-ce une paysanne qui m'a donné son lait?” : L’incipit devrait nous donner des réponses mais pose ici des questions. Le narrateur nous annonce dès le début qu’il ne sait pas exactement tous les faits. Donc le pacte autobiographique et lui aussi surprenant.

“Quel que soit le sein que j'ai mordu, je ne me rappelle pas une caresse du temps où j'étais tout petit; je n'ai pas été dorloté, tapoté, baisoté; j'ai été beaucoup fouetté.” : Le narrateur nous explique que c’est un enfant battu dès la troisième phrase et il dit encore qu’il ne se souvient pas de tous les détails. Il y a donc un souci d’honnêteté.

“elle me fouette tous les matins; quand elle n'a pas le temps le matin, c'est pour midi, rarement plus tard que quatre heures.” : Le narrateur nous donne une information temporelle et nous montre que ses journées étaient rythmés par les fessées. Cette indication temporelle est donc surprenante et choquante.

Mlle Balandreau m'y met du suif. C'est une bonne vieille fille de cinquante ans.” : Le premier nom donné est celui de sa voisine qui est la personne qui lui vient en aide. C’est donc un personnage important pendant son enfance.

 

Elle demeure au-dessous de nous”: C’est une indication géographique qui nous fait comprendre qu’ils vivent dans un appartement. Mais nous ne savons pas dans quelle ville il habite.

 

D'abord elle était contente: comme elle n'a pas d'horloge, ça lui donnait l'heure. "Vlin ! Vlan! Zon ! Zon ! - voilà le petit Chose qu'on fouette; il est temps de faire mon café au lait." : L’auteur raconte des faits horribles avec humour ce qui est surprenant. Ce qui est fait pour nous choquer encore plus. Il est nommé “le petit Chose” pour accentuer sa déshumanisation et suscite de la pitié puisqu’il paraît fragile et impuissant face à sa mère.

 

Lorsqu'elle entend ma mère me dire: " Jacques, je vais te fouetter !

  - Madame Vingtras, ne vous donnez pas la peine, je vais faire ça pour vous.

        - Oh ! Chère demoiselle, vous êtes trop bonne !"” : Le discours direct rend l’incipit plus vivant. On apprend que la mère le fouette tellement qu’elle-même en a marre.

“Mon premier souvenir date donc d'une fessée. Mon second est plein d'étonnement et de larmes.” : Le narrateur garde l’attention du lecteur qui s’attend à avoir d’autres souvenirs horribles.

II Un début in medias res

 

Ma mère dit qu'il ne faut pas gâter les enfants, et elle me fouette tous les matins; quand elle n'a pas le temps le matin, c'est pour midi, rarement plus tard que quatre heures.” : Le narrateur raconte l’action au présent alors que c’était il y a longtemps. Il veut ainsi nous faire vivre son enfance avec lui et donc qu’on se mette à sa place, qu’on ressente ses souffrances et ses émotions.  

 

Ma mère dit qu'il ne faut pas gâter les enfants” : Le narrateur nous parle avec sa voix d’enfant qui n’était pas capable de s’opposer à la dictature de sa mère. Pourtant, à l’âge adulte il écrit cette biographie pour dénoncer l’horreur que vivent les enfants battus.

 

D'abord elle était contente: comme elle n'a pas d'horloge, ça lui donnait l'heure. "Vlin ! Vlan! Zon ! Zon ! - voilà le petit Chose qu'on fouette; il est temps de faire mon café au lait." : Le narrateur raconte avec son point de vue d’enfant ce que la voisine pourrait penser lorsqu’il est battu.

 

“Mais un jour que j'avais levé mon pan, parce que ça me cuisait trop, et que je prenais l'air entre deux portes, elle m'a vu; mon derrière lui a fait pitié.” : Le narrateur utilise le discours indirect-libre pour nous faire accéder aux pensées de la voisine.

 

“Elle voulait d'abord le montrer à tout le monde, ameuter les voisins autour; mais elle a pensé que ce n'était pas le moyen de le sauver, et elle a inventé autre chose.” : Le discours indirect-libre est encore utilisé ce qui nous fait comprendre ce que la voisine choisit de faire. Elle veut le sauver et donc garder ce qu’elle a vu pour elle car elle sait que si elle le dénonce les coups vont redoubler.

 

“Mlle Balandreau m'emmène; mais, au lieu de me fouetter, elle frappe dans ses mains; moi, je crie. Ma mère remercie, le soir, sa remplaçante.

 

        "A votre service", répond la brave fille, en me glissant un bonbon en cachette.” : Le narrateur nous explique que la voisine lui vient en aide et le protège en imitant les bruits de la fessée. C’est encore une fois raconté avec humour et on a l’impression qu’ils jouent une comédie à deux.


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