Commentaire composé sur Zola, La Bête humaine, chapitre 11, le meurtre de Séverine

Commentaire composé sur Zola, La Bête humaine, chapitre 11, le meurtre de Séverine

Photo by Matt Artz on Unsplash
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Texte

Immobile, Jacques maintenant la regardait, allongée à ses pieds, devant le lit. Le train se perdait au loin, il la regardait dans le lourd silence de la chambre rouge. Au milieu de ces tentures rouges, de ces rideaux rouges, par terre, elle saignait beaucoup, d'un flot rouge qui ruisselait entre les seins, s'épandait sur le ventre, jusqu'à une cuisse, d'où il retombait en grosses gouttes sur le parquet. La chemise, à moitié fendue, en était trempée. Jamais il n'aurait cru qu'elle avait tant de sang. Et ce qui le retenait, hanté, c'était le masque d'abominable terreur que prenait, dans la mort, cette face de femme jolie, douce, si docile. Les cheveux noirs s'étaient dressés, un casque d'horreur, sombre comme la nuit. Les yeux de pervenche, élargis démesurément, questionnaient encore, éperdus, terrifiés du mystère. Pourquoi, pourquoi l'avait-il assassinée ? Et elle venait d'être broyée, emportée dans la fatalité du meurtre, en inconsciente que la vie avait roulée de la boue dans le sang, tendre et innocente quand même, sans qu'elle eût jamais compris.

   Mais Jacques s'étonna. Il entendait un reniflement de bête, grognement de sanglier, rugissement de lion ; et il se tranquillisa, c'était lui qui soufflait. Enfin, enfin ! il s'était donc contenté, il avait tué ! Oui, il avait fait ça. Une joie effrénée, une jouissance énorme le soulevait, dans la pleine satisfaction de l'éternel désir. Il en éprouvait une surprise d'orgueil, un grandissement de sa souveraineté de mâle. La femme, il l'avait tuée, il la possédait, comme il désirait depuis si longtemps la posséder, tout entière, jusqu'à l'anéantir. Elle n'était plus, elle ne serait jamais plus à personne.

 

La Bête humaine - extrait du chapitre 11 - Zola


Si vous étudiez La Bête humaine de Zola en oeuvre intégrale je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Comment Zola introduit-il une réflexion sur la lutte entre les sexes dans cette scène de crime ?

 

I Un tableau macabre

“Immobile, Jacques maintenant la regardait, allongée à ses pieds, devant le lit.” : Il y a le champ lexical du regard. Il y a aussi une description très précise qui pose le cadre.

 

“ il la regardait dans le lourd silence de la chambre rouge.”: Le champ lexical du regard se prolonge. Le champ lexical du rouge est introduit pour insister sur le sang : “Au milieu de ces tentures rouges, de ces rideaux rouges, par terre, elle saignait beaucoup, d'un flot rouge qui ruisselait entre les seins”. C’est comme si la couleur de la chambre avait encouragé Jacques à commettre ce meurtre. Il est comme un taureau excité par le rouge. D’ailleurs il fait des bruits de bête sauvage : “Il entendait un reniflement de bête, grognement de sanglier, rugissement de lion ; et il se tranquillisa, c'était lui qui soufflait.”

 

“Au milieu de ces tentures rouges, de ces rideaux rouges, par terre, elle saignait beaucoup, d'un flot rouge qui ruisselait entre les seins, s'épandait sur le ventre, jusqu'à une cuisse, d'où il retombait en grosses gouttes sur le parquet. La chemise, à moitié fendue, en était trempée.” : La description de la scène de crime est très réaliste il y a beaucoup de détails.  

 

“ Et ce qui le retenait, hanté, c'était le masque d’abominable terreur que prenait, dans la mort, cette face de femme jolie, douce, si docile.”: Il nous fait maintenant le portrait de la femme dans son tableau avec les expressions :”masque d’abominable terreur“ et “cette face de femme” où l’on voit bien qu’il évite de prononcer le mot visage qui la rendrait plus humaine.

 

“Les cheveux noirs” “sombre comme la nuit.” Après le champ lexical du rouge le champ lexical du noir apparaît. Cela nous donne une seconde couleur violente et angoissante qui continue à dresser un tableau sombre.  

 

“Les yeux de pervenche, élargis démesurément, questionnaient encore, éperdus, terrifiés du mystère.” : Jacques s’attarde sur la description des yeux qui sont traditionnellement les miroirs de l’âme, d’où l’insistance sur le questionnement, comme si Séverine essayait encore de parler pour ne pas rester dans l’incompréhension de ce crime.



II La jouissance de Jacques

 

“Pourquoi, pourquoi l'avait-il assassinée ?”: Nous sommes dans la tête de Jacques grâce au discours indirect libre. Cette phrase nous apprend que Jacques ne sait même pas pourquoi il a tué Séverine.

 

“ Enfin, enfin ! il s'était donc contenté, il avait tué ! Oui, il avait fait ça.”: La phrase exclamative montre l'excitation de Jacques. Il venait d’éprouver du plaisir en tuant. C’était une pulsion violente. Il pouvait tuer n’importe qui il aurait éprouvé le même sentiment de plaisir intense. C’est comme une épreuve initiatique que Jacques vient de remporter.

 

“Une joie effrénée, une jouissance énorme le soulevait, dans la pleine satisfaction de l'éternel désir.” : Jacques ressent le désir puissant de tuer depuis des années, c’était une grande souffrance pour lui. Donc ce meurtre lui donne une jouissance indescriptible.



III Une lutte des sexes

 

“La chemise, à moitié fendue, en était trempée.”:  Jacques déchire la chemise de Séverine non pas pour la violer mais pour la tuer. Même dans le meurtre Jacques veut qu’elle soit sans sa pudeur pour l’humilier.

 

“Jamais il n'aurait cru qu'elle avait tant de sang.”: Jacques est étonné que Séverine ait autant de sang car pour lui les femmes sont des objets et finalement le sang la rend humaine.

 

“ Et ce qui le retenait, hanté, c'était le masque d'abominable terreur que prenait, dans la mort, cette face de femme jolie, douce, si docile.”: On peut voir que dans la formation de sa phrase avec la post-position de l’adjectif il met encore une fois en avant qu’il l’a tuée parce que c’est une femme.

 

“femme jolie, douce, si docile.“ : Pour lui il a tué la femme parfaite et pour lui une femme parfaite est agréable à regarder et surtout soumise. Donc on voit qu’il est misogyne.

 

“Il en éprouvait une surprise d'orgueil, un grandissement de sa souveraineté de mâle. “: Il dit une nouvelle fois que l’homme est supérieur à la femme.

 

“La femme, il l'avait tuée, il la possédait, comme il désirait depuis si longtemps la posséder, tout entière, jusqu'à l'anéantir. Elle n'était plus, elle ne serait jamais plus à personne.” : On est toujours dans du discours indirect libre. En tuant Séverine il éprouve le même sentiment que si il avait tué toutes les femmes. De plus son désir sexuel est perverti au point de vouloir détruire toutes les femmes pour les posséder et donc être le mâle dominant de la société.


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