Commentaire composé de Phèdre de Racine acte II scène 5, l'aveu de Phèdre

Commentaire composé de Phèdre de Racine, acte II, scène 5, l'aveu de Phèdre

Photo by Cristian Newman on Unsplash
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Texte

RACINE : PHEDRE : ACTE II SCÈNE 5 : VERS 663-713 : L'AVEU DE PHÈDRE



PHÈDRE

Et sur quoi jugez-vous que j'en perds la mémoire,

Prince ? Aurais-je perdu tout le soin de ma gloire ?

 

HIPPOLYTE

Madame, pardonnez. J'avoue, en rougissant,

Que j'accusais à tort un discours innocent.

Ma honte ne peut plus soutenir votre vue ;

Et je vais...

 

PHÈDRE

Ah ! cruel, tu m'as trop entendue.

Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur.

Hé bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur.

J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime,

Innocente à mes yeux je m'approuve moi-même,

Ni que du fol amour qui trouble ma raison

Ma lâche complaisance ait nourri le poison.

Objet infortuné des vengeances célestes,

Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes.

Les Dieux m'en sont témoins, ces Dieux qui dans mon flanc

Ont allumé le feu fatal à tout mon sang,

Ces Dieux qui se sont fait une gloire; cruelle

De séduire le coeur d'une faible mortelle.

Toi-même en ton esprit rappelle le passé.

C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé.

J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine.

Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine.

De quoi m'ont profité mes inutiles soins ?

Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins.

Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.

J'ai langui, j'ai séché, dans les feux, dans les larmes.

Il suffit de tes yeux pour t'en persuader,

Si tes yeux un moment pouvaient me regarder.

Que dis-je ? Cet aveu que je viens de te faire,

Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire ?

Tremblante pour un fils que je n'osais trahir,

Je te venais prier de ne le point haïr.

Faibles projets d'un coeur trop plein de ce qu'il aime !

Hélas ! je ne t'ai pu parler que de toi-même.

Venge-toi, punis-moi d'un odieux amour.

Digne fils du héros qui t'a donné le jour,

Délivre l'univers d'un monstre qui t'irrite.

La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !

Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t'échapper.

Voilà mon coeur. C'est là que ta main doit frapper.

Impatient déjà d'expier son offense,

Au-devant de ton bras je le sens qui s'avance.

Frappe. Ou si tu le crois indigne de tes coups,

Si ta haine m'envie un supplice si doux,

Ou si d'un sang trop vil ta main serait trempée,

Au défaut de ton bras prête-moi ton épée.

Donne.

 

Racine, Phèdre

 


Si vous étudiez Phèdre de Racine en oeuvre intégrale je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

I) Le discours de la passion violente

 

Aurais-je perdu tout le soin de ma gloire ?” : Phèdre se rend compte que ses actions ne sont pas honorables.

 

Ah ! cruel, tu m'as trop entendue.

Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur.” : Phèdre se rend compte qu’elle a avoué son amour à Hippolyte sans le faire exprès, c’était plus fort qu’elle.

 

Hé bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur.” : Phèdre perd la raison, se livre complètement à sa folie et prévient Hippolyte qu’il va être surpris devant l’étendue de sa passion.

 

Champ lexical de la folie : “fureur”, “fol amour”

 

“De quoi m'ont profité mes inutiles soins ?” : La question rhétorique montre que Phèdre est lucide par rapport à ce qu’elle a fait, elle fait ici preuve d’introspection.

 

“J'ai langui, j'ai séché, dans les feux, dans les larmes.” : Le rythme saccadé 4 fois 3 mime les sanglots de Phèdre qui a pleuré pendant des mois.

 

“Il suffit de tes yeux pour t'en persuader,

Si tes yeux un moment pouvaient me regarder.” : Elle lui demande s'il peut la regarder car elle se trouve monstrueuse et elle comprendrait qu’il refuse de la regarder.  

 

“Que dis-je ? Cet aveu que je viens de te faire,

Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire ?” : Avec cette question rhétorique Phèdre essaie de convaincre Hippolyte de son innocence. Cela montre aussi qu’elle a des pensées obsessionnelles.

 

“Faibles projets d'un coeur trop plein de ce qu'il aime !

Hélas ! je ne t'ai pu parler que de toi-même.” : Elle lui a tout avoué sans parler du sujet pour lequel elle était venue le voir car son amour l’obsède et prend toute la place dans son esprit.




II) La monstruosité

 

Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes.” : Elle se déteste car elle sait qu’elle n’a pas le droit d’aimer son beau-fils.

 

“Toi-même en ton esprit rappelle le passé.

C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé.

J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine.

Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine.” : Consciente qu’elle n’arriverait pas à résister à son attirance pour Hippolyte, Phèdre a tout fait pour que celui-ci la déteste au point de vouloir la tuer. La mort aurait été pour Phèdre une délivrance.

 

“Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins.

Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.”

Ensuite la césure à l’hémistiche renforce l’échec de Phèdre qui s’est débattue en vain. Phèdre a causé des problèmes à Hippolyte afin qu’il ait envie de la tuer mais sa souffrance le rendait encore plus séduisant.

 

Cet aveu si honteux” : Elle n’aurait pas voulu avouer son amour car il est interdit.

“Venge-toi, punis-moi d'un odieux amour.

Digne fils du héros qui t'a donné le jour,

Délivre l'univers d'un monstre qui t'irrite.”: Le champ lexical de la monstruosité apparaît. Elle commence à avoir des pensées masochistes car elle lui demande de la tuer.

 

“La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !” : Cet amour est incestueux.

 

“Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t'échapper.” : Phèdre fait tout pour provoquer de plus en plus la colère d’Hippolyte. Elle utilise des termes très forts pour se décrire. Elle elle-même est son plus cruel bourreau.




III) La fatalité et la mort

 

J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime,

Innocente à mes yeux je m'approuve moi-même,

Ni que du fol amour qui trouble ma raison

Ma lâche complaisance ait nourri le poison.” : Phèdre dit à Hippolyte qu’elle l’aime, mais elle se sent coupable. Elle lui dit également que cette amour est fou et qu’elle a essayé de le combattre. Mais c’était plus fort qu’elle.

 

Objet infortuné des vengeances célestes” : Phèdre se rend compte qu’elle est maudite et que cet amour qu’elle subit lui a été envoyé par Vénus pour la torturer jusqu’à la mort.

 

Les Dieux m'en sont témoins, ces Dieux qui dans mon flanc

Ont allumé le feu fatal à tout mon sang,

Ces Dieux qui se sont fait une gloire; cruelle

De séduire le coeur d'une faible mortelle.” : Phèdre se défend en disant qu’elle ne peut pas lutter face à cette malédiction d’une déesse car elle n’est que mortelle.

 

“Voilà mon coeur. C'est là que ta main doit frapper.

Impatient déjà d'expier son offense,

Au-devant de ton bras je le sens qui s'avance.

Frappe. Ou si tu le crois indigne de tes coups,

Si ta haine m'envie un supplice si doux,

Ou si d'un sang trop vil ta main serait trempée,

Au défaut de ton bras prête-moi ton épée.

 

Donne.” : Phèdre appelle la mort pour que cette souffrance s’arrête. Elle le supplie de la tuer. On voit son énervement avec les phrases courtes. Elle sait que la mort sera la seule issue pour elle, plus vite elle arrivera mieux ce sera.


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