Commentaire composé du conte "Les Fées" de Charles Perrault

Commentaire composé du conte "Les Fées" de Charles Perrault

Photo by Jakob Owens on Unsplash
Photo by Jakob Owens on Unsplash

Texte

Les fées

   Il était une fois une veuve qui avait deux filles : l'aînée lui ressemblait si fort d'humeur et de visage, que, qui la voyait, voyait la mère. Elles étaient toutes deux si désagréables et si orgueilleuses, qu'on ne pouvait vivre avec elles. La cadette, qui était le vrai portrait de son père pour la douceur et l'honnêteté, était avec cela une des plus belles filles qu'on eût su voir. Comme on aime naturellement son semblable, cette mère était folle de sa fille aînée, et, en même temps avait une aversion effroyable pour la cadette. Elle la faisait manger à la cuisine et travailler sans cesse.

 

   Il fallait, entre autres choses, que cette pauvre enfant allât, deux fois le jour, puiser de l'eau à une grande demi lieue du logis, et qu'elle rapportât plein une grande cruche. Un jour qu'elle était à cette fontaine, il vint à elle une pauvre femme qui lui pria de lui donner à boire.

 

   -" Oui, ma bonne mère, " dit cette belle fille. Et, rinçant aussitôt sa cruche, elle puisa de l'eau au plus bel endroit de la fontaine et la lui présenta, soutenant toujours la cruche, afin qu'elle bût plus aisément. La bonne femme, ayant bu, lui dit : " Vous êtes si belle, si bonne et si honnête, que je ne puis m'empêcher de vous faire un don. Car c'était une fée qui avait pris la forme d'une pauvre femme de village, pour voir jusqu'où irait l'honnêteté de cette jeune fille. Je vous donne pour don, poursuivit la fée, qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou une fleur, ou une pierre précieuse. "

 

   Lorsque cette belle fille arriva au logis, sa mère la gronda de revenir si tard de la fontaine. " Je vous demande pardon, ma mère, dit cette pauvre fille, d'avoir tardé si longtemps " ; et, en disant ces mots, il lui sortit de la bouche deux roses, deux perles et deux gros diamants. " Que vois-je là ! dit sa mère toute étonnée ; je crois qu'il lui sort de la bouche des perles et des diamants. D'où vient cela, ma fille ? (Ce fut là la première fois qu'elle l'appela sa fille.) La pauvre enfant lui raconta naïvement tout ce qui lui était arrivé, non sans jeter une infinité de diamants. " Vraiment, dit la mère, il faut que j'y envoie ma fille. Tenez, Fanchon, voyez ce qui sort de la bouche de votre sœur quand elle parle ; ne seriez-vous pas bien aise d'avoir le même don ? Vous n'avez qu'à aller puiser de l'eau à la fontaine, et, quand une pauvre femme vous demandera à boire, lui en donner bien honnêtement. - Il me ferait beau voir, répondit la brutale, aller à la fontaine ! - Je veux que vous y alliez, reprit la mère, et tout à l'heure. "

 

   Elle y alla, mais toujours en grondant. Elle prit le plus beau flacon d'argent qui fut au logis. Elle ne fut pas plus tôt arrivée à la fontaine, qu'elle vit sortir du bois une dame magnifiquement vêtue, qui vint lui demander à boire. C'était la même fée qui avait apparu à sa sœur, mais qui avait pris l'air et les habits d'une princesse, pour voir jusqu'où irait la malhonnêteté de cette fille. " Est-ce que je suis ici venue, lui dit cette brutale orgueilleuse, pour vous donner à boire ? Justement j'ai apporté un flacon d'argent tout exprès pour donner à boire à Madame ! J'en suis d’avis : buvez à même si vous voulez. - Vous n'êtes guère honnête, reprit la fée, sans se mettre en colère. Eh bien ! puisque vous êtes si peu obligeante, je vous donne pour don qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou un serpent, ou un crapaud. "

 

   D'abord que sa mère l'aperçut, elle lui cria : " Eh bien ! ma fille ! - Eh bien ! ma mère ! lui répondit la brutale, en jetant deux vipères et deux crapauds. - O ciel, s'écria la mère, que vois-je là ? C'est sa sœur qui est en cause : elle me le paiera " ; et aussitôt elle courut pour la battre. La pauvre enfant s'enfuit et alla se sauver dans la forêt prochaine. Le fils du roi, qui revenait de la chasse, la rencontra et, la voyant si belle, lui demanda ce qu'elle faisait là toute seule et ce qu'elle avait à pleurer ! " Hélas, Monsieur, c'est ma mère qui m'a chassée du logis. " Le fils du roi, qui vit sortir de sa bouche cinq ou six perles et autant de diamants, lui pria de lui dire d'où cela lui venait. Elle lui conta toute son aventure. Le fils du roi en devint amoureux ; et, considérant qu'un tel don valait mieux que tout ce qu'on pouvait donner en mariage à une autre, l'emmena au palais du roi son père, où il l'épousa.

 

   Pour sa sœur, elle se fit tant haïr, que sa propre mère la chassa de chez elle ; et la malheureuse, après avoir bien couru sans trouver personne qui voulut la recevoir, alla mourir au coin d'un bois.

 

Charles Perrault - Contes (1695)


Pour en savoir plus sur les Contes de Perrault je vous recommande ce livre


Commentaire composé

I Un schéma narratif rigoureux

 

“Il était une fois une veuve qui avait deux filles : l'aînée lui ressemblait si fort d'humeur et de visage, que, qui la voyait, voyait la mère.” : Ici, on a la situation initiale qui présente la situation familiale. On voit que les deux filles vivent seules avec leurs mères. On ne sait pas où est le père.  

 

“Comme on aime naturellement son semblable, cette mère était folle de sa fille aînée, et, en même temps avait une aversion effroyable pour la cadette. Elle la faisait manger à la cuisine et travailler sans cesse.”:La cadette est maltraitée par sa mère et sa soeur.

 

“Il fallait, entre autres choses, que cette pauvre enfant allât, deux fois le jour, puiser de l'eau à une grande demi lieue du logis, et qu'elle rapportât plein une grande cruche. Un jour qu'elle était à cette fontaine, il vint à elle une pauvre femme qui lui pria de lui donner à boire.” : On a ici la première péripétie. L’élément perturbateur est la rencontre d’un nouveau personnage. Le lecteur devine que cette vieille femme est sûrement une sorcière ou une fée.

 

“La bonne femme, ayant bu, lui dit : " Vous êtes si belle, si bonne et si honnête, que je ne puis m'empêcher de vous faire un don. Car c'était une fée qui avait pris la forme d'une pauvre femme de village, pour voir jusqu'où irait l'honnêteté de cette jeune fille.” : Ici, on apprend que ce nouveau personnage est positif et qu’il va faire avancer l’intrigue.

 

“ Lorsque cette belle fille arriva au logis, sa mère la gronda de revenir si tard de la fontaine.” : Le mot “lorsque” nous montre qu’il y’a un nouveau rebondissement dans l’action.  

 

“Elle ne fut pas plus tôt arrivée à la fontaine, qu'elle vit sortir du bois une dame magnifiquement vêtue, qui vint lui demander à boire. C'était la même fée qui avait apparu à sa sœur, mais qui avait pris l'air et les habits d'une princesse, pour voir jusqu'où irait la malhonnêteté de cette fille.” : Cette deuxième péripétie montre que la fée s’adapte à la personne qu’elle rencontre. Elle prend un aspect opposé car la soeur a un caractère opposé. Le but de la fée est de révéler la nature profonde de la personne à qui elle se confronte.

 

“La pauvre enfant s'enfuit et alla se sauver dans la forêt prochaine. Le fils du roi, qui revenait de la chasse, la rencontra [...] l'emmena au palais du roi son père, où il l'épousa.” : La situation finale est bien celle d’un conte de fées puisque tout finit pour le mieux pour la gentille soeur et tout finit mal pour la méchant qui est durement punie : “Pour sa sœur, elle se fit tant haïr, que sa propre mère la chassa de chez elle ; et la malheureuse, après avoir bien couru sans trouver personne qui voulut la recevoir, alla mourir au coin d'un bois.” Le bois est symboliquement le lieu où l’on se perd.



II La symbolique des personnages

 

“Elles étaient toutes deux si désagréables et si orgueilleuses, qu'on ne pouvait vivre avec elles. La cadette, qui était le vrai portrait de son père pour la douceur et l'honnêteté, était avec cela une des plus belles filles qu'on eût su voir.” : Ici, on nous montre le personnage de la cadette, qui est comparée à son père, personnage absent. On nous dit que la cadette est une fille qui a toutes les qualités de générosité, alors que sa mère et sa soeur n’en n’ont aucune. Ainsi, dès le début du compte, les personnages sont présentés dans une opposition radicale.

 

“Comme on aime naturellement son semblable, cette mère était folle de sa fille aînée, et, en même temps avait une aversion effroyable pour la cadette. Elle la faisait manger à la cuisine et travailler sans cesse.” : Ici, on peut voir le personnage de la mère, qui est froide et méchante, et comment elle traite sa cadette cruellement. La situation initiale nous fait penser à celle de Cendrillon.

 

“Vous êtes si belle, si bonne et si honnête”, “cette belle fille” : La cadette est belle parce qu’elle est gentille.

 

“-" Oui, ma bonne mère, " dit cette belle fille. Et, rinçant aussitôt sa cruche, elle puisa de l'eau au plus bel endroit de la fontaine et la lui présenta, soutenant toujours la cruche, afin qu'elle bût plus aisément.” : Ceci nous montre la gentillesse de la cadette, qui fait plus que ce qu’on lui demande.  

 

“" Que vois-je là ! dit sa mère toute étonnée ; je crois qu'il lui sort de la bouche des perles et des diamants. D'où vient cela, ma fille ? (Ce fut là la première fois qu'elle l'appela sa fille.)” : On voit que la mère est uniquement intéressée par l’argent et que cela est la première fois qu’elle reconnaît la cadette comme sa fille, ce qui montre qu’elle ne l’aime pas.

 

“La pauvre enfant lui raconta naïvement tout ce qui lui était arrivé, non sans jeter une infinité de diamants.” : On voit encore une fois que la cadette est honnête et ne ment pas à sa mère. Elle n’est pas rancunière malgré la façon dont sa mère la traite.

 

“Vraiment, dit la mère, il faut que j'y envoie ma fille.” : Cette phrase souligne le fait que la mère a une préférence pour la fille aînée.

 

“Vous n'avez qu'à aller puiser de l'eau à la fontaine, et, quand une pauvre femme vous demandera à boire, lui en donner bien honnêtement.” :On voit ici que la mère a une vision très simple de la magie, et qu’elle ne comprend pas la magie. Elle pense que tout le monde peut avoir la même chose, mais elle ne voit pas que ce qui est donné à la cadette est une récompense.

 

“Je veux que vous y alliez, reprit la mère, et tout à l'heure. "”: cette phrase nous montre le caractère autoritaire de la mère.

 

“ Elle y alla, mais toujours en grondant.”: On voit le caractère de la fille aînée, qui se plaint même quand elle va quelque part pour recevoir un don donc on voit qu’elle n’a aucune gratitude, elle pense que tout lui est dû. “Elle prit le plus beau flacon d'argent qui fut au logis.” : cela montre la cupidité de la soeur aînée.

 

“" Est-ce que je suis ici venue, lui dit cette brutale orgueilleuse, pour vous donner à boire ? Justement j'ai apporté un flacon d'argent tout exprès pour donner à boire à Madame ! J'en suis d’avis : buvez à même si vous voulez.” : La soeur aînée est agressive envers la fée et lui réclame en quelque sorte son don.

 

“C'est sa sœur qui est en cause : elle me le paiera " ; et aussitôt elle courut pour la battre.”: cela montre encore une fois que la mère  rend sa cadette responsable de tous les problèmes qui lui arrivent parce qu’elle ne l’aime pas.



III La morale

 

““Je vous donne pour don, poursuivit la fée, qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou une fleur, ou une pierre précieuse."”: Le don est symbolique car ca nous montre que si on fait quelque chose de bien, ou si on est quelqu’un de bien, on aura des bonnes choses en retour, ce qui est une morale de ce conte. “il lui sortit de la bouche deux roses, deux perles et deux gros diamants.” : Les roses représentent la beauté de la cadette, et les perles et les diamants, qui sont des bijoux précieux représentent la générosité de la jeune fille, et nous montrent que pour recevoir, il faut d’abord donner.

 

“Vous n'êtes guère honnête, reprit la fée, sans se mettre en colère. Eh bien ! puisque vous êtes si peu obligeante, je vous donne pour don qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou un serpent, ou un crapaud. "”: Ce don est aussi symbolique car c’est le don opposé qui montre le parallélisme entre les deux soeurs. Les animaux sont aussi très symboliques car le serpent représente le mensonge, et le crapaud représente la saleté que l’on ne peut pas toucher. Donc avec un tel don, la fille ne pourra plus être aimer, et sera rejetée par tout le monde, même sa mère.

 

La gentille soeur est récompensée par un mariage princier et la méchante est punie de mort après avoir beaucoup souffert puisqu’elle est rejetée par la personne qu’elle aime le plus, sa mère.


Écrire commentaire

Commentaires : 0