Commentaire composé de "La ballade des pendus" de François Villon

Commentaire composé de "La ballade des pendus" de François Villon

Photo by Bistrian Iosip on Unsplash
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Texte

L'Épitaphe de Villon ou " Ballade des pendus "(1489)

 

Frères humains, qui après nous vivez,

N'ayez les coeurs contre nous endurcis,

Car, si pitié de nous pauvres avez,

Dieu en aura plus tôt de vous mercis.

Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :

Quant à la chair, que trop avons nourrie,

Elle est piéça dévorée et pourrie,

Et nous, les os, devenons cendre et poudre.

De notre mal personne ne s'en rie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

 

Se frères vous clamons, pas n'en devez

Avoir dédain, quoique fûmes occis

Par justice. Toutefois, vous savez

Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.

Excusez-nous, puisque sommes transis,

Envers le fils de la Vierge Marie,

Que sa grâce ne soit pour nous tarie,

Nous préservant de l'infernale foudre.

Nous sommes morts, âme ne nous harie,

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

 

La pluie nous a débués et lavés,

Et le soleil desséchés et noircis.

Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,

Et arraché la barbe et les sourcils.

Jamais nul temps nous ne sommes assis

Puis çà, puis là, comme le vent varie,

A son plaisir sans cesser nous charrie,

Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.

Ne soyez donc de notre confrérie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

 

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,

Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :

A lui n'ayons que faire ne que soudre.

Hommes, ici n'a point de moquerie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Commentaire composé

 

Comment à travers son épitaphe qui contient une danse macabre frappante, François Villon nous livre-t-il une prière adressée à la fois à Dieu et aux hommes ?

 

1 - Une danse macabre frappanteRésultat de recherche d'images pour "danse macabre"

 

“Vous nous voyez ci attachés, cinq, six” : Villon commence à décrire les cadavres qui pendent au gibet.

 

“Quant à la chair, que trop avons nourrie, Elle est piéça dévorée et pourrie, Et nous, les os, devenons cendre et poudre.” : Villon reconnaît ses péchés et demande pardon de s’être trop attaché aux choses de la chair c’est-à-dire aux choses matérielles. Il reconnaît également avoir mangé la nourriture qu’il n’aurait pas dû. La description se veut le plus réaliste possible pour frapper l’imagination : “Tu es né poussière et tu retourneras à la poussière”.

 

“La pluie nous a débués et lavés, Et le soleil desséchés et noircis” : On apprend que les cadavres sont laissés pendus au gibet et donc ils sont exposés aux intempéries.

 

“Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés, Et arraché la barbe et les sourcils.” : Villon explique en détail ce qui lui arrive et c’est de plus en plus horrible. La mort est mise en scène.

 

“Jamais nul temps nous ne sommes assis Puis çà, puis là, comme le vent varie, A son plaisir sans cesser nous charrie” : Les cadavres sont pendus et donc sans cesse en mouvement à cause du vent. Il y a un réel mouvement de tourbillon qui est alimenté à la fois par les images et par la musique de texte.

 

“Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre” : Villon se compare à des dés à coudre et nous donne une image précise. Mais celle-ci montre la putréfaction des cadavres dévorés par les charognards.



2 - Une prière adressée aux hommes

 

“Frères humains, qui après nous vivez” : Villon s’adresse aux hommes comme s’il était déjà mort.

 

“N'ayez les coeurs contre nous endurcis, Car, si pitié de nous pauvres avez, Dieu en aura plus tôt de vous mercis.” : Villon rappelle aux hommes cette déclaration de Jésus : “Heureux les coeurs miséricordieux car ils obtiendront miséricorde”.

 

“De notre mal personne ne s'en rie” : Il demande aux hommes que personne ne se moque de leur malheur. “Hommes, ici n'a point de moquerie”

 

“Se frères vous clamons, pas n'en devez Avoir dédain, quoique fûmes occis Par justice.” : Villon demande de la compassion aux hommes même s’il est condamné à mort par une décision de justice. Il reconnaît aussi ses torts devant les hommes, c’est souligné par le rejet de “par justice” sur le vers suivant.

 

“Toutefois, vous savez Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.” : Il rappelle aux hommes qu’ils ne sont pas parfaits non plus et que tout le monde pourrait être dans son cas.

 

“Nous sommes morts, âme ne nous harie” : Il demande aux hommes de les laisser en paix et de ne pas les tourmenter davantage.

 

“Ne soyez donc de notre confrérie” : Villon met en garde les hommes en leur disant qu’ils ne devraient pas devenir des voleurs ou des assassins comme lui, il veut servir d’exemple parce que malgré ses crimes, sa foi est grande.



3 - Une prière adressée à Dieu

 

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !” : Le refrain est une prière où le poète demande aux hommes d’intercéder pour lui. Il espère que Dieu lui pardonnera ses péchés. Ce refrain répété quatre fois donne à sa prière une allure de chanson qui a porté les éditeurs à surnommer ce texte très musical “La Ballade des pendus”.

 

“Excusez-nous, puisque sommes transis, Envers le fils de la Vierge Marie, Que sa grâce ne soit pour nous tarie, Nous préservant de l'infernale foudre.” : Villon s’adresse aussi à la Vierge Marie pour qu’elle intercède auprès de son fils Jésus afin qu’il leur pardonne leurs péchés. Il exprime qu’il a peur de l’enfer.

“Prince Jésus, qui sur tous a maistrie, Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie” : Villon demande encore une fois pardon à Jésus et de le protéger des puissances infernales.  

 

“A lui n'ayons que faire ne que soudre” : Villon ne veut pas rendre des comptes au diable.


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