Commentaire composé sur La Belle au bois dormant de Perrault

Commentaire composé sur La Belle au bois dormant de Perrault

Photo by Kelly Sikkema on Unsplash
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Texte

A peine s'avança-t-il vers le bois, que tous ces grands arbres, ces ronces et ces épines s'écartèrent d'eux-mêmes pour le laisser passer : il marcha vers le Château qu'il voyait au bout d'une grande avenue où il entra, et ce qui le surprit un peu, il vit que personne de ses gens ne l'avait pu suivre, parce que les arbres s'étaient rapprochés dès qu'il avait été passé.

 

Il continua donc son chemin : un Prince jeune et amoureux est toujours vaillant. Il entra dans une grande avant-cour où tout ce qu'il vit d'abord était capable de le glacer de crainte : c'était un silence affreux, l'image de la mort s'y présentait partout, et ce n'était que des corps étendus d'hommes et d'animaux, qui paraissaient morts. Il reconnut pourtant bien au nez bourgeonné et à la face vermeille des Suisses qu'ils n'étaient qu'endormis, et leurs tasses, où il y avait encore quelques gouttes de vin, montraient assez qu'ils s'étaient endormis en buvant.

 

Il passe une grande cour pavée de marbre, il monte l'escalier, il entre dans la salle des Gardes qui étaient rangés en haie, l'arme sur l'épaule, et ronflant de leur mieux. Il traverse plusieurs chambres pleines de Gentilshommes et de Dames, dormant tous, les uns debout, les autres assis ; il entre dans une chambre toute dorée, et il vit sur un lit, dont les rideaux étaient ouverts de tous côtés, le plus beau spectacle qu'il eût jamais vu : une Princesse qui paraissait avoir quinze ou seize ans, et dont l'éclat resplendissant avait quelque chose de lumineux et de divin.

 

Il s'approcha en tremblant et en admirant, et se mit à genoux auprès d'elle. Alors comme la fin de l'enchantement était venue, la Princesse s'éveilla ; et le regardant avec des yeux plus tendres qu'une première vue ne semblait le permettre :

 

''Est-ce vous, mon Prince ? Lui dit-elle, vous vous êtes bien fait attendre.''

 

Le prince, charmé de ces paroles, et plus encore de la manière dont elles étaient dites, ne savait comment lui témoigner sa joie et sa reconnaissance ; il l'assura qu'il l'aimait plus que lui-même. Ses discours furent mal rangés, ils en plurent davantage : peu d'éloquence, beaucoup d'amour. Il était plus embarrassé qu'elle, et l'on ne doit pas s'en étonner; elle avait eu le temps de songer à ce qu'elle aurait à lui dire, car il y a apparence (l'Histoire n'en dit pourtant rien) que la bonne fée, pendant un si long sommeil, lui avait procuré le plaisir des songes agréables. Enfin il y avait quatre heures qu'ils se parlaient, et ils ne s'étaient pas encore dit la moitié des choses qu'ils avaient à se dire.

 

Charles Perrault, Contes


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Commentaire composé

I Le merveilleux et les symboles

A peine s'avança-t-il vers le bois, que tous ces grands arbres, ces ronces et ces épines s'écartèrent d'eux-mêmes pour le laisser passer” : Le merveilleux est important ici car cela montre que le Prince est l’elu, et seul lui peut passer pour atteindre la Princesse : “il vit que personne de ses gens ne l'avait pu suivre”.

 

“Il entra dans une grande avant-cour où tout ce qu'il vit d'abord était capable de le glacer de crainte : c'était un silence affreux, l'image de la mort s'y présentait partout, et ce n'était que des corps étendus d'hommes et d'animaux, qui paraissaient morts.” : Le narrateur utilise le merveilleux pour créer une ambiance plutôt sombre qui fait peur. Ceci est aussi pour faire durer le suspense.

 

Il reconnut pourtant bien au nez bourgeonné et à la face vermeille des Suisses qu'ils n'étaient qu'endormis, et leurs tasses, où il y avait encore quelques gouttes de vin, montraient assez qu'ils s'étaient endormis en buvant.” : Le narrateur associe le champ lexicale de la mort avec le champ lexical du sommeil, ce qui montre une morale implicite: si l’on ne profite pas de sa vie, on est endormi, donc c’est comme si nous étions mort.

 

une grande cour pavée de marbre”: le marbre peut évoquer deux choses: la richesse ou la mort. Ici le Prince va chercher la Princesse dans sa luxueuse tombe pour la ramener à la vie par un acte d’amour charnel.

 

“une Princesse qui paraissait avoir quinze ou seize ans, et dont l'éclat resplendissant avait quelque chose de lumineux et de divin.” : Non seulement la Princesse est-elle merveilleuse et belle, mais c’est aussi le Prince qui la voit a travers ses yeux, avec tant d’amour qu’il la voit divinement parfaite. Cela montre que l’amour apporte le merveilleux dans notre vie.

 

Alors comme la fin de l'enchantement était venue, la Princesse s'éveilla” : On est en plein dans le conte de fée.



II Comment Perrault rend son conte vivant grâce à l’usage qu’il fait des temps verbaux

“A peine s'avança-t-il vers le bois, que tous ces grands arbres, ces ronces et ces épines s'écartèrent d'eux-mêmes pour le laisser passer” : L’utilisation du passé simple dans cet extrait est important car il sert à nous montrer l’action du Prince qui est vivante et pour garder le lecteur intéressé.

 

il marcha vers le Château qu'il voyait au bout d'une grande avenue où il entra” : Il y a une succession d’actions qui est importante pour que le conte se déroule. Nous voyons le décor avec les yeux du Prince.

 

Dans le troisième paragraphe, lorsque le Prince découvre la Princesse, le narrateur joue sur l’emploi des temps: “il entre dans une chambre toute dorée, et il vit sur un lit,” l’intrusion du présent de l’indicatif dans un récit au passé crée un effet de surprise afin que le lecteur partage ce que ressent le Prince. Le passé simple de l’indicatif est employé pour les actions de premier plan. Cette scène de rencontre est donc très théâtralisée.



III L’implicite (sexuel) et l’humour

“Il continua donc son chemin : un Prince jeune et amoureux est toujours vaillant.” : Ici, le narrateur fait de l’humour car même après avoir parcouru toute la forêt pour atteindre sa Princesse, le Prince n’est pas fatigué.

 

il entre dans la salle des Gardes qui étaient rangés en haie, l'arme sur l'épaule, et ronflant de leur mieux.” : l’humour ici est important car cela dénote avec le reste du texte qui était sérieux, puis avec le rôle du Garde qui est aussi sérieux car il est censé garder le Château. Puis cela contraste avec l'émotion de peur que le narrateur a voulu nous transmettre.

 

“Il s'approcha en tremblant et en admirant, et se mit à genoux auprès d'elle.” : Le Prince, après avoir surmonté de nombreux dangers, a peur devant une Princesse endormie.

 

et le regardant avec des yeux plus tendres qu'une première vue ne semblait le permettre” : La sensualité de la Princesse va séduire le Prince.

 

“''Est-ce vous, mon Prince ? Lui dit-elle, vous vous êtes bien fait attendre.''” : La Princesse est plus coquine qu’il lui parait.

 

“Le prince, charmé de ces paroles, et plus encore de la manière dont elles étaient dites, ne savait comment lui témoigner sa joie et sa reconnaissance” : On se moque du Prince car il ne sait pas comment réagir devant cette Princesse, qui elle semble ne pas être gênée. Le narrateur sous-entend que le Prince ne sait pas comment combler les désirs de la princesse et qu’il va se laisser guider par elle.

 

“il l'assura qu'il l'aimait plus que lui-même.” : Le Prince dit n’importe quoi car cela fait peu de temps que les deux se connaissent mais il est étourdi par son désir au point qu’il ne se maîtrise plus.

 

Ses discours furent mal rangés, ils en plurent davantage : peu d'éloquence, beaucoup d'amour.” : le narrateur se moque des hommes qui ne sont plus capables de parler pendant qu’ils font l’amour.

 

“il y a apparence (l'Histoire n'en dit pourtant rien) que la bonne fée, pendant un si long sommeil, lui avait procuré le plaisir des songes agréables.” : le narrateur sous-entend que les femmes fantasment davantage que les hommes et que les jeunes filles sont plus vites dégourdies que les jeunes hommes qui tombent à leurs pieds. Comme si les femmes étaient des pièges pour les hommes incapables de leur résister.

 

Enfin il y avait quatre heures qu'ils se parlaient, et ils ne s'étaient pas encore dit la moitié des choses qu'ils avaient à se dire.” : finalement et contre toute attente, le Prince se révèle être un amant endurant et la Princesse en redemande.

 

Lorsqu’on sait lire entre les lignes on se rend donc compte que “La Belle au bois dormant” est un conte libertin qui encourage à profiter de tous les plaisirs de la vie avant que la vieillesse et la mort ne viennent nous endormir pour toujours.


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